UNFRAUDEUR RE­FROI­DI

DansPa­paà­la­chas­seaux­la­go­pèdes,Ro­bertMo­rin­bra­que­sa­ca­mé­ra­su­run PDG re­cher­ché­par­la­po­li­ce­pou­ra­voir­frau­dé­plu­sieurs­pe­tit­sé­par­gnants.Ça vous­dit­quel­que­chose?

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Maxime Demers

Vous l’au­rez donc de­vi­né : les scan­dales d’En­ron et de Nor­bourg ont ins­pi­ré le réa­li­sa­teur deQue Dieu­bé­nis­sel’Amé­rique,LeNèg’ etRe­quiem pou­run­beau sans-coeur pour­son­nou­veau­film.

« Quand il y a eu toute cette vague de « cros­seurs », En­ron, Vincent La­croix, je me­suis po­sé la ques­tion : comment t’ex­pliques à tes en­fants que t’es un « cros­seur »? re­late Ro­bert Mo­rin, ren­con­tré le mois der­nier au Fes­ti­val du nou­veau ci­né­maoù­son­fil­mé­tait­pré­sen­téen­pri­meur.

« Est-ce que t’es­saies de te dis­cul­per, de de te jus­ti­fier? Ou, comme t’es un ma­ni­pu­la­teur sur toute la ligne, t’es­sayes pas plu­tôt de ma­ni­pu­ler tes en­fants à leur tour? »

Bap­ti­séVin­centLe­mieux(et­cam­pé­par le­co­mé­dienF­ran­çoisPa­pi­neau),le­per­son­na­ge­de­son­nou­veau­fil­mest­don­cun frau­deu­ren­ca­vale,unPDG d’une­grosse com­pa­gnieac­cu­séd’avoir­vo­lé100 mil­lions de­dol­larsà­de­sim­ple­sin­ves­tis­seurs. Avant­que­la­po­li­ce­ne­lui­met­te­la­mai­nau col­let,il­dé­ci­de­de­se­loue­ru­ne­ca­mion­net­teetdes’en­fuir­vers­leG­randNord.Le­pré­texte :al­ler­chas­ser­le­la­go­pède.

CONFESSIONFILMÉE

Mais­ce­voya­ge­de­chas­se­prend­vi­te­la forme d’une confes­sion puisque le fraudeur traîne avec lui une ca­mé­ra vi­déo dont il se sert pour ten­ter d’ex­pli­quer ses gestes à ses deux filles.

Il parle, se confesse, fa­bule, ra­conte des his­toires et quelques blagues aus­si. Car le truand dé­peint dans le film de Mo­rin est un être ar­ro­gant et ma­ni­pu­la­teur, mai­saus­si­très­drô­leet­mê­me­sym­pa­thique.

« Vincent est un per­son­nage tra­gique, com­me­les­per­son­na­ges­deRa­cine », si­gnale le réa­li­sa­teur.

« C’est un per­son­nage qui n’est ni bon ni mé­chant. J’aime les per­son­nages tra­giques qui se mettent dans la marde eux-mê­me­setVin­cen­te­nes­tun­bon exemple. C’est un per­son­nage tra­gique, am­bi­gu,avec­des­zo­nesd’om­breet­même qui fait pi­tié à l’oc­ca­sion. Au ci­né­ma, ces temps-ci, on voit plus des bons gars sur qui le des­tin et la­bad luck s’acharnent. Mais ce n’est pas ça, la vraie vie. »

TOURNAGEEXIGEANT

Pa­paà­la­chas­seaux­la­go­pèdes a été tour­né l’hi­ver der­nier en une quin­zaine de­jours­seu­le­men­ta­ve­cu­neé­qui­pede trois per­sonnes : Ro­bert Mo­rin, Fran­çois Papineau et un pre­neur de son. « Les trois Mous­que­taires », sou­ligne en ri­go­lant Mo­rin. Il y a eu deux jours à Mon­tréal, deux en Flo­ride, mais la ma­jeure par­tie du tour­nage s’est dé­rou­lée dans le Nord, au grand froid.

« Il fai­sait frette, je me suis ge­lé les doigts à plu­sieurs re­prises, ra­conte Mo­rin. Mais c’est sur­tout pour Fran­çois que c’était­tough. À cer­tains mo­ments, on de­vait lui don­ner des tapes sur la ba­boune pour le dé­ge­ler.« C’était exi­geant, mais tout le tour­nage s’est fait dans le bon­heur. Au­tant c’était­tou­gha­vec le froid et les ho­raires de fou, au­tant on a ri tout le long. C’est un de mes plus beaux tour­nages. »

Dans le contexte, le choix d’une ca­mé­ra vi­déo, plus lé­gère et moins ri­gide qu’une 35 mm, s’im­po­sait. Mais en tant que pion­nier de la vi­déo au Qué­bec (la plu­part de ses films ont été tour­nés en vi­déo), Mo­rin était ven­du d’avance.

« Per­son­nel­le­ment, j’aime mieux la vi­déo que le 35 mm. Avec la vi­déo, t’as la sou­plesse, la pos­si­bi­li­té de vi­sion­ner ins­tan­ta­né­ment si t’as un doute. Et puis c’est un ins­tru­ment qui ma­gni­fie moins le réel. Le 35 mm em­bel­lit la réa­li­té. En vi­déo, c’est plus­flat: you­getw­ha­tyou see. Je ne suis pas par­ti­san non plus des gens qui uti­lisent la vi­déo pour lui don­ner en­suite un look de film. J’aime le cô­té chi­rur­gi­cal de la vi­déo. »

ATOMESCROCHUS

Le­choix­deF­ran­çoisPa­pi­neau­pourle rôle cen­tral du film s’im­po­sait aus­si. Papineau et Mo­rin se connais­saient de­puis quelques an­nées. Ils sont de­ve­nus ami­set­sont­mê­me­sal­lé­schas­se­ren­semble à quelques re­prises. « Je sa­vais que Fran­çois et moi avions des atomes cro­chus, et comme le film est un long mo­no­logue, j’avais be­soin d’un ac­teur po­ly­va­lent comme lui », ob­serve Mo­rin.

« Fran­çois avait l’âge du per­son­nage (une qua­ran­taine d’an­nées), c’est un gars de théâtre ca­pable d’ap­prendre des pages et des pages de texte, il est dé­brouillard etc’ est un bon chas­seur en plus… » Pa­paà­la­chas­seaux­la­go­pèdes sort en salle demain.

PHOTO LE JOUR­NAL – JACQUES BOUR­DON

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