UN VUS qui dé­vore la route

Un mo­teur de Hell­cat dans un Jeep Grand Che­ro­kee. L’idée peut pa­raître tout sim­ple­ment aber­rante. Et pour­tant, c’est bien réel.

Le Journal de Quebec - Autonet.ca - - LA UNE - FRÉ­DÉ­RIC MER­CIER Collaboration spé­ciale

Oui, Jeep a osé construire ce vé­hi­cule tout sim­ple­ment dé­men­tiel. Un VUS pou­vant al­ler jouer dans la boue grâce à ses quatre roues mo­trices, mais aus­si con­çu pour dé­vo­rer le bi­tume à coup de bru­tales ac­cé­lé­ra­tions.

Avec ses 707 che­vaux, le Track­hawk est ca­pable pas­ser de 0 à 100 km/h en 3,7 se­condes et de fran­chir le quart de mile en 11,6 se­condes. Il peut at­teindre une vi­tesse maxi­male in­sen­sée de 290 km/h.

Le genre de VUS qui peut re­mor­quer une voi­ture de course jus­qu’à la piste, puis battre cette même voi­ture une fois sur le cir­cuit…

UNE CI­VI­LI­TÉ QUI SURPREND

Au pre­mier coup d’oeil, le Track­hawk n’a rien de bien dif­fé­rent des autres ver­sions du Grand Che­ro­kee. Seuls les connais­seurs re­mar­que­ront ses roues de 20 pouces uniques, ses étriers jaunes et sa sor­tie d’échap­pe­ment qua­druple à l’ar­rière.

Pour le reste, ça de­meure as­sez sub­til. Pas de gi­gan­tesque trappe d’air sur le ca­pot ou de gros lo­go pour mon­trer au monde en­tier qu’on conduit un VUS de 707 che­vaux. Per­son­nel­le­ment, j’aime bien la re­cette. Cer­tains consom­ma­teurs risquent tout de même de trou­ver le Track­hawk un peu trop dis­cret. Une ques­tion de goûts.

Au dé­mar­rage, tou­te­fois, il n’y a au­cune am­bi­guï­té. Tout de suite, on com­prend qu’on est loin d’avoir à faire à un Grand Che­ro­kee or­di­naire. Le V8 sur­com­pres­sé de 6,2 litres qui se trouve sous le ca­pot se fait tout de suite en­tendre, et son simple ron­ron­ne­ment est suf­fi­sant pour in­ti­mi­der qui­conque se re­trouve der­rière le vo­lant.

Sauf qu’une fois sur la route, on réa­lise que le Track­hawk n’a rien d’un gros monstre. C’est en fait un vé­hi­cule fran­che­ment ci­vi­li­sé qui se conduit comme à peu près n’im­porte quel VUS. Une dou­ceur qui m’a agréa­ble­ment sur­pris.

Jus­qu’à ce que je mette le pied au plan­cher…

En en­fon­çant l’ac­cé­lé­ra­teur, le confor­table VUS se ré­veille sou­dai­ne­ment et re­mue sa car­casse de plus de 5000 livres à un rythme ef­fa­rant. Pas­sez en mode sport, et la trans­mis­sion au­to­ma­tique à huit rap­ports change to­ta­le­ment de per­son­na­li­té, lais­sant la sur­puis­sante mé­ca­nique ré­vo­lu­tion­ner à plus haut ré­gime. Une mé­lo­die pour les oreilles.

Pour le por­te­feuille, c’est un peu moins mé­lo­dieux quand vient le temps de faire le plein d’es­sence. Les cotes de consom­ma­tion of­fi­cielles n’ont tou­jours pas été an­non­cées, mais notre es­sai sur route s’est conclu avec une moyenne de 14,7 L/100 km. Et on n’était pas en ville…

DE LA ROUTE À LA PISTE

Vous l’au­rez com­pris, le Track­hawk n’est pas un VUS comme les autres. Et au lieu de l’em­me­ner dans des sen­tiers de terre, notre pre­mier contact avec le Jeep le plus puis­sant de l’His­toire s’est dé­rou­lé sur une piste de course.

