MÉ­MO­RABLE DAYTONA

Le prin­temps est dans l’air quand le nom de Daytona com­mence à sur­gir dans les mé­dias, un in­dice que le sport au­to­mo­bile sort de son hi­ber­na­tion pour en­tre­prendre sa pro­chaine sai­son.

Le Journal de Quebec - Autonet.ca - - L'AUTOMOBILE SELON DUVAL - AVEC JACQUES DU­VAL col­la­bo­ra­teur spécial

Les fa­na­tiques des courses d’en­du­rance ont dé­jà vé­cu des jours heu­reux fin jan­vier avec la pré­sen­ta­tion de l’équi­valent nor­da­mé­ri­cain des 24 Heures du Mans alors que les ama­teurs, net­te­ment plus nom­breux, du cham­pion­nat Nascar se re­trou­ve­ront, en fin de se­maine, dans les es­trades pour le Daytona 5oo, une course qui ne fait pas dans la den­telle avec ses tam­pon­nages en sé­rie, son bruit étour­dis­sant ou ses voi­tures rou­lant à 320 km/h à 2 cm les unes des autres.

LE GEL FLO­RI­DIEN

Je n’y ai as­sis­té qu’une fois, au cours d’un wee­kend où il fai­sait un froid de ca­nard au­quel nous n’étions pas pré­pa­rés. On était pour­tant en Flo­ride, The

sun­shine state, dit-on, mais on se les ge­lait tout rond. À tel point qu’il nous avait fal­lu nous en­rou­ler du pa­pier au­tour des pieds tel­le­ment nos san­dales étaient in­ap­pro­priées.

Si le stock-car m’a lais­sé froid (quel jeu de mots fa­cile), les courses d’en­du­rance m’ont em­me­né à Daytona à plu­sieurs re­prises et non pas comme spec­ta­teur fri­go­ri­fié, mais comme par­ti­ci­pant des 24 Heures au vo­lant de divers mo­dèles Porsche. Daytona pour une pre­mière fois comme cou­reur est une ex­pé­rience in­ti­mi­dante, prin­ci­pa­le­ment en rai­son du vi­rage for­te­ment in­cli­né (31 de­grés) que l’on doit né­go­cier. C’est ce que l’on ap­pelle «le bap­tême de Daytona». Vos amis chez les pi­lotes ont beau dire qu’il se né­go­cie à fond, on doit en faire l’ex­pé­ri­men­ta­tion pe­tit à pe­tit, un tour à la fois, avant de gar­der le pied au plan­cher, ce­la à en­vi­ron 240 km/h avec la Porsche 914-6 de 1971. Pour don­ner une pe­tite idée de son in­cli­nai­son, on ar­rive dif­fi­ci­le­ment à s’y te­nir de­bout et mon­ter au som­met re­vient à faire de l’es­ca­lade. La pre­mière fois, je me suis de­man­dé si une au­to ar­rê­tée n’au­rait pas ten­dance à ca­po­ter sous la force cen­tri­fuge. L’ap­pren­tis­sage de ce vi­rage se com­plique par une vi­si­bi­li­té vers l’avant ex­trê­me­ment ré­duite, qui équi­vaut à rou­ler dans un ton­neau.

LE TRAIN DE MI­NUIT

Une fois que l’on a as­si­mi­lé le vi­rage en ques­tion, l’autre dif­fi­cul­té ré­side dans les dé­pas­se­ments, alors qu’il faut chan­ger sa tra­jec­toire pour lais­ser pas­ser les voi­tures plus ra­pides, en l’oc­cur­rence les pro­to­types Fer­ra­ri, Ford ou Porsche qui vous ar­rivent comme une meute, tous phares al­lu­més au beau mi­lieu de la nuit. C’est là que l’on voit la dif­fé­rence entre 250 et 300 km/h. J’ap­pe­lais ce­la «le train de mi­nuit» et le pas­sage d’un groupe de 3 ou 4 pro­to­types à ces vi­tesses ahu­ris­santes donne l’im­pres­sion de se trou­ver en plein trem­ble­ment de terre.

Le reste du cir­cuit amé­na­gé pour les 24 Heures de Daytona est re­la­ti­ve­ment simple, sauf s’il se met à pleu­voir en plein mi­lieu de la nuit. J’ai d’ailleurs vé­cu une si­tua­tion sem­blable en 1971, alors qu’un orage s’est abat­tu sur la piste, trans­for­mant le bi­tume en une vé­ri­table pa­ti­noire. Il ne sau­rait en être au­tre­ment avec tous les dé­pôts de gomme lais­sés par le pas­sage d’en­vi­ron 50 voi­tures pen­dant une dou­zaine d’heures. Et comme de bien en­ten­du, je me suis of­fert un dé­ra­page spec­ta­cu­laire dans le vi­rage sui­vant les S. Mais c’était mon jour de chance, et je me suis ar­rê­té sans tou­cher quoi que ce soit, en pous­sant un vrai sou­pir de sou­la­ge­ment. Étran­ge­ment, je ne m’étais pas in­quié­té pour ma san­té, mais pour la dé­cep­tion que j’avais failli cau­ser à mes co­équi­piers, qui avaient tra­vaillé corps et âme pour que la Porsche nu­mé­ro 5 se main­tienne en pre­mière place de la classe GT.

Voi­là pour­quoi chaque an­née, lors de la te­nue des 24 Heures de Daytona, j’ai tou­jours un pin­ce­ment au coeur en me rap­pe­lant ce mo­ment inou­bliable de mon humble car­rière en course au­to­mo­bile.

Ma Porsche 914-6 GT est tou­jours ac­tive dans les courses type vin­tage, ici sur la piste Palm Beach In­ter­na­tio­nal Ra­ce­way en Flo­ride.

Pho­to : col­lec­tion per­son­nelle de Jacques Du­val

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