Un os­car au man­chot du Cap

Le monde en­tier a été ré­cem­ment ému par le film de la cou­ra­geuse épo­pée du man­chot em­pe­reur au mi­lieu des glaces de l’An­tarc­tique. Cet em­pe­reur ap­par­tient à une fa­mille aux moeurs at­ta­chantes, aux ha­bi­tudes dis­crètes mais com­bien étonnantes, celle des man

Le Journal de Quebec - Weekend - - TOURISME - Jean Lé­veillé Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Je me suis alors sou­ve­nu de ces mo­ments émou­vants que j’ai connus au dé­but des an­nées 2000 lorsque j’ai croi­sé un proche parent de l’em­pe­reur, le man­chot du Cap, au Cap, en Afrique du Sud.

Une fois l’an, un oi­seau plus pe­tit que le man­chot em­pe­reur (70 cm com­pa­ra­ti­ve­ment à 120 cm) et qui ne sait plus vo­ler, quitte la mer et aborde les rives at­lan­tiques de la Na­mi­bie ou de l’Afrique du Sud. Au pas de course, cha­cun se di­rige vers sa ta­nière.

Il lui faut se hâ­ter de ra­fraî­chir le lo­ge­ment sous-ter­rain de l’an der­nier, ce­lui qui pro­tège les oeufs et les pe­tits des chauds rayons so­laires afri­cains et les sous­trait aux re­gards as­sas­sins des nom­breux pré­da­teurs. Le mâle, sa­tis­fait du ra­fis­to­lage de sa caverne, s’épou­mone de ces hi-han qui rap­pellent ceux de l’âne et qui lui ont va­lu le sur­nom an­glais de « Ja­ckass Penguin » (« l’âne man­chot »).

Ap­pels ir­ré­sis­tibles pour la com­pagne, qui le re­joint quelques jours plus tard. Le duo s’em­presse de raf­fer­mir ces liens qui unissent leur couple de­puis des an­nées. Seuls quelques rares échecs de re­pro­duc­tion peuvent par­fois se conclure par un di­vorce dans la so­cié­té des man­chots.

Ra­pi­de­ment, de nou­velles tâches at­tendent cha­cun des pa­rents. Tan­dis que l’un sur­veille les re­je­tons, l’autre ras­semble quelques amis pê­cheurs.

TOUTE UNE AVEN­TURE

Je les re­joins sur la plage. Le groupe semble hé­si­ter. Au large, un ras­sem­ble­ment de ba­leines s’ac­tive amou­reu­se­ment, mais rap­pelle sur­tout la pré­sence des in­évi­tables dents de la mer. Les man­chots les plus té­mé­raires se re­tournent. Le groupe s’in­ter­roge. Est-il bien pru­dent de s’aven­tu­rer au­jourd’hui? Au loin, les cris des pe­tits af­fa­més les sti­mulent et ils s’élancent bra­ve­ment.

Les jeunes mettent de deux à quatre mois avant de ga­gner à leur tour cet océan où ils vont sé­jour­ner du­rant 18 mois avant de re­ve­nir à leur terre na­tale.

DÉ­PART ÉMOU­VANT

Le dé­part des plus jeunes est tou­jours émou­vant. Cet ins­tant où ils dé­couvrent avec émer­veille­ment l’uti­li­té de leurs ailes na­geoires.

À tour de rôle, cha­cun se pré­ci­pite et s’éva­nouit dans l’im­mense océan aus­tral.

Un autre film de la mer­veilleuse aven­ture de la vie sur terre vient de prendre fin.

À mon avis, le cou­ra­geux man­chot du Cap mé­rite bien, lui aus­si, un os­car.

PHOTO LE JOUR­NAL

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