Notes de tour­nage

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - – Maxime Demers

FI­DÈLE AU STO­RY­BOARD

– La pre­mière dé­ci­sion qu’a prise Luc Pi­card en ac­cep­tant de réa­li­ser Ba­bine a été de tour­ner le film dans un dé­cor et non pas dans le vil­lage de Saint-Élie.

«Je ne voyais pas comment on au­rait pu le faire si­non, ex­plique-t-il. Ça au­rait été trop long, trop com­pli­qué. La se­conde dé­ci­sion a été de faire un sto­ry­board dé­taillé en pré­pro­duc­tion (pra­tique rare dans le ci­né­ma qué­bé­cois). Chaque plan y était. C’était comme une bande des­si­née. Ça nous a pris trois ou quatre se­maines de tra­vail. Le des­si­na­teur qui m’a ai­dé à le faire est ve­nu voir le film il y a deux se­maines et il n’en re­ve­nait pas de voir à quel point c’était fi­dèle à ce qu’on avait fait en­semble tous les deux seuls dans un bu­reau.»

MA­NIAQUE DE CI­NÉ­MA

– Plus ex­pé­ri­men­té de­vant que der­rière la ca­mé­ra, Luc Pi­card dit en re­vanche avoir tou­jours été fas­ci­né par la tech­nique du 7e art.

«Je suis un ma­niaque de ci­né­ma à tous les ni­veaux. Je ne sais pas com­bien de jour­nées de tour­nage j’avais dans le corps comme ac­teur avant de pas­ser der­rière la ca­mé­ra, pro­ba­ble­ment entre 1100 et 1200, ce qui pour le Qué­bec est beau­coup. Un réa­li­sa­teur qué­bé­cois qui a fait 4 films, à 30 jours de tour­nage par film (la moyenne au Qué­bec), ça fait 120 jours de tour­nage en tout comme ex­pé­rience. Nous les ac­teurs, comme on peut tour­ner plu­sieurs films par an­née, on peut faire jus­qu’à 100 jours de tour­nage par an­née. C’est quand même de l’ex­pé­rience non né­gli­geable. Si t’es ob­ser­va­teur et que tu t’in­té­resses à tous les dé­par­te­ments, tu peux ap­prendre beau­coup de choses à la mé­ca­nique.»

LA GRIFFE PI­CARD

– Même s’il n’a pas vrai­ment par­ti­ci­pé à l’écri­ture du scé­na­rio, Luc Pi­card consi­dère avoir ap­po­sé sa griffe dans le film.

«C’est un ma­riage de Fred et moi. Le ni­veau de jeu, par exemple, au­rait pu être bien dif­fé­rent. C’est un ni­veau de jeu sobre qui me res­semble. Sans m’en être ren­du compte sur le coup, j’ai dé­cou­vert aus­si qu’il y a des mo­ments de ci­né­ma que j’ai créés qui sont as­sez sem­blables à ce que j’ai fait dans L’Au­di­tion. J’ai trans­fé­ré un peu de moi dans ce film-là.»

PAS DE GUERRE D’EGO

– Fred Pel­le­rin et Luc Pi­card ne se connais­saient pas avant que Pi­card hé­rite de la réa­li­sa­tion de Ba­bine. Mais ç’a cli­qué tout de suite.

«Je ne connais­sais pas Luc per­son­nel­le­ment et je me de­man­dais juste si l’hu­ma­ni­té qu’il dé­gage était vé­ri­table ou plu­tôt une image pu­blique, re­late Pel­le­rin. On s’est par­lé au té­lé­phone la pre­mière fois et il m’a dit qu’il vou­lait ve­nir me ren­con­trer à Saint-Élie. Dé­jà, il mar­quait des points. J’ai vu chez lui une vo­lon­té d’en­trer dans cet uni­vers plu­tôt que de prendre ça et d’en faire son film. J’avais peur quelque part du réa­li­sa­teur à l’ego dé­me­su­ré qu’on voit dans les films. Avec Luc, je n’ai ja­mais sen­ti ça.»

DANS LA BONNE DI­REC­TION

– Même s’il se sou­ciait de la di­rec­tion que pou­vait prendre son film, Fred Pel­le­rin a évi­té de s’in­gé­rer dans le tra­vail de Luc Pi­card pen­dant le tour­nage.

«Je ne connais rien au ci­né­ma, alors je l’ai lais­sé al­ler. Ce qui n’em­pêche pas que je me suis mis le nez là-de­dans tout le long pour voir où ça s’en al­lait: j’ai in­vi­té le di­rec­teur ar­tis­tique (Ni­co­las Le­page) à voir les mai­sons de Saint-Élie, j’ai in­vi­té la créa­trice des cos­tumes (Car­men Alie) à ren­con­trer des gens du vil­lage, etc. Si je ne me suis ja­mais op­po­sé, c’est que ça al­lait dans le bon sens. Si ça avait cla­shé, j’au­rais sû­re­ment dit quelque chose. Mais tout al­lait dans la bonne di­rec­tion.»

fi­dèle au sto­ry­board On peut en­tendre la voix de Fred Pel­le­rin dans son film puis­qu’il en as­sure lui-même la nar­ra­tion.

«C’est beau­coup plus soft, plus doux, moins agres­sif que la fa­çon dont je conte sur scène, pré­vient-il. C’est drôle parce que la pre­mière fois que je suis al­lé en stu­dio pour en­re­gis­trer ma voix, j’ai par­ti avec mon ton de conteur. Mais Luc m’a dit: vas-y plus dou­ce­ment, le film est plus doux. Je trouve que la nar­ra­tion est très im­por­tante dans le film aus­si. Elle crée le conte.»

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