Une­le­çon­de­pi­not­noir

les vins De­puis que je m’in­té­resse au vin, je lis, j’en­tends (et je constate for­cé­ment) que la Bour­gogne est ca­pable du meilleur comme du pire.

Le Journal de Quebec - Weekend - - GOURMANDISES - Claude Langlois

Et ce – c’est ici que le bât blesse –, même dans les grandes ap­pel­la­tions. Je me sou­viens en­core de la brique dans la mare de la cer­ti­tude bour­gui­gnonne sur la qua­li­té de ses vins qu’avait consti­tuée dans les an­nées 1980 le livre Bur­gun­dy, du mas­te­rof­wine bri­tan­nique An­tho­ny Han­son, main­te­nant consul­tant prin­ci­pal en vin chez Ch­ris­tie’s.

Ce livre de­vait d’ailleurs mar­quer le dé­but d’une re­mise en ques­tion pro­fonde des Bour­gui­gnons — en tout cas les plus sé­rieux d’entre eux — sur leur pra­tique vi­ni-vi­ti­cole et en­gen­drer dans l’in­ter­pro­fes­sion un vi­gou­reux tra­vail de ré­ha­bi­li­ta­tion des vins de Bour­gogne dans le monde.

Avec des ré­sul­tats in­con­tes­tables en ma­tière de com­mu­ni­ca­tion et de re­la­tions pu­bliques, mais hé­las, loin d’être tou­jours évi­dents dans le verre, en­core que, en toute hon­nê­te­té, on doive re­con­naître que la qua­li­té gé­né­rale des vins de Bour­gogne s’est amé­lio­rée de­puis ce temps.

BANC D’ES­SAI

N’em­pêche, quand on re­garde les ré­sul­tats du banc d’es­sai te­nu par le ma­ga­zine Cel­lier dans son der­nier nu­mé­ro sur une tren­taine de pinots noirs du monde (of­ferts en pas­sant dans les suc­cur­sales Sé­lec­tion de la SAQ), on constate que la Bour­gogne est en­core ca­pable du meilleur et, di­rons-nous po­li­ment, du « moins in­té­res­sant ».

Du meilleur, parce que sur les trente pinots noirs pro­ve­nant de Bour­gogne, des États-Unis et de Nou­velle-Zé­lande, c’est un bour­gogne qui s’est clas­sé pre­mier (Châ­teau de Cha­mi­rey 2005, Mer­cu­rey – le vin n’est plus of­fert à la SAQ qu’en de­mi-bou­teille : 16,15 $ pour 375 ml; code 962571).

Mais ce sont la Nou­velle-Zé­lande et les ÉtatsU­nis qui raflent le gros de ces dix pre­mières places avec cha­cun quatre vins.

Sur les cinq der­niers vins du clas­se­ment, la Bour­gogne s’ins­crit trois fois.

Éton­nant dans la me­sure où les 29e et 30e po­si­tions, à titre d’exemple, sont oc­cu­pées par un vol­nay et un per­nand-ver­ge­lesses de la mai­son Du­breuil-Fontaine, une mai­son bien co­tée pour­tant dans le guide de Bet­tane-Des­sauves.

Mais se­lon mon ex­pé­rience, ce­la est loin d’être la pre­mière fois qu’un vin bien clas­sé dans un guide fran­çais — je l’ai vé­ri­fié en­core ré­cem­ment avec des vins du Rhône — fasse mau­vaise fi­gure chez nous, au point où l’on est en droit de se de­man­der si les vins qu’on nous en­voie ici sont les mêmes que ceux qu’on fait goû­ter aux jour­na­listes fran­çais. Mais c’est là un autre dos­sier.

Bref, il y avait dix bour­gognes sur les trente, et deux seule­ment se sont clas­sés par­mi les dix pre­miers, deux autres par­mi les dix sui­vants et six par­mi les dix vins en queue de pe­lo­ton. Je ré­pète, six des dix der­niers vins étaient des bour­gognes.

Bien sûr, ce n’est là qu’une dé­gus­ta­tion par­mi d’autres et les ré­sul­tats au­raient pu être bien dif­fé­rents avec d’autres vins. Peut-être.

