UNHOMMAGEÀWILLEISNER

Avec Stan Lee, dont le nom n’est plus à faire, si quel­qu’un in­carne le ma­riage entre les vieilles bandes des­si­nées et les adap­ta­tions ac­tuelles au ci­né­ma, c’est bien Frank Miller.

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Jim Slotek To­ron­to Sun

Cet ar­tiste et écri­vain est le créa­teur du film 300, qui re­trace la ba­taille des Ther­mo­pyles, de SinCi­ty et de la bande des­si­née Bat­man:DarkNight. Miller a com­men­cé sa car­rière comme des­si­na­teur de bandes des­si­nées à New York. Il avait pour men­tor les géants Jim Shoo­ter, Neal Adams et, sur­tout, le lé­gen­daire et pro­li­fique Will Eis­ner.

Cette der­nière re­la­tion était étrange et bel­li­queuse. Trois ans après la mort d’Eis­ner, c’est fi­na­le­ment Miller qui au­ra le der­nier mot. Il en­tame sa car­rière de réa­li­sa­teur so­lo en adap­tant au grand écran les aven­tures du sombre hé­ros d’Eis­ner des an­nées 1940, le Spi­rit.

Ob­sé­dé par les femmes, Eis­ner au­rait sans doute ai­mé la distribution: Scarlett Johansson (Sil­ken Floss), Eva Mendes (Sand Sa­ref) et Jaime King (Lo­re­lei) jouent le rôle de femmes fa­tales qui tour­mentent le hé­ros in­ter­pré­té par Ga­briel Macht.

HOU­LEUSE DÈS LE DÉ­PART

«Ma re­la­tion avec Will Eis­ner a été longue et du­rable, pré­cise Miller. Mais on se dis­pu­tait constam­ment… La toute pre­mière fois qu’Eis­ner a vu l’une de mes pages de des­sins, il m’a tout de suite dit ce qui n’al­lait pas», évoque Miller, en par­lant des an­nées 1970, au cours des­quelles il s’est im­po­sé comme le sau­veur de la bande des­si­née de Mar­vel Da­re­de­vil, le jus­ti­cier aveugle.

Il ex­plique que son ré­dac­teur en chef, Jim Shoo­ter, n’ar­rê­tait pas de lan­cer les des­sins de sa nou­velle re­crue au vi­sage d’Eis­ner lors d’une fête or­ga­ni­sée par Neal Adams.

«Après avoir don­né l’im­pres­sion d’une gen­tillesse dou­ce­reuse, Eis­ner a fi­na­le­ment lu la page, il m’a fixé, puis il a dit: Il es­té­ten­du­dan­sun­ca­mionà or­du­re­set­le­bas­de­vi­gnet­te­dit: «Je­sui­sé­ten­du­dan­sun­ca­mion de­vi­danges.C’es­tre­don­dant! »

«J’ai ré­pon­du: Ouais,mai­sil es­ta­veugle,don­cil­fal­lait­qu’il se­po­se­cet­te­ques­tion! »

«Eis­ner n’a ja­mais ac­cep­té cette explication, pour­suit Miller. Alors, nous nous sommes dis­pu­tés. Et nous avons conti­nué à nous dis­pu­ter par la suite. C’était une ré­ac­tion clas­sique entre un ca­tho­lique de des­cen­dance ir­lan­daise et un juif du Bronx.»

QUELQUES RE­TOUCHES

Miller et Eis­ner ont tous les deux joué un rôle ca­pi­tal dans l’évo­lu­tion de la bande des­si­née, pro­dui­sant un nou­veau genre, le ro­man gra­phique. La bande des­si­née avant-gar­diste d’Eis­ner ACon­tractWi­thGod andO­therTe­ne­mentS­to­ries re­monte à il y a 30 ans.

Il est donc per­mis de pen­ser que LeS­pi­rit soit une sorte d’hom­mage à Eis­ner, bien que Miller n’ait au­cune dif­fi­cul­té à faire des re­touches à l’his­toire ori­gi­nale.

Ain­si, The Oc­to­pus, l’en­ne­mi ju­ré du Spi­rit, est in­car­né dans le film par Sa­muel L. Jack­son. Il est re­cou­vert de hen­né et pa­ré de di­vers cos­tumes. À un mo­ment don­né, John­son est même vê­tu de l’uni­forme na­zi des SS. Or, dans la bande des­si­née, la pieuvre était re­pré­sen­tée par une paire de gants.

Tout comme dans la bande des­si­née, le Spi­rit est un po­li­cier tué dans l’exer­cice de ses fonc­tions et qui re­vient d’entre les morts. Dans le film, ce­pen­dant, il a des pou­voirs d’au­to­gué­ri­son mi­ra­cu­leux.

«Mon but était d’in­ter­pré­ter la créa­tion d’Eis­ner et d’y in­cor­po­rer les deux choses que lui et moi ai­mions pro­fon­dé­ment, c’est-àdire New York et de jo­lies femmes. Le Spi­rit est un homme tour­men­té. Il ne com­prend pas pour­quoi il est en vie. Il se pose des ques­tions exis­ten­tielles aux­quelles seul un homme très mé­chant peut ré­pondre.»

Le film conserve le look noir des an­nées 1940. On y re­trouve tou­te­fois des ana­chro­nismes tels que la té­lé et les té­lé­phones cel­lu­laires.

Frank Miller

Ob­sé­dé par les femmes, Will Eis­ner au­rait sans doute ap­pré­cié la distribution, com­po­sée de Scarlett Johansson, d’Eva Mendes et de Jaime King.

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