Les deux pôles qui gou­vernent le­monde

Pour son troi­sième al­bum ( Lo­veat­theEn­dof­theWorld), le Mon­tréa­lais Sam Ro­berts s’offre une énorme tour­née ca­na­dienne au bout de la­quelle l’ar­tiste tout en contrastes es­père trou­ver la terre pro­mise sans vivre une fin du monde.

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Philippe Rez­zo­ni­co Le Jour­nal

D’ailleurs, Lo­veat­theEn­dof­theWorld, est-ce une cer­ti­tude ou un sou­hait?

« Pro­ba­ble­ment un peu des deux, ré­pond Ro­berts, de pas­sage à To­ron­to, où il a of­fert au moins quatre spectacles cette se­maine. C’est l’éter­nel di­lemme entre les deux pôles qui gèrent notre monde. D’un cô­té, cette ca­pa­ci­té d’au­to­des­truc­tion et toute cette vio­lence. De l’autre, l’amour et l’al­truisme dont peut faire preuve notre so­cié­té. Étant de na­ture op­ti­miste, je penche pour la deuxième so­lu­tion.

« La se­maine der­nière, l’élec­tion de Ba­rack Oba­ma a été un gros pas dans la bonne di­rec­tion. Sauf que lorsque tu ouvres la té­lé­vi­sion et que tu re­gardes les nou­velles, tu vois une di­zaine d’évé­ne­ments qui res­semblent à au­tant de pas en ar­rière. »

DUA­LI­TÉ

Cette dua­li­té, on la re­trouve par­tout, ces jours-ci, dans l’oeuvre de Ro­berts, prin­ci­pa­le­ment avec les deux vi­déos de ses pre­miers ex­traits, ThemKids et De­troit67. Cha­cun à leur fa­çon, les clips misent sur des contrastes de tex­tures, os­cil­lent entre le noir et blanc et la cou­leur, et tous deux dé­peignent des pé­riodes fort dif­fé­rentes. ThemKids sur­vole les époques mu­si­cales comme le fai­sait Da­niCa­li­for­nia, des Red Hot Chili Pep­pers, tan­dis que De­troit67 montre des images des grandes an­nées de De­troit au temps du règne de l’au­to­mo­bile, ain­si que du vi­suel contem­po­rain de la ville qui tombe en dé­cré­pi­tude.

« Chaque clip re­pré­sente une af­fir­ma­tion, note Ro­berts. ThemKids, tout en mon­trant une forme d’évo­lu­tion, fait la dé­mons­tra­tion que con­trai­re­ment à ce qu’on pense, les choses ne changent pas tant qu’on le pense. Il y a des com­por­te­ments si­mi­laires au long des époques.

« De­troit67, en re­vanche, est bâ­ti comme un vieux film de flic, avec des in­fluences Mo­town. Quand on s’est pro­me­né en ville pour tour­ner les images, on a réa­li­sé à quel point cette ville porte des ci­ca­trices pro­fondes lais­sées par le temps. »

SUR­VIE AR­TIS­TIQUE

Est-ce que c’est ce qui at­tend la plu­part de nos villes en rai­son de la crise éco­no­mique? Est-ce que c’est ce qui at­tend nos ar­tistes?

« Je me dis que nous sommes chan­ceux, note Ro­berts. On de­vait amor­cer cette tour­née avec une sé­rie de 15 spectacles dans les prin­ci­pales villes ca­na­diennes, et là, on ajoute des dates (29 spectacles dans 23 villes) à n’en plus fi­nir, ce qui nous per­met­tra d’al­ler dans des en­droits qu’on n’a ja­mais vi­si­tés. »

Ro­berts et sa bande se­ront au Na­tio­nal du­rant trois soirs, la se­maine pro­chaine. La tour­née, fi­na­le­ment, est-ce la planche de sa­lut des ar­tistes à cette époque où les disques ne se vendent plus?

« Les disques se vendent moins, les clips ne tournent presque plus à la té­lé et on ne sait pas ce qui se pas­se­ra avec les sub­ven­tions ver­sées aux ar­tistes. Oui, la tour­née per­met de vivre de ton art, sur­tout pour des gens comme nous qui ado­rons être sur scène. Mais même là, il y a des li­mites, parce que le mar­ché des tour­nées est conges­tion­né. Tous les bands sont sur la route tout le temps. »

Ce qui, pour Ro­berts, s’avère une bonne chose ces jours-ci. Il n’a pas à vivre de près notre peu pas­sion­nante cam­pagne élec­to­rale pro­vin­ciale.

« J’irai vo­ter le 8 dé­cembre en fonction de ma conscience, mais après la cam­pagne élec­to­rale ca­na­dienne et l’élec­tion amé­ri­caine, je suis sa­tu­ré des élec­tions, comme bien des gens je crois. »

PHOTO COUR­TOI­SIE

Sam Ro­berts, au centre sur la photo, pré­sen­te­ra la nou­velle tour­née de son al­bum Lo­veat­theEn­dof­theWorld, du 20 au 25 no­vembre, au Ca­pi­tole.

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