N’em­pêche, ces ré­sul­tats viennent une fois de plus s’ins­crire dans le sens de ce mal­heu­reux pré­ju­gé du meilleur et du pire que conti­nue de traî­ner la Bour­gogne en ma­tière de pi­not noir.

Ce qui n’en­lève rien, bien sûr, au fait que la Bour­gogne conti­nue de pro­duire en­core dans mon es­prit les plus grands vins de pi­not noir de la pla­nète. Et qu’il lui ar­rive en­core, à l’oc­ca­sion, de nous sur­prendre avec des rap­ports qua­li­té-prix éton­nants.

Mais en­core une fois, il y a tou­jours du tra­vail à faire du cô­té des pro­duc­teurs pour nous faire oublier le fait qu’ou­vrir une bou­teille de bour­gogne reste trop sou­vent au­jourd’hui en­core un jeu de ha­sard.

RE­COM­MAN­DA­TIONS

Ce­la dit, voi­ci jus­te­ment un bon pe­tit pi­not noir de Bour­gogne pour se faire plai­sir : Bour­gogne Pi­not noir 2006 Si­gna­ture, Mai­son Cham­py (23,45 $) : simple, certes, mais bien ty­pé avec de belles notes de fraise et de vio­lette, fa­cile à boire, avec quand même de jo­lis pe­tits tan­nins qui pointent. Un autre pi­not noir, mais d’Al­sace cette fois : Pi­not noir Hu­gel 2005 (20,75 $) : lé­ger, cer­tai­ne­ment, mais on ap­pré­cie­ra ici la pu­re­té d’ex­pres­sion du cé­page. Du bon pi­not à bon prix. En­fin, dans un tout autre style, le Pi­not noir Eo­la Hills Re­serve La Creole, Willa­mette Val­ley, Ore­gon (30,25 $) : un pi­not noir so­lide et puis­sant, en­core mar­qué par son éle­vage, mais de la pro­fon­deur, un fruit abon­dant et un port de tête par­fai­te­ment élé­gant. Tou­jours en rouge, mais à pe­tit prix cette fois et dans un tout autre uni­vers vi­ti­cole, Les Tra­verses 2006, Côtes du Ven­toux, Ja­bou­let (14,45 $) : poi­vré et épi­cé, frais et élé­gant, le ta­bleau des sa­veurs est net et pré­cis. On se ré­gale à pe­tit prix. J’en au­rais vo­lon­tiers fait un de mes « vins de la se­maine » de la sec­tion Vo­tre­vie du jour­nal du ven­dre­di si les quan­ti­tés avaient été un peu plus grandes. Mais c’est un vin en « ap­pro­vi­sion­ne­ment conti­nu », comme on dit dans le jar­gon de la SAQ, donc qu’on re­trouve pra­ti­que­ment en per­ma­nence dans le ré­seau. Le Châ­teau de Flau­gergues 2005, Cu­vée som­me­lière, Co­teaux du Lan­gue­doc (17,45 $) : notes de ré­glisse et de gou­dron au nez (c’est la sy­rah, qui compte pour 30 % de l’as­sem­blage contre 47 % de gre­nache et un peu de mour­vèdre (15 %), de ca­ri­gnan et de cin­sault), puis­sant et vi­neux, mais on reste dans un re­gistre de fraî­cheur. Sa­vou­reux. Hé­las, il n’en reste pas des masses. Outre un rouge tou­jours d’un bon ca­libre, Châ­teau Saint-Mar­tin de la Gar­rigue, Co­teaux du Lan­gue­doc (18,45 $) pro­duit ce blanc aux belles notes mel­li­fères, rond et en­ve­lop­pant, gras, puis­sant et sa­vou­reux. En­fin, en­core en blanc, faites-vous plai­sir avec ce mer­veilleux vin qu’est le Podium 2005, Ver­dic­chio dei Castelli di Je­si, Clas­si­co Su­pe­riore, Ga­ro­fo­li (20,20 $) : un blanc à la fois fin et puis­sant, dé­li­cat et par­fai­te­ment en­ro­bé par un fruit d’une grande pu­re­té, aux sub­tiles sa­veurs d’anis. Un ré­gal!

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