Et vous sa­vez quoi ? Il se dé­brouille pas mal du tout. Bon, le gros Jeep, aus­si puis­sant soit-il, ne rem­pla­ce­ra ja­mais une voi­ture sport. Son poids de­meure un grand in­con­vé­nient et son très haut centre de gra­vi­té n’a rien pour ai­der. Sauf que pour un VUS, ce que le Track­hawk réus­sit à faire sur une piste est as­sez fas­ci­nant.

Après tout, ce nou­veau Jeep ne se ré­sume pas qu’à son mo­teur de 707 che­vaux. Pour en faire un vé­hi­cule digne de la fa­mille SRT, on lui a no­tam­ment in­té­gré des freins Brem­bo de plus grande di­men­sion, un es­sieu ar­rière ren­for­cé ain­si qu’un dif­fé­ren­tiel à glis­se­ment li­mi­té. Tout ça, pour en faire un meilleur vé­hi­cule sur la piste, et pas juste en ligne droite.

Mais ce qui de­meure le plus im­pres­sion­nant avec le Track­hawk, c’est sa ca­pa­ci­té à ac­cé­lé­rer comme une fu­sée mal­gré son poids. Grâce au sys­tème « Launch Control », le gros VUS passe de 0 à 100 km/h en­core plus ra­pi­de­ment que la Chal­len­ger Hell­cat. Mer­ci, rouage in­té­gral !

At­teindre 100 km/h en 3,7 se­condes à bord d’un aus­si gros VUS, c’est toute une ex­pé­rience. Une ex­pé­rience que seul le Tes­la Mo­del X P100D est ca­pable de battre dans le cré­neau des VUS.

AT­TI­TUDE DÉSINVOLTE

Lors d’une ren­contre avec quelques membres de l’équipe SRT res­pon­sables

du dé­ve­lop­pe­ment du Track­hawk, une très brève dis­cus­sion m’a dé­mon­tré toute la dé­sin­vol­ture qui se cache der­rière le dé­ve­lop­pe­ment de ce VUS de course.

- Avez-vous des ques­tions concer­nant le Track­hawk ? - Oui, j’en ai une : Pour­quoi ? - Why the fuck not? Voi­là le mes­sage que Fiat Ch­rys­ler Au­to­mo­biles (FCA) lance avec ce nou­veau mo­dèle. Au diable les dé­trac­teurs. Au diable les en­vi­ron­ne­men­ta­listes. Why the fuck not.

À force de dé­ve­lop­per des vé­hi­cules comme la Hell­cat, la De­mon et le Track­hawk, le construc­teur ita­lo-amé­ri­cain est en quelque sorte de­ve­nu le bad boy de l’in­dus­trie au­to­mo­bile.

Fou­tez-nous la paix avec les tech­no­lo­gies élec­triques et les voi­tures au­to­nomes. Chez FCA, on brûle du gaz, et tant pis si ça vous of­fense. Il y a en­core un grand mar­ché pour ça, et on en est bien conscient. La stra­té­gie sou­lè­ve­ra l’ire de bien des gens, mais elle fe­ra aus­si le bon­heur des ir­ré­duc­tibles nos­tal­giques de l’ère des Muscle Cars. Et ils sont nom­breux.

À un prix de base de 109 995 $, le VUS au mo­teur de voi­ture sport de­vient évi­dem­ment le Grand Che­ro­kee le plus dis­pen­dieux de la gamme. Sauf que pour un VUS de ce ca­libre, vous ne trou­ve­rez pas de meilleure offre ailleurs.

Suf­fit d’être as­sez dé­rai­son­nable pour vou­loir un tel jou­jou. Faut bien se gâ­ter dans la vie, non ?

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