Che, le ty­ran

Le Journal de Montreal - - AC­TUA­LI­TÉS - na­tha­lie.el­gra­bly@que­be­cor­me­dia.com

Che Gue­va­ra, la marque « quin­tes­sen­tielle » de la Ré­vo­lu­tion cu­baine, été abat­tu en oc­tobre 1967. Un de­mi-siècle plus tard, il conti­nue d’exer­cer une fas­ci­na­tion à l’échelle pla­né­taire. À l’oc­ca­sion de l’an­ni­ver­saire de sa mort, les plus im­por­tants jour­naux et ma­ga­zines au monde lui ont consa­cré des ar­ticles en­cen­seurs le dé­cri­vant comme un hé­ros, voire comme l’in­car­na­tion de la pu­re­té ori­gi­nelle. Quelle igno­mi­nie !

L’IM­POS­TURE

Pour­tant, qui­conque se ren­sei­gne­rait sur Che, même mi­ni­ma­le­ment, com­pren­drait que sa ré­pu­ta­tion de « gué­rille­ro ro­man­tique » est une im­pos­ture.

Che était un pré­da­teur san­gui­naire. Ses ordres étaient som­maires : « Dès qu’il y a doute, tue ». Se­lon Da­niel James, au­teur de Che Gue­va­ra : A Bio­gra­phy, Che avait ad­mis avoir or­don­né plu­sieurs mil­liers d’exé­cu­tions, et était sur­nom­mé « le pe­tit bou­cher » alors qu’il di­ri­geait la pri­son La Ca­baña et qu’il était res­pon­sable de la Com­mis­sion d’épu­ra­tion. « Je sens mes na­rines se di­la­ter pour sa­vou­rer l’odeur acre de la poudre à ca­non et du sang de mes en­ne­mis », di­sait-il.

En 1964, il avait d’ailleurs fiè­re­ment dé­cla­ré de­vant les Na­tions Unies : « Nous avons fu­sillé, nous fu­sillons et nous conti­nue­rons à fu­siller tant que ce­la se­ra né­ces­saire ».

Che avait éga­le­ment ins­tau­ré des camps de tra­vaux for­cés, em­pri­son­né des ho­mo­sexuels, or­don­né à ses hommes de bra­quer des banques, et mis sur pied un État po­li­cier pour as­ser­vir 6,5 mil­lions de Cu­bains. Quant aux jour­naux, il avait or­don­né de tous les dé­truire. Pour lui, la li­ber­té de presse était in­com­pa­tible avec la Ré­vo­lu­tion.

MYS­TÈRE !

Comment pa­reil ty­ran est-il de­ve­nu une fi­gure lé­gen­daire et cha­ris­ma­tique ? Mys­tère ! Pro­ba­ble­ment que sans men­songes, point d’uto­pie com­mu­niste. Mais que pen­ser d’une ci­vi­li­sa­tion qui to­lère pa­reille vio­lence et déi­fie son au­teur, qui oc­culte la vé­ri­té et vé­hi­cule des mythes ?

L’Ir­lande a même pous­sé le dé­lire jus­qu’à émettre un timbre à l’ef­fi­gie de Che. Qui se­ront donc les pro­chains ty­rans à re­ce­voir hon­neurs et re­con­nais­sance ? Pol Pot et Ceaușes­cu peut-être ?

NA­THA­LIE EL­GRA­BLY-LE­VY

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