Le mar­ché his­to­rique de Pittsburgh ai­guise les sens des pas­sants

PITTSBURGH — Une odeur de ba­si­lic, de nour­ri­ture chi­noise et de pois­sons frits par­fume l’air hu­mide de la Penn Ave­nue, se mê­lant à celles de la sueur et de la crasse des trot­toirs bon­dés et des ven­deurs iti­né­rants. Des en­fants tiennent leurs pa­rents par l

Le Journal de Quebec - Weekend - - VOYAGES - Ra­mit Plu­sh­nick As­so­cia­ted Press

C’est sa­me­di dans le quar­tier his­to­rique de Strip, à Pittsburgh, une zone où l’on trouve des tas de com­merces fa­mi­liaux et de bou­tiques de cui­sine gas­tro­no­mique ou de ca­deaux ori­gi­naux. Cette am­biance dé­ten­due, où la nour­ri­ture in­ter­na­tio­nale — fro­mages et épices de haut de gamme — cô­toie les vê­te­ments faits mai­son et l’ar­ti­sa­nat, a des re­lents eu­ro­péens. « C’est un en­vi­ron­ne­ment ex­cep­tion­nel qui a du ca­rac­tère et qui donne un sen­ti­ment de dé­cou­verte, af­firme Be­cky Rodgers, di­rec­trice gé­né­rale de Neigh­bors in the Strip, or­ga­nisme sans but lu­cra­tif qui fait la pro­mo­tion du quar­tier. C’est le plus beau quar­tier de Pittsburgh. »

La ville compte près de 90 quar­tiers, dont cha­cun pos­sède sa propre his­toire. Mais le Strip est l’un des plus an­ciens, com­bi­nant le pas­sé in­dus­triel à l’al­lure mo­derne que Pittsburgh tente de dé­ga­ger au­jourd’hui.

Lorsque la ville a été fon­dée au XVIIIe siècle, ce quar­tier était consi­dé­ré comme une ban­lieue. Au­jourd’hui, il est presque si­tué dans le centre-ville. À cette époque, il hé­ber­geait d’im­por­tantes in­dus­tries comme Wes­tin­ghouse, Alcoa et les acié­ries d’An­drew Car­ne­gie, toutes des com­pa­gnies qui ont pris nais­sance dans le Strip.

Au dé­but du XXe siècle, le quar­tier avait at­teint sa po­pu­la­tion maxi­male avec ses 18 000 ha­bi­tants. La den­si­té de po­pu­la­tion était telle que trois ou quatre fa­milles vi­vaient en­tas­sées dans la même ha­bi­ta­tion. Du­rant la Grande Dé­pres­sion, le quar­tier est de­ve­nu l’un des nom­breux bi­don­villes de Pittsburgh, ten­tant de sor­tir de la crise éco­no­mique en pro­dui­sant et en ven­dant en gros.

ALI­MENTS EN GROS

Au­jourd’hui, il reste en­core plu­sieurs com­merces d’ali­ments en gros le long de la 21st Street. Le ca­fé Cof­fee and Tea, par exemple, sert du ca­fé pré­pa­ré dans des ma­chines qui valent 10 000 $, et Pittsburgh Pop­corn Com­pa­ny offre du maïs écla­té haut de gamme aux sa­veurs de ca­ra­mel et cho­co­lat et de beurre d’ara­chides.

Pittsburgh a été dé­cla­ré, en 2007, la meilleure ville des États-Unis par le Pla­cesRa­tedAl­ma­nac, de Rand McNal­ly. Plu­sieurs croient que la ville a ob­te­nu cette po­si­tion grâce au quar­tier Strip, qui a com­plè­te­ment chan­gé l’am­biance de la ville. Consi­dé­rée au­tre­fois comme une ville de fa­briques d’acier en­fu­mées ha­bi­tée par une po­pu­la­tion âgée, elle est main­te­nant vue comme un centre ur­bain fait sur me­sure pour les jeunes.

