Li­mites de vi­tesse : non à la pré­ten­due to­lé­rance !

Le Journal de Quebec - Autonet.ca - - LA UNE - Marc La­cha­pelle

Ai­mez-vous la vi­tesse ? Moi aus­si. Je l’avoue, j’adore la vi­tesse de­puis tou­jours. Pas sur la route, par contre. Plus main­te­nant, du moins, parce qu’il y a beau­coup trop de vé­hi­cules, trop d’obs­tacles, trop de risque. Trop de sur­veillance, aus­si.

Je pour­rais vous ra­con­ter que je res­pecte scru­pu­leu­se­ment toutes les li­mites de vi­tesse af­fi­chées, mais ce se­rait vous men­tir ef­fron­té­ment. Je ne les res­pecte pas plus que vous. Pas plus que l’im­mense ma­jo­ri­té d’entre vous, plu­tôt.

Et si nous sommes si nom­breux à conduire de cette ma­nière, c’est que nous sommes convain­cus que les corps po­li­ciers de notre belle pro­vince to­lèrent les ex­cès de vi­tesse, dans une cer­taine me­sure.

Po­sez la ques­tion à votre voi­sin et il vous ré­pon­dra sans doute, avec grande convic­tion, que les po­li­ciers « to­lèrent » par exemple des vi­tesses al­lant jus­qu’à 120 km/h sur les au­to­routes où la li­mite af­fi­chée est de 100 km/h.

UNE TO­LÉ­RANCE FANTÔME

Or, sa­chez que cette to­lé­rance n’existe pas et qu’elle n’est ins­crite dans au­cun rè­gle­ment ni au­cun ali­néa obs­cur du Code de sé­cu­ri­té rou­tière au Qué­bec. Et sa­chez sur­tout que ja­mais un po­li­cier ne vous confir­me­ra l’exis­tence de cette sup­po­sée to­lé­rance, du moins par écrit ou de­vant un mi­cro ou une ca­mé­ra.

C’est ce qui me choque et me scan­da­lise dans cette his­toire, de­puis des an­nées. Parce qu’en en­tre­te­nant ou en ne niant ja­mais cette croyance po­pu­laire, notre po­lice se ré­serve une marge confor­table pour exer­cer un pou­voir dis­cré­tion­naire qui ne lui est ac­cor­dé par au­cune loi ni au­cun rè­gle­ment.

Tout le monde sait, ou croit donc sa­voir, qu’il est per­mis de rou­ler à 119 km/h sur nos au­to­routes alors qu’il n’en est rien. Pour­quoi ne pas imi­ter sim­ple­ment nos loin­tains voi­sins de Co­lom­bie-Bri­tan­nique, dont le mi­nistre des Trans­ports a éta­bli la li­mite sur au­to­route à 120 km/h ?

La chose est d’ailleurs as­sez iro­nique, si l’on songe que le prix de l’es­sence ne cesse de grim­per et que la consom­ma­tion en car­bu­rant est su­pé­rieure d’en­vi­ron 20 % si on roule à 120 plu­tôt qu’à 100 km/h. Et vous avez cer­tai­ne­ment in­té­rêt à rou­ler moins vite dans une voi­ture élec­trique dont l’au­to­no­mie fond à vue d’oeil à plus de 100 km/h.

Le pire, avec cette his­toire de sup­po­sée to­lé­rance, est que nos po­li­ciers semblent l’ap­pli­quer à toutes les li­mites de vi­tesse, quelles qu’elles soient. Tou­jours pour la même rai­son : si vous ne dé­pas­sez pas la li­mite de plus de 20 km/h, vous n’êtes tout sim­ple­ment pas un client as­sez payant.

Dans une zone où la li­mite est fixée à 30 km/h, sou­vent pour d’ex­cel­lentes rai­sons, il y a donc peu de risques qu’on vous colle une contra­ven­tion si vous rou­lez à moins de 50 km/h. Et il est beau­coup trop fa­cile d’at­teindre cette vi­tesse, même dans la plus mo­deste des sous-com­pactes mo­dernes, si on est le moin­dre­ment dis­trait ou pres­sé.

Or, le risque de col­li­sion de tout type est sou­vent beau­coup plus éle­vé dans ces zones où la cir­cu­la­tion est plus dense, les rues plus étroites et les obs­tacles plus nom­breux. Ces coins de ville et ces quar­tiers où four­millent et cir­culent les plus lents et vul­né­rables d’entre nous. Ne par­lons même pas des zones sco­laires.

POUR DES LI­MITES CLAIRES ET NETTES

Il suf­fi­rait que nos forces po­li­cières af­firment clai­re­ment qu’il n’existe au­cune to­lé­rance pour les ex­cès de vi­tesse dans cette pro­vince et que tout conduc­teur doit res­pec­ter les li­mites de vi­tesse af­fi­chées, sans ex­cep­tion.

Les au­to­ri­tés com­pé­tentes s’en­ga­ge­raient ce­pen­dant, du même coup, à ré­vi­ser soi­gneu­se­ment et sé­rieu­se­ment toutes les li­mites pour qu’elles soient adap­tées au ni­veau de risque réel que com­porte chaque type ou sec­tion de route. Ces li­mites se­raient dic­tées par la science de la cir­cu­la­tion et non les quo­tas de contra­ven­tion, comme le veut une autre croyance po­pu­laire sans doute fon­dée, hé­las.

Ces nou­velles me­sures pas­se­ront beau­coup mieux si on an­nonce, du même coup, que la vi­tesse maxi­male passe à 120 km/h sur nos au­to­routes, sans to­lé­rance pour tout ex­cès me­su­ré. Puisque la moyenne ac­tuelle s’en ap­proche et qu’on l’ac­cepte dé­jà... On ré­dui­rait ain­si les écarts de vi­tesse entre ceux qui res­pectent tou­jours ri­gou­reu­se­ment les li­mites et la grande ma­jo­ri­té des autres. Et ces écarts sont tou­jours un grand risque de sé­cu­ri­té, sur une au­to­route.

Tout le monde ga­gne­rait à ce que cesse cette mas­ca­rade hy­po­crite, et même un peu cy­nique, de la sup­po­sée to­lé­rance. Tous les Qué­bé­cois le mé­ritent.

Il suf­fi­rait que nos forces po­li­cières af­firment clai­re­ment qu’il n’existe au­cune to­lé­rance.

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