Écrire pour les morts

Laurent Gau­dé, lau­réat du prix Gon­court pourLe so­leil­desS­cor­ta, en 2004, s’est mis en tête d’écrire pour ses morts et sou­haite que ce ro­man puisse les dis­traire. C’est du moins ce que l’écri­vain tren­te­naire an­nonce dans l’in­tro­duc­tion de son livre.

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES -

Mais pas de mé­prise, le ro­man n’a rien d’un ma­nuel pour le pre­mier can­di­dat au sui­cide. Laurent Gau­dé en ap­pelle à l’éner­gie que dis­pensent les dé­funts à ceux qui leur sur­vivent. Dans une al­ter­nance d’ombre et de lu­mière, de ven­geance et de par­don, l’écri­vain pro­pose un conte fan­tas­tique et mé­ta­phy­sique où les cri­mi­nels ren­contrent leurs vic­times.

L’his­toire se dé­roule à Naples, ville mo­derne et grouillante. Mat­teo re­con- duit son fils de six ans à l’école et se re­trouve sur la scène d’une fu­sillade au cours de la­quelle un membre de la Ca­mor­ra, la ma­fia na­po­li­taine, at­teint le pe­tit Pip­po alors qu’il vi­sait un en­ne­mi du clan ad­verse. La vie tran­quille de la pe­tite fa­mille bas­cule sur le coup. Giu­lia­na, la mère du pe­tit en­fant ado­ré, de­mande à son ma­ri de ven­ger cette mort pré­ma­tu­rée.

Mat­teo, le père, bri­sé par la vie, va au vo­lant de son taxi ren­con­trer des gens aus­si mal­heu­reux que lui. Grâce à eux, il des­cend jus­qu’aux en­fers et re­trouve son fils Pip­po qu’il ra­mène au monde des vi­vants.

C’est dans cette conscience de tous les deuils, les siens et les nôtres, que Laurent Gau­dé s’at­taque à un grand mythe et dé­tourne le temps et le des­tin pour ar­ra­cher un être ai­mé au néant et à la mort.

LE NÉANT

Gau­dé ex­plore la dou­leur, le déses­poir, le goût de la ven­geance. Il in­ter­roge la part de vie que nos morts nous volent. Il af­fronte la Mort sur son ter­rain. Il re­vi­site le mythe d’Or­phée en op­po­sant l’inexo­rable de la fin hu­maine et la pos­si­bi­li­té de faire re­vivre ceux qui ap­par­tiennent au pas­sé.

Ce ro­man est puis­sant et cap­ti­vant. Laurent Gau­dé plonge pro­fon­dé­ment dans la psy­ché hu­maine et prouve une nou­velle fois qu’il n’est pas at­ta­ché à un seul genre. La porte des en­fers n’em­prunte rien à ses ro­mans pré­cé­dents. À la fa­çon dont l’au­teur re­nou­velle son écri­ture, on prend la me­sure de son ta­lent.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.