Gui­dé par ses per­son­nages

Né à Tri­ni­dad en 1955, Neil Bis­soon­dath s’est ins­tal­lé au Ca­na­da à l’âge de 18 ans; il vit au­jourd’hui à Qué­bec, où il se consacre en­tiè­re­ment à l’écri­ture et à l’en­sei­gne­ment au dé­par­te­ment de lit­té­ra­ture à l’Uni­ver­si­té La­val. L’au­teur, qui a à son ac­tif

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Ca­role Payer Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Comment se dé­roulent vos ren­contres avec vos per­son­nages?

Un per­son­nage ar­rive à moi avec son ba­gage et une his­toire à ra­con­ter. Ma res­pon­sa­bi­li­té est de l’écou­ter. Le per­son­nage me guide en­tiè­re­ment.

Il voyage en moi, je dois lui faire confiance et me rendre dis­po­nible. Pour une nou­velle, par exemple, le per­son­nage voyage en moi une di­zaine de jours. Pour un ro­man, c’est un voyage d’au moins trois ans. Ils sont très réels, comme les gens que je connais. Et je les res­sens phy­si­que­ment. Par exemple, Alec est ar­ri­vé à moi en di­sant « tout le monde a des fai­blesses ». C’était sa fa­çon de com­men­cer à me ra­con­ter son his­toire. Je l’ai écou­té jus­qu’à la fin de la pre­mière par­tie et, su­bi­te­ment, il m’im­pose le si­lence et c’est Su­min­tra qui ap­pa­raît. Les per­son­nages viennent me cher­cher et me parlent. Ce sont des phrases qui re­ten­tissent dans ma tête comme ça. Je les res­sens par mes sens, ça de­vient presque phy­sique.

Dans votre OEuvre, l’iden­ti­té joue un rôle im­por­tant. Dans ce nou­veau ro­man, un jeune homme dé­cide de gar­der se­crète son iden­ti­té sexuelle pour cor­res­pondre au sté­réo­type du mé­tier. Est-ce à dire que les se­crets nous construisent?

Oui, les se­crets construisent l’iden­ti­té. Alec le dé­montre, il fait peur parce qu’il a été pris à son propre jeu. Il n’ar­rive plus à se frei­ner. Su­min­tra, quant à elle, res­sent le be­soin de se dé­bar­ras­ser de ses se­crets et de vivre sa propre iden­ti­té. Mais elle est avec quel­qu’un qui ne peut pas le lui per­mettre. D’ailleurs, au­jourd’hui, nous sommes tous dans une so­cié­té qui nous per­met de créer l’iden­ti­té qu’on veut. C’est un dan­ger. Aus­si, le ro­man pose la ques­tion : jus­qu’à quel point on est vrai­ment libre? Jus­qu’à quel point on peut jouer avec cette li­ber­té per­son­nelle au sein d’une so­cié­té ou d’une fa­mille, où s’im­posent cer­taines at­tentes, une vi­sion de ce qu’on de­vrait être? C’est le drame de cha­cun de vivre dans des mondes contras­tés. Un monde per­son­nel et l’autre pu­blic. Mes per­son­nages jouent avec la réa­li­té qui les en­toure et avec la per­cep­tion des autres.

Y a-t-il une part d’autofiction dans votre ro­man?

Dans ma fic­tion, on ne me trouve ja­mais. L’autofiction ne m’in­té­resse pas. Pour moi, le ro­man­cier tra­vaille avec son ima­gi­naire pour al­ler cher­cher la réa­li­té du monde, en per­met­tant à des per­son­nages de se créer. Le ro­man­cier est un être qui part à la dé­cou­verte de la vie hu­maine.

Alors que pou­vons nous vous sou­hai­ter pour l’an­née 2009 dans cette belle aven­ture ro­ma­nesque?

Beau­coup d’ins­pi­ra­tion!

PHOTO COUR­TOI­SIE

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