Le très am­bi­tieux « triple zé­ro » de GM

Le Journal de Quebec - Autonet.ca - - LA UNE - Marc La­cha­pelle

Ge­ne­ral Mo­tors, long­temps le géant mon­dial de l’au­to­mo­bile, a an­non­cé cette se­maine qu’il lan­ce­ra 20 vé­hi­cules élec­triques d’ici 2023. De ce nombre, deux va­riantes de sa com­pacte Bolt EV tout élec­trique se­ront pré­sen­tées d’ici 18 mois.

Et bien sûr, c’est la nou­velle qui a fait la man­chette des bul­le­tins de nou­velles de soi­rée à la té­lé et la une des jour­naux du len­de­main ma­tin. Même si c’est loin d’être la seule chose im­por­tante et in­té­res­sante qu’an­non­çaient les grands patrons de GM plus tôt dans la jour­née. Met­tons ça sur le compte de la fas­ci­na­tion bou­li­mique ac­tuelle des grands mé­dias pour tout ce qui res­semble à une voi­ture équi­pée d’un mo­teur élec­trique et de grosses bat­te­ries.

GM VISE HAUT AVEC SON « TRIPLE ZÉ­RO »

Ma­ry Bar­ra, grande pa­tronne de Ge­ne­ral Mo­tors, et Mark Reuss, son fi­dèle lieu­te­nant, ont par­lé en fait d’un triple ob­jec­tif pour leur com­pa­gnie : « zé­ro col­li­sion, zé­ro émis­sions pol­luantes, et zé­ro conges­tion », sans tou­te­fois ajou­ter une date ou fixer le moindre échéan­cier pour ce pro­jet re­mar­qua­ble­ment am­bi­tieux.

Vous de­vi­nez que la conduite au­to­nome, l’élec­tri­fi­ca­tion et l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle sont au coeur de ces pro­messes gran­dioses. Avec tout le flou, l’en­flure ver­bale et les pro­messes creuses qui les ac­com­pagnent hé­las trop sou­vent.

No­tez que GM n’est ni le pre­mier ni le seul à mettre de telles cibles en joue. Le construc­teur sué­dois Vol­vo, cham­pion re­con­nu en sé­cu­ri­té au­to­mo­bile, a pro­mis dans sa dé­cla­ra­tion « Vi­sion 2020 » que per­sonne ne se­rait tué ou bles­sé gra­ve­ment dans un des vé­hi­cules qu’il pro­duit en l’an 2020.

Ob­jec­tif au­da­cieux ? Sans l’ombre d’un doute. Or, il ne faut ja­mais ou­blier que Vol­vo, grâce à son in­gé­nieur Nils Boh­lin, a été le pion­nier de la cein­ture de sé­cu­ri­té à bau­drier (trois points d’an­crage) qui a sau­vé des vies par cen­taines de mil­liers et qui fête d’ailleurs ses cin­quante ans cette an­née.

Cet ac­ces­soire de sé­cu­ri­té tout simple est le plus im­por­tant de tous puis­qu’il ré­duit le risque de mou­rir de 47 % et ce­lui d’être bles­sé gra­ve­ment de 52 % dans une col­li­sion. Or, on dis­pose main­te­nant d’un ar­se­nal ex­tra­or­di­naire de sys­tèmes qui re­haussent le de­gré glo­bal de pro­tec­tion, même si la contri­bu­tion de cha­cun de ces sys­tèmes n’est ja­mais aus­si im­por­tante que celle de la cein­ture.

Une étude al­le­mande a par exemple prou­vé, dès 2004, que le frei­nage d’ur­gence as­sis­té avait per­mis de ré­duire le nombre de dé­cès de 5 %. On pour­rait aus­si ré­duire les bles­sures de 0,7 % et les dé­cès de 1,4 % avec le ré­gu­la­teur de vi­tesse qui main­tient un es­pace constant entre les vé­hi­cules. Et cette liste s’al­longe constam­ment.

LA SÉ­CU­RI­TÉ EN PAR­TANT DU SOM­MET

Vol­vo a mis au point plu­sieurs sys­tèmes de sé­cu­ri­té, mais n’a cer­tai­ne­ment pas été le seul. GM fut à la source de plu­sieurs in­no­va­tions, y com­pris le per­fec­tion­ne­ment du « crash-test dum­my », ce man­ne­quin qui per­met de me­su­rer les forces gi­gan­tesques qui sont gé­né­rées lors d’une col­li­sion sans mettre en pé­ril des hu­mains ou des ani­maux.

Mer­cedes-Benz a éga­le­ment consa­cré, de tout temps, des sommes et res­sources co­los­sales à la sé­cu­ri­té. On lui doit, en plus des zones dé­for­mables et des car­ros­se­ries ul­tra-ri­gides, les pre­miers freins an­ti­blo­cage, cous­sins gon­flables et sys­tèmes an­ti­dé­ra­page à être in­té­grés avec suc­cès à des voi­tures de sé­rie.

Ces in­no­va­tions étaient d’abord of­fertes sur les grandes ber­lines de Classe S pour en­suite se ré­pandre à tra­vers la gamme. Et la concur­rence fait la même chose. Tant et si bien qu’on se re­trouve main­te­nant avec des sous-com­pactes bar­dées de sys­tèmes de sé­cu­ri­té, y com­pris une di­zaine de cous­sins gon­flables, et que ça n’étonne plus per­sonne.

LE CIEL N’ÉTAIT PAS LA LI­MITE

Il y a fort long­temps, j’ai écrit un texte qui s’in­ti­tu­lait « Au-de­là du cous­sin gon­flable, un nou­veau grand pro­jet qué­bé­cois : ob­jec­tif zé­ro vic­time » et fut pu­blié dans le Guide de l’au­to 1991. Mon texte n’a pas fait sen­sa­tion, à une époque où ni le frei­nage ABS ni les cous­sins gon­flables n’étaient ins­tal­lés de sé­rie. Il pou­vait même pa­raître naïf, mais je suis plu­tôt fier de le re­lire au­jourd’hui.

Le temps est ve­nu de vi­ser très haut en ma­tière de sé­cu­ri­té au­to­mo­bile, même si les dé­cès ont di­mi­nué des deux tiers alors que la po­pu­la­tion dou­blait, au pays, du­rant les 40 der­nières an­nées.

Si John F. Ken­ne­dy et Jean Dra­peau n’avaient pas vi­sé très haut, au nom de leurs conci­toyens, Neil Arm­strong n’au­rait pas mis le pied sur la Lune en 1969 et on n’au­rait pas eu ce mi­racle que fut Ex­po67. Et ils furent des di­zaines de mil­liers à y tra­vailler sans re­lâche.

Sur­tout que ces ob­jec­tifs zé­ro, même triples, de­vien­dront de plus en plus réa­listes et at­tei­gnables, à me­sure que pro­gres­se­ra la tech­no­lo­gie. En es­pé­rant qu’elle fasse quelques bonds vers l’avant, en che­min.

On est ren­dus là, en­fin.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.