LEPEINTREET L’AVEN­TU­RIER

Au mo­ment où les ju­rés se réunis­saient pour dé­battre de la ques­tion des prix Gon­court et Re­nau­dot, Oli­vier Rol­lin, en lice pour les deux ré­com­penses, pro­fi­tait de l’été des In­diens qué­bé­cois, his­toire de se dé­faire d’un stress « inu­tile ».

Le Journal de Quebec - Weekend - - LECTURE - Ma­non Guil­bert Le Jour­nal

Rem­por­ter un prix, c’est la pro­messe d’être lu. Oli­vier Rol­lin re­con­naît que c’est le rêve de tout écri­vain. «Si­non, à quoi bon?»

La re­con­nais­sance of­fi­cielle est sans doute le dé­sir de tout ar­tiste. En fouillant dans la bio­gra­phie d’Édouard Ma­net pour les be­soins de son der­nier ro­man, Le­chas­seur­de­lions, Oli­vier Rol­lin a consta­té que l’ano­ny­mat ne plaît à au­cun d’entre eux. Ma­net, le cé­lèbre im­pres­sion­niste, sert de mo­dèle à l’écri­vain sur ce point.

LE FARFELU

Le­chas­seur­de­lions n’en est pas moin­sun­ro­ma­nins­pi­ré­par­la ren­contre de l’aven­tu­rier Pertuiset, vague connais­sance ami­cale de Ma­net, fas­ci­né par le cô­té ro­cam­bo­les­queet rustre du per­son­nage. Le nar­ra­teur a dé­cou­vert son exis­tence dans un livre ache­té en Pa­ta­go­nie et le ren­con­treà­nou­veau­dan­sun­ta­bleau mé­con­nu de Ma­net. Il n’en fal­lait pas plus à Oli­vier Rol­lin pour bâ­tir la trame de son ro­man.

«J’ai ap­pris à connaître Ma­net à tra­vers l’écri­ture de ce livre, dit Oli­vier Rol­lin. Je ne connais­sais ni sa vie ni son oeuvre. Au fil de mes lec­tures, j’ai consta­té son in­tel­li­gence et sa gé­né­ro­si­té. Il était aus­si ex­trê­me­ment sé­dui­sant. En voyant son ta­bleau de Pertuiset à San Pao­lo, j’ai eu en­vie d’écrire ce livre. Ça m’a ins­pi­ré.»

Pour­tant, au­cun té­moi­gnage écrit de leur re­la­tion n’existe. Oli­vier Rol­lin croit que Ma­net pos­sé­dait suf­fi­sam­ment d’humour pour s’at­ta­cher à ce per­son­nage qui lui dé­cri­vait des his­toires de chasse ro­cam­bo­lesques.

«Ça me pa­raît plau­sible, dit-il. Pertuiset a écrit deux livres sur ses aven­tures. Pour ma part, j’ai in­ven­té des anec­dotes. Par contre, je ne me sen­tais pas le droit de dire des choses fausses sur une pos­sible re­la­tion avec la peintre Berthe Mo­ri­sot. C’est une ques­tion de res­pect pour l’un et pour l’autre.»

GRANDE ÉPOQUE

Oli­vier Rol­lin a ap­pro­fon­di son rap­port à la pein­ture. Dans le do­maine, il est sur­tout sen­sible aux ma­ni­fes­ta­tions de ce grand mou­ve­ment de l’im­pres­sion­nisme.

«Je connais mieux l’époque et les évé­ne­ments po­li­tiques qui l’ont mar­quée. C’est pas­sion­nant. La Com­mune, la Ré­vo­lu­tion du XIXe siècle où il y a eu 20000 exé­cu­tions. Ce fut très san­glant. Mais en­même temps, ce fut une époque très no­va­trice en pein­ture et en lit­té­ra­ture. Mais je n’étais pas par­ti­cu­liè­re­ment pas­sion­né par ces pages de l’his­toire quand j’ai com­men­cé ce ro­man.»

Oli­vier Rol­lin au­rait ai­mé être ex­plo­ra­teur. Jour­na­liste il y a quelques an­nées, il a eu l’oc­ca­sion de se rendre jus­qu’à la Terre de Feu. Le ca­rac­tère de Pertuiset, qui a vé­cu dans ce lieu my­thique, l’a in­ci­té à re­prendre la plume, qu’il avait aban­don­née de­puis six ans. La per­son­na­li­té sau­gre­nue du per­son­nage, ren­con­tré au ha­sard de ses voyages, l’a pous­sé dans une nou­velle pé­riode d’écri­ture.

ÉCRIRE POUR VIVRE

«J’at­tends pour écrire que ce soit une ur­gence pour moi. Je ne me force pas. J’ai écrit sept ro­mans, mais chaque fois pous­sé par une en­vie in­ex­pli­cable. Ça exer­çait une at­trac­tion sur moi. Je ne suis pour­tant ja­mais sûr. Je suis ron­gé par le doute en per­ma­nence.»

Mais le livre a plu et s’est re­trou­vé sur les listes des titres re­te­nus pour les grands prix lit­té­raires de no­vembre.

« Il est exac­te­ment ce que je vou­lais faire, dit Oli­vier Rol­lin. Écrire pour moi est un acte cou­ra­geux qui pro­tège contre l’en­gour­dis­se­ment. » Le­chas­seur­de­lions, Oli­vier Rol­lin, Seuil

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