Sor­tir de sa co­quille

Des as­pi­rants ar­tistes qui en­voient des « dé­mos » de leurs pre­mières chan­sons aux com­pa­gnies de disques, il y en a des mil­lions de par le monde et des mil­liers au Qué­bec. Amy­lie en avait un. Elle l’a por­té chez Au­dio­gram. Af­faire conclue.

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Philippe Rez­zo­ni­co Le Jour­nal

« J’avais un pe­tit dé­mo, se sou­vient la jeune ar­tiste qui vient de lan­cer l’épo­nyme Amy­lie, sous éti­quette Au­dio­gram, de Mi­chel Bé­lan­ger. J’ai été le por­ter, je suis re­ve­nue à la mai­son, et on m’a rap­pe­lée la jour­née même », ri­gole-telle.

Comme on sait que des cen­taines de dé­mos traînent par­fois des se­maines au bout d’un bu­reau en désordre, ou crou­pissent sur une ta­blette sur­char­gée de disques, l’ex­ploit n’est pas ba­nal.

Mais cette his­toire, elle ne date pas d’hier. Elle re­monte, gros­so mo­do, à deux ans et de­mi. Après le pre­mier contact, Amy­lie et les di­ri­geants d’Au­dio­gram n’ont rien bous­cu­lé. Pas ques­tion de pré­ci­pi­ter la créa­tion du pre­mier disque d’une ar­tiste qui ne pen­sait pas être chan­teuse le moins du monde.

Si Amy­lie – Boisclair, de son nom com­plet – est une nou­velle ve­nue en chan­son, elle n’est pas une nou­velle ve­nue dans la vie. À 26 ans, elle avait tâ­té du théâtre de­puis l’en­fance. C’est par ex­ten­sion de cet art à l’ado­les­cence – soit lors d’une co­mé­die mu­si­cale –, qu’elle a ex­pé­ri­men­té pour une pre­mière fois l’as­pect « chant ».

« Je de­vais avoir 16 ou 17 ans. On fai­sait la co­mé­die mu­si­cale Grease, se sou­vient-elle. J’avais le rôle prin­ci­pal (ce­lui de San­dy joué par Olivia New­ton-John dans le film). C’était mon pre­mier rôle prin­ci­pal. Ça contras­tait avec ma per­son­na­li­té de pe­tite fille. J’étais pe­tite – com­prendre, pas grande – et ti­mide. Je de­vais ap­pri­voi­ser cette voix et j’avais be­soin de sor­tir de ma co­quille. »

Cette co­quille, Amy­lie s’en est ex­tir­pée gra­duel­le­ment, du­rant des an­nées, en dis­pen­sant des cours de théâtre à des en­fants dans sa ré­gion na­tale de Mas­couche. Mais si le chant la ten­tait tou­jours, l’écri­ture l’at­ti­rait aus­si.

« Quand j’ai re­mis le dé­mo, je de­vais avoir quatre ou cinq chan­sons sous la main. Au dé­part, quand je chan­ton­nais, je ne pen­sais même pas écrire en fran­çais. C’est après avoir cô­toyé les uni­vers de Ca­brel – un fa­vo­ri de­puis long­temps –, mais aus­si ceux de Ca­mille et Car­la Bru­ni qu’il y a eu un dé­clic. »

Cu­rieu­se­ment, la Qué­bé­coise ne cite que des Eu­ro­péens. Il est vrai que bon nombre de ses chan­sons baignent dans des eaux qui ne sont pas sans rap­pe­ler celles de Ca­mille, mais aus­si celles des uni­vers d’Émi­lie Si­mon – pour l’as­pect élec­tro –, de Feist et d’Ariane Mof­fatt, de qui elle a des in­flexions de voix presque iden­tiques.

COM­PA­RAI­SONS FLAT­TEUSES

« J’ai dé­jà en­ten­du pas mal de com­pa­rai­sons de ce genre. La plu­part de ces filles, Ariane au Qué­bec, sur­tout, ce sont des dé­fri­cheuses. C’est nor­mal d’être com­pa­rée aux autres quand tu com­mences. Mais ce sont de belles com­pa­rai­sons (rires). »

Amy­lie a été réa­li­sé, se­con­dé et sou­te­nu par des poin­tures telles Jean-Fran­çois Le­mieux, Carl Bas­tien, To­ny Al­bi­no et Alex McMa­hon. La crème, quoi. Et l’en­ro­bage concoc­té par ces mes­sieurs sied bien à l’ima­ge­rie qui res­sort des textes de la jeune au­teure.

« Quand j’écris, ce n’est pas sans ima­gi­ner la mu­sique. Et j’aime avoir du rythme dans la mé­lo­die. Mais ce n’est pas comme dans le temps, où il fal­lait ab­so­lu­ment cher­cher la rime. J’aime trou­ver des pa­roles équi­va­lentes à la mu­sique ou le contraire. »

S’il n’y a pas en­core de tour­née confir­mée, on sent que la jeune femme pour­rait y briller. Après tout, elle vient du théâtre, non ?

« Là, c’est sûr que ça se­ra un avan­tage sur scène d’avoir un tel ba­gage. Mais pour l’ins­tant, je suis en­core sur le sen­ti­ment qui m’en­ivrait en stu­dio. »

PHOTO LE JOUR­NAL

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