Les phares éteints, c’est pas brillant !

C’est of­fi­ciel : même Trans­ports Ca­na­da les ap­pelle main­te­nant « vé­hi­cules fan­tômes ».

Le Journal de Quebec - Autonet.ca - - LA UNE - MARC LA­CHA­PELLE marc.la­cha­pelle@que­be­cor­me­dia.com

Ces masses noires qui ap­pa­raissent de­vant vous, sur la route, après la bru­nante. Ces voi­tures qui roulent sans au­cun feu de po­si­tion, en pleine noir­ceur, avec tous les risques et dan­gers que ce­la im­plique.

Je ne sais pas pour vous, mais ça me met en fu­rie à chaque fois. J’ai même comp­té ré­cem­ment, en une poi­gnée de mi­nutes, au moins quatre vé­hi­cules sur dix qui rou­laient sur ce mode fur­tif in­vo­lon­taire. Avec les dan­gers que vous ima­gi­nez.

Il n’est pas ques­tion ici de vieilles guim­bardes ou de « mi­nounes » dont les phares et les am­poules sont grillés, dé­con­nec­tés ou pri­vés de tout cou­rant élec­trique. Avec un peu de chance, celles-là se font in­ter­cep­ter et chas­ser de la route ra­pi­de­ment.

Je pense plu­tôt à des vé­hi­cules ré­cents, si­non flam­bant neufs, qui roulent dans le noir, sans au­cun feu de po­si­tion. Parce que le com­mu­ta­teur est à off et qu’ils ne sont pas al­lu­més, tout sim­ple­ment.

Et l’être hu­main dis­trait ou in­cons­cient qui est au vo­lant ne se doute de rien parce que le ta­bleau de bord et les ca­drans de sa voi­ture sont jo­li­ment illu­mi­nés. C’est pire s’il y a quelques lam­pa­daires pour éclai­rer la route le moin­dre­ment et d’autres voi­tures à suivre do­ci­le­ment.

PHARES DE JOUR : UNE OEUVRE IN­ACHE­VÉE

Tout ça à cause des « phares de jour » que la même agence gou­ver­ne­men­tale a ren­dus obli­ga­toires pour tout vé­hi­cule lé­ger neuf ven­du au Ca­na­da en 1989. L’idée était de ré­duire les risques de col­li­sion fron­tale en ren­dant les vé­hi­cules plus vi­sibles en plein jour. Et on avait des études pour le dé­mon­trer.

Les gens de Trans­ports Ca­na­da disent que s’ils n’ont pas im­po­sé éga­le­ment l’al­lu­mage per­ma­nent des feux de po­si­tion ar­rière à l’époque, c’est qu’ils ne pou­vaient dé­mon­trer aus­si clai­re­ment que c’était une bonne idée. Ils se fiaient éga­le­ment au fait que le ta­bleau de bord n’était éclai­ré que lorsque les feux et phares étaient al­lu­més vo­lon­tai­re­ment. Ce qui était dou­ble­ment im­por­tant puisque ces nou­veaux phares de jour ne pro­je­taient qu’une lu­mière bla­farde.

Les choses ont ce­pen­dant vite chan­gé lorsque l’élec­tro­nique a trans­for­mé le ta­bleau de bord en spec­tacle son et lu­mière, éli­mi­nant du même trait ce ré­flexe sa­lu­taire. Le coût pour al­lu­mer aus­si les feux ar­rière au­rait pour­tant été in­fime, en com­pa­rai­son avec le gain po­ten­tiel en sé­cu­ri­té.

Mais ne vous y trom­pez pas : mal­gré la lour­deur in­évi­table d’un or­ga­nisme qui doit fixer les règles pour un do­maine aus­si com­plexe et gi­gan­tesque que les trans­ports, on ne manque pas de cer­veaux al­lu­més à Trans­ports Ca­na­da. Oui, j’en ai ren­con­tré. Ces gens sont cons­cients du ri­di­cule de la si­tua­tion et font ac­tuel­le­ment le né­ces­saire pour la cor­ri­ger.

Il faut dire que l’or­ga­nisme re­çoit un flot constant de plaintes écrites des ci­toyens au su­jet du nombre crois­sant de ces « vé­hi­cules fan­tômes » sur nos routes. L’en­nui, c’est que ça va prendre du temps, hé­las. L’amen­de­ment pu­blié le 27 fé­vrier 2016 pré­voit ef­fec­ti­ve­ment que les feux ar­rière ne de­vront être al­lu­més en tout temps qu’à comp­ter du 1er sep­tembre 2020, au mieux.

PRE­NEZ LE CONTRÔLE ET GAR­DEZ-LE

Ré­glez donc ce pro­blème dès main­te­nant, de la meilleure ma­nière qui soit, en al­lu­mant vos phares au maxi­mum dès que le contact est mis. Et lais­sez-les al­lu­més en tout temps, le jour comme la nuit, pour mieux voir et être mieux vus, quelles que soient les condi­tions.

Faites le même si la com­mande des feux offre un ré­glage « au­to », pour que les phares soient tou­jours à pleine in­ten­si­té et tous les feux de po­si­tion al­lu­més. Même s’il fait clair pen­dant une averse fé­roce qui ré­duit for­te­ment la vi­si­bi­li­té, par exemple.

Quand on songe aux bien­faits im­menses de cette ha­bi­tude toute simple, en termes de sé­cu­ri­té, il n’y a au­cun ar­gu­ment de coût qui tienne. Sur­tout à une époque où pro­li­fèrent les diodes élec­tro­lu­mi­nes­centes (DEL) qui ne consomment rien en élec­tri­ci­té et sont pra­ti­que­ment éter­nelles.

Mais de grâce, ne lais­sez pas al­lu­més aus­si, en per­ma­nence, ces phares d’ap­point qu’on n’est cen­sé uti­li­ser que lors­qu’il y a du brouillard et qui n’ont gé­né­ra­le­ment pour ef­fet que d’éblouir ou aveu­gler ceux qui roulent en sens in­verse. Même si les jeunes et des moins jeunes trouvent que ça leur donne un air « co­ol ».

Lais­sez-les al­lu­més en tout temps, le jour comme la nuit

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