Deux chefs sous sur­veillance

Le Journal de Montreal - - ACTUALITÉS - JOSÉE LEGAULT

C’est du ja­mais-vu. À moins d’un an d’une élec­tion, les chefs des deux grands par­tis font face à des troupes mé­con­tentes. Même si le risque qu’il soit vic­time d’un putsch est nul, Phi­lippe Couillard est dans le trouble. Deuxième der­rière la CAQ, le PLQ semble fon­cer tout droit vers le pur­ga­toire de l’op­po­si­tion.

Après presque quinze ans au pou­voir, une dé­faite des li­bé­raux se­rait tou­te­fois dans l’ordre des choses. Elle ne me­na­ce­rait pas non plus son exis­tence. Pour le Par­ti qué­bé­cois, c’est une autre his­toire. De­puis l’élec­tion de Jean-Fran­çois Li­sée à sa tête, à chaque nou­veau son­dage, le « plan­cher » du PQ des­cend d’un étage.

Se­lon le der­nier Lé­ger, il au­rait chu­té à 20 % d’ap­puis. Hor­mis pour une brève pa­ren­thèse sous Pau­line Ma­rois, les troupes pé­quistes sont aus­si ex­clues du pou­voir de­puis 2003. C’est beau­coup. À 20 % des in­ten­tions de vote, tout a beau être pos­sible en po­li­tique, une vic­toire du PQ en 2018 tien­drait néan­moins du mi­racle.

LENT DÉCLIN

Dans les faits, le lent déclin du PQ s’est amor­cé dès après le ré­fé­ren­dum de 1995, mais à 20 %, son exis­tence même est me­na­cée. Et pour­tant, bon an mal an, 35 à 40 % de Qué­bé­cois se disent en­core sou­ve­rai­nistes. Le tout, mal­gré le si­lence as­sour­dis­sant du PQ sur son op­tion.

Et c’est bien là que le bât blesse. De­puis vingt ans, sauf pour de rares ex­cep­tions, dont le pas­sage de Pierre Karl Pé­la­deau comme chef, à force de mettre son op­tion « en veilleuse », le PQ se condamne à sa propre in­uti­li­té.

D’où sa quête per­pé­tuelle d’un nou­veau suc­cé­da­né à sa rai­son d’être : charte des va­leurs, vi­rage vert ou chasse au ni­qab. On di­rait un bi­jou­tier en­tê­té à vendre du zir­co­nium alors qu’il pos­sède un vrai dia­mant qu’il cache sous le comp­toir.

Les pé­quistes misent donc à nou­veau sur un énième « plan ». « Un plan so­lide. Zé­ro slo­gan » est leur maxime. Or, la CAQ fi­ni­ra bien par ac­cou­cher elle aus­si d’un « plan so­lide », quel qu’il soit.

Ré­sul­tat : le cau­cus pé­quiste est in­quiet. Au point même d’avoir fait re­cu­ler son chef sur sa pro­messe ir­ré­flé­chie d’une ver­sion plus sévère en­core de la charte des va­leurs.

LA VRAIE QUES­TION

Pen­dant ce temps, la vraie ques­tion de­meure : à l’aube du 50e anniversaire du PQ, M. Li­sée est-il prêt à re­con­nec­ter concrè­te­ment avec la vraie rai­son d’être de son par­ti ? Si oui, le temps presse pour y mettre de la chair. Si non, l’er­rance po­li­tique du PQ se pour­sui­vra avec les mêmes ef­fets no­cifs.

D’où les ap­pels qu’on en­tend mon­ter pour un re­tour en po­li­tique de Jean-Mar­tin Aus­sant. Cette se­maine, Li­sette La­pointe, veuve de M. Pa­ri­zeau et mi­li­tante sou­ve­rai­niste de longue date, di­sait elle-même le sou­hai­ter.

Ré­pu­té être l’hé­ri­tier po­li­tique de feu Jacques Pa­ri­zeau, M. Aus­sant, ex-dé­pu­té pé­quiste et fon­da­teur d’Op­tion na­tio­nale, re­vien­dra-t-il en po­li­tique ac­tive ?

Si oui, le fe­rait-il d’ici le pro­chain scru­tin ? Ou pré­fé­re­rait-il at­tendre après dans une pers­pec­tive de « re­fon­da­tion » du mou­ve­ment sou­ve­rai­niste sur de nou­velles bases ? Les pa­ris sont ou­verts.

M. Li­sée est-il prêt à re­con­nec­ter concrè­te­ment avec la vraie rai­son d’être de son par­ti ?

jo­see.legault@que­be­cor­me­dia.com

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