« Les gens viennent ici pour se pro­cu­rer des in­gré­dients frais et uniques ou sim­ple­ment pour se pro­me­ner », dit Luke Shaf­fer, pro­prié­taire de Cof­fee and Tea sur la 21st Street.

À un coin de rue de là, on trouve la com­pa­gnie Penn­syl­va­nia Ma­ca­ro­ni, un éta­blis­se­ment qui a ou­vert ses portes en 1902. Quatre frères et une soeur, tous des membres de la fa­mille Sun­se­ri qui a fon­dé l’en­tre­prise, sont en­core pro­prié­taires du com­merce. Le ma­ga­sin, connu sous le nom de PennMac, fait tou­jours en grande par­tie de la vente au gros, des­ser­vant de 600 à 1 000 res­tau­rants et des épi­ce­ries de la ré­gion de Pittsburgh, se­lon David Sun­se­ri, l’un des pro­prié­taires.

Mais ce que les Pitts­bur­ghois pré­fèrent, ce sont les bou­tiques qui vendent des cen­taines de va­rié­tés de fro­mages, des viandes de spé­cia­li­té ita­lienne, des huiles d’olive haut de gamme et d’autres pro­duits ita­liens. « Pittsburgh est une ville com­mu­nau­taire et c’est pour­quoi tous ceux qui y ha­bitent se sentent bien », sou­tient M. Sun­se­ri.

LEAF & BEAN

Quelques édi­fices plus loin, on trouve un com­merce dis­si­dent du même clan ita­lien, du nom de Jim­my and Ni­no Sun­se­ri’s. On peut y voir Jim­my lui-même, ci­gare aux lèvres, y ser­vir sa fa­meuse au­ber­gine par­me­san et des can­nel­lo­nis à la viande.

Au bout du pâ­té de mai­sons, Leaf & Bean vous fait pas­ser des trot­toirs bon­dés de Pittsburgh aux plages de sable et aux pal­miers de Key West, en Flo­ride. C’est là que l’an­cien cadre du Mar­riott, Jim Ro­bin­son, règne en maître dans son royaume de fu­meurs, qu’il at­tire avec des ci­gares faits à la main et du ca­fé rô­ti. Son éta­blis­se­ment offre sans contre­dit une

échap­pa­toire à la vie ur­baine avec ses tables cou­vertes de mo­saïques, ses ba­bioles de plage, ses fi­lets de pêche et ses co­quillages qui couvrent les murs et les pla­fonds.

Syl­via McCoy a gran­di avec des sou­ve­nirs de ran­don­nées de ma­ga­si­nage dans le Strip avec son grand-père. Ayant ap­pré­cié le tour cu­li­naire qu’elle a fait à New York, elle a pris l’ini­tia­tive d’en créer un sem­blable à Pittsburgh. Son tour dans le Strip n’a été of­fi­ciel­le­ment mis en vente qu’au dé­but de l’été, mais elle réa­lise dé­jà deux ou trois tours par se­maine. Ce tour ren­seigne les vi­si­teurs sur la riche his­toire du quar­tier, les condui­sant à l’église Saint Pa­trick – la plus vieille église ca­tho­lique ro­maine de Pittsburgh – et dans dif­fé­rents res­tau­rants et com­merces. D’une va­leur de 30 $ US, le tour com­prend des dé­gus­ta­tions dans six com­merces lo­caux.

PHOTOS AP

1. Lar­ry La­ga­nut­to,pro­prié­taire de Leaf & Bean,au centre de sa bou­tique. 2. Luke Shaf­fer montre la si­gna­ture en forme de feuille, des­si­née dans un cap­puc­ci­no, de sa bou­tique de thé et de ca­fé si­tuée sur la 21st Street, dans le quar­tier Strip, à Pittsburgh. 3. L’un des pa­trons de la com­pa­gnie Penn­syl­va­nia Ma­ca­ro­ni entre dans sa bou­tique du quar­tier Strip.

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