Bou­le­ver­sant d’émo­tion et d’hu­ma­ni­té

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE -

Il est cu­rieux d’ob­ser­ver à quel point, mal­gré les cri­tiques di­thy­ram­biques et les nom­breux prix (dont le Cé­sar du meilleur film) qu’il a re­çus en France et ailleurs, ce troi­sième long­mé­trage du Fran­çais Ab­del­la­tif Ke­chiche n’a pas réus­si à tou­cher tout le monde. En font preuve quelques cour­riels de clients in­sa­tis­faits re­çus par l’au­teur de ces lignes après la pu­bli­ca­tion d’une cri­tique élo­gieuse du film dans ces pages.

Et ce ne sont pas des cas iso­lés : plu­sieurs autres col­lègues cri­tiques m’ont dit avoir re­çu eu aus­si quelques mis­sives du genre de spec­ta­teurs frus­trés qui se plai­gnaient de s’être mor­tel­le­ment en­nuyés et n’avoir rien com­pris à ce film pour­tant qua­li­fié par plu- sieurs de chef-d’oeuvre.

Pré­ci­sons donc d’em­blée que La graine et le mu­let est un film plu­tôt long (2 h 30), qui porte la si­gna­ture d’un ci­néaste brillant et unique qui a sa fa­çon bien per­son­nelle de tra­vailler.

Fai­sant ap­pel à des ac­teurs pro­fes­sion­nels (tous ex­cel­lents), qu’il di­rige ad­mi­ra­ble­ment bien, et lais­sant beau­coup de place à la spon­ta­néi­té, Ab­del­la­tif Ke­chiche cherche à fil­mer des mo­ments de vé­ri­té, beaux, tou­chants et sin­cères, quitte à lais­ser sa ca­mé­ra rou­ler pen­dant de longues mi­nutes sur le vi­sage d’un de ses per­son­nages. Ses dia­logues mé­langent prose et improvisation, mais sonnent en même temps ter­ri­ble­ment justes.

La graine et le mu­let, c’est l’his­toire de Sli­mane, un ou­vrier de 61 ans, père de fa­mille, di­vor­cé, qui se fait un jour re­mer­cier du chan­tier na­val de Sète où il tra­vaillait de­puis 35 ans. Notre homme est ap­pa­rem­ment trop vieux et, sur­tout, pas as­sez pro­duc­tif au goût du pa­tron du chan­tier.

Sli­mane dé­prime un peu au dé­but, avant d’avoir une idée : et s’il pro­fi­tait de cette re­traite for­cée pour réa­li­ser un vieux rêve, ce­lui d’ou­vrir un res­tau­rant de cous­cous au pois­son? Avec l’aide de son ex-femme et de leurs en­fants, il met donc la main sur un vieux ba­teau qu’il dé­cide de re­ta­per pour le trans­for­mer en res­tau­rant fa­mi­lial.

Il faut conve­nir qu’avec ses longs plans sé­quences, ses gros plans sur les vi­sages, son ca­drage par­fois ap­proxi­ma­tif, le ci­né­ma d’Ab­del­la­tif Ke­chiche peut par­fois sem­bler exi­geant. Mais une fois qu’on se laisse trans­por­ter par cette pro­po­si­tion sin­gu­lière mais au­then­tique, on dé­couvre un beau et grand film bou­le­ver­sant d’émo­tion et d’hu­ma­ni­té.

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