Digne des Gran Tu­ris­mo

Le Journal de Quebec - Autonet.ca - - LA UNE - MARC LACHAPELLE Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Au der­nier Sa­lon de l’au­to de Dé­troit, une voi­ture co­réenne a car­ré­ment « vo­lé le show » à tout ce que les cons­truc­teurs al­le­mands, amé­ri­cains et ja­po­nais avaient de meilleur à of­frir. Une ber­line sport longue, large et ra­cée qui rayon­nait dans le kiosque de Kia.

La Stin­ger GT est l’ex­pres­sion la plus spec­ta­cu­laire et ache­vée à ce jour de l’au­dace et de l’am­bi­tion sans li­mites de la deuxième marque co­réenne, en pleine as­cen­sion de­puis des an­nées.

Elle a été des­si­née dans son stu­dio eu­ro­péen, à Franc­fort, sous la di­rec­tion du Fran­çais Gré­go­ry Guillaume, un des émules et dis­ciples de Pe­ter Schreyer, l’homme qui trans­forme ra­di­ca­le­ment le style des Kia de­puis 2006.

Sa sil­houette est for­te­ment ins­pi­rée de l’étude GT Concept, créée par la même équipe et dé­voi­lée au Sa­lon de la même ville, à l’au­tomne 2011.

Elle em­prunte son nom et quelques dé­tails au cou­pé Stin­ger GT4, un pro­to­type pré­sen­té à Dé­troit en 2014.

La Stin­ger a été dé­ve­lop­pée dans l’es­prit de lé­gen­daires voi­tures de grand tou­risme comme la fa­bu­leuse Ma­se­ra­ti Ghi­bli des an­nées soixante. Des voi­tures qui per­met­taient aux aris­to­crates de fi­ler de Pa­ris à Mo­na­co à grande vi­tesse, en tout confort, avec style et pa­nache.

La ver­sion de sé­rie a pro­fi­té du sa­voir­faire ex­cep­tion­nel d’Al­bert Bier­mann que le groupe Hyun­dai-Kia est al­lé re­cru­ter chez BMW où il di­ri­geait la mise au point des fa­meux mo­dèles M.

En plus de s’in­té­res­ser à la moindre pièce qui in­fluence la per­for­mance et le com­por­te­ment, l’in­gé­nieur al­le­mand a in­sis­té pour que chaque voi­ture de dé­ve­lop­pe­ment ac­cu­mule 10 000 km sur le par­cours le plus exi­geant au monde : la boucle nord du cir­cuit Nür­bur­gring, le Nord­schleife.

DES ROUTES MYTHIQUES ET QUELQUES CIR­CUITS

Lors­qu’est en­fin ve­nu le temps de faire conduire la Stin­ger, le construc­teur a ce­pen­dant choi­si des routes ca­li­for­niennes qui al­laient nous me­ner au centre d’es­sais du groupe Hyun­dai, dans le dé­sert de Mo­jave, pour des es­sais sur di­vers cir­cuits éga­le­ment uti­li­sés pen­dant son dé­ve­lop­pe­ment.

À Los An­geles, on nous a re­mis les clés de ver­sions de pré­sé­rie de la Stin­ger GT qui trône au som­met de la gamme, pro­pul­sée par un V6 à double tur­bo de 3,3 litres qui pro­duit 365 che­vaux et 376 lb-pi de couple. As­sez pour un sprint de 0 à 100 km/h en 4,9 se­condes. Une ver­sion plus abor­dable se­ra éga­le­ment dis­po­nible, plus tard, avec un quatre cy­lindres tur­bo­com­pres­sé de 2,0 litres qui li­vre­ra 255 che­vaux et 260 lb-pi de couple.

Les deux mo­teurs sont ex­clu­si­ve­ment ju­me­lés à une boîte de vi­tesses au­to­ma­tique à huit rap­ports et un rouage in­té­gral pour le mar­ché ca­na­dien. Ce der­nier trans­met 80 % du couple aux roues ar­rière en mode sport, pour ai­gui­ser la te­nue de route, et jus­qu’à 50 % aux roues avant quand ça glisse.

La Stin­ger est plus longue que des ri­vales cos­sues telles que les Au­di A5 Sport­back, BMW 4 Gran Coupe, In­fi­ni­ti Q50, Lexus GS et Mer­cedes-Benz CLS. Son em­pat­te­ment est plus long aus­si, ce qui ac­cen­tue en­core son pro­fil élé­gant.

Signe de la confiance énorme de Kia dans sa nou­velle voi­ture-reine – ou de son ar­ro­gance –, elle nous a per­mis de la com­pa­rer à une Au­di A7, une Porsche Pa­na­me­ra 4 et plu­sieurs des voi­tures men­tion­nées plus haut sur un tra­cé d’au­to­cross long et ra­pide, au centre d’es­sais. Et la Stin­ger GT est loin d’avoir per­du la face.

SIMPLE ET EF­FI­CACE

À l’in­té­rieur, un écran tac­tile fa­çon ta­blette sur­plombe trois grandes buses d’aé­ra­tion rondes à l’eu­ro­péenne, sans sur­prise. Sans être aus­si riches que dans ses ri­vales plus chic et (beau­coup) plus chères, la fi­ni­tion et la qua­li­té des ma­té­riaux sont sans re­proche.

Moins tape-à-l’oeil, les com­mandes sont net­te­ment plus convi­viales et ac­ces­sibles. Plus er­go­no­miques, quoi. Y com­pris les contrôles ins­tal­lés sur les branches d’un vo­lant sport, dont la jante gai­née de cuir, plate sur le bas, est bien mou­lée et pas trop grande.

La po­si­tion de conduite est im­pec­cable et les sièges en­ve­lop­pés de cuir doux et souple. Les ba­quets à l’avant sont bien sculp­tés, mais il au­rait fal­lu plus de main­tien la­té­ral sur le tra­cé d’au­to­cross et le cir­cuit rou­tier du centre d’es­sais. Les bour­re­lets pneu­ma­tiques ré­glables, en op­tion sur la GT, ai­de­ront peut-être.

Deux adultes de taille nor­male se­ront confor­tables à l’ar­rière. Pas le troi­sième, à cause du tun­nel au plan­cher et d’une console en­com­brante au centre. Le grand hayon, à l’ar­rière, offre un ac­cès fa­cile à une soute car­go dont le vo­lume passe de

660 à 1158 litres en re­pliant le dos­sier ar­rière, dé­cou­pé en sec­tions 60/40.

Avec une fiche tech­nique im­pres­sion­nante et de grandes at­tentes, les pre­miers ki­lo­mètres furent plu­tôt dé­ce­vants. La Stin­ger GT bleue était confor­table, douce, si­len­cieuse et stable, mais c’est à peu près tout. Elle n’of­frait cer­tai­ne­ment pas les sen­sa­tions qu’on at­tend d’une « grand-tou­risme ».

Le ha­sard a bien fait les choses. En fi­lant sur la route, en di­rec­tion du dé­sert de Mo­jave, j’ai aper­çu au loin deux voi­tures que j’ai d’abord prises pour des Stin­ger. C’est dire à quel point la GT est basse et large à l’ar­rière parce qu’il s’agis­sait en fait d’une paire de Porsche 911, ra­len­ties par un ca­mion et une ligne jaune double.

À la pre­mière ligne poin­tillée, les deux Porsche ont ac­cé­lé­ré à fond pour dou­bler. J’ai fait de même et le V6 à double tur­bo nous a écra­sés dans nos sièges avec un gron­de­ment ré­jouis­sant.

La Stin­ger s’est aus­si­tôt ani­mée, comme un pur-sang après un coup de ta­lon ou de cra­vache. Les mi­nutes sui­vantes furent pas­sées à suivre ces spor­tives allemandes à la trace et à bonne vi­tesse, sans ex­cès et sans ef­fort ap­pa­rent, sur un ru­ban d’as­phalte bien en­tor­tillé.

En vi­rage, on sen­tait juste un soup­çon de rou­lis bien amor­ti et une trace de sous-vi­rage dans les courbes les plus ser­rées, le rouage in­té­gral, la ser­vo­di­rec­tion élec­trique, les amor­tis­seurs va­riables et les freins Brem­bo tra­vaillant à l’unis­son, avec un équi­libre im­pec­cable.

Sur la pre­mière ligne droite, les 911 se sont tas­sées pour nous lais­ser pas­ser. Sans blague. Et oui, j’ai des té­moins qui ont même des pho­tos. La Stin­ger GT ve­nait de pas­ser le test du grand-tou­risme avec brio.

UN PRIX IN­CROYABLE

Les prix of­fi­ciels ne sont pas en­core connus, mais nous sa­vons qu’une Stin­ger GT avec toutes les op­tions se ven­dra pour moins de 52 000 $ au Ca­na­da, ce qui en fait une va­leur et une au­baine in­croyables. À titre de com­pa­rai­son, la même voi­ture coû­te­ra en­vi­ron 50 000 $ US à nos voi­sins du Sud.

À un tel prix, on se fout un peu de l’ab­sence d’un écus­son cé­lèbre ou pres­ti­gieux sur le ca­pot. Sur­tout avec la ga­ran­tie so­lide et les ex­cel­lentes cotes de qua­li­té et de fia­bi­li­té qu’a ré­col­tées la marque co­réenne ces der­nières an­nées.

Kia of­fri­ra seule­ment deux cents co­pies de la Stin­ger pour l’an­née 2018 au pays et ce se­ront toutes des GT qui dis­pa­raî­tront sans doute as­sez vite.

La sélection et les quan­ti­tés aug­men­te­ront par la suite. Avis aux in­té­res­sés.

KIA STIN­GER GT 2018

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