De­feuet­de­glace

Mon week-end de rêve? Deux nui­tées à l’Hô­tel de glace, à boire du vin de glace, du cidre de glace, du pi­neau des Cha­rentes frap­pé et du scotch on­the­rocks.

Le Journal de Quebec - Weekend - - GOURMANDISES -

Tout ça, au pied d’un bon feu de glace chi­mique, au­près du­quel je m’étends ha­billé comme un Inuit avec ma femme sur une peau d’ours po­laire, en par­lant de la ban­quise me­na­cée par les gaz à ef­fet de serre.

Non mais, sé­rieu­se­ment, s’il y a un temps pour par­ler du froid et de la glace (et aus­si, pour faire contre­poids, des moyens pour se ré­chauf­fer), c’est bien le mois de jan­vier.

Je sais, le temps des par­tys est fi­ni et tout le monde es­saie de dé­grais­ser un peu son foie de­ve­nu trop gras.

En­core que ren­du au 17 jan­vier, j’en connais pour qui ça fait long­temps dé­jà que les Fêtes sont de l’his­toire an­cienne et qui se sont re­mis en mode « c’est pas parce que c’est jan­vier qu’on est obli­gé d’en­trer en re­traite fer­mée ».

Et au pre­mier par­ty de ski ve­nu, re­be­lote foie gras, pâ­tés, fro­mages et com­pa­gnie.

En ce mo­ment pré­cis, j’ai une pen­sée émue pour le su­perbe foie de ca­nard chaud aux rai­sins avec sa courte sauce au por­to qu’a ten­té (et for­mi­da­ble­ment réus­si) ma femme du­rant le temps des Fêtes.

Ac­com­pa­gné bien sûr, mais c’est se­lon, de cidres et de vins de glace, de por­tos taw­ny et autres mus­cats, mais aus­si, et on l’ou­blie tout le temps (d’ailleurs à tort) de Pi­neau des Cha­rentes, qui est aus­si for­mi­dable avec le foie gras.

Un mot en pas­sant, tiens, sur le Pi­neau des Cha­rentes, qui n’est pas fait avec du pi­not (noir ou gris) comme son nom pour­rait le sug­gé­rer; d’ailleurs, « pi­neau », vous l’au­rez re­mar­qué, ne s’écrit pas de la même fa­çon, le mot étant ici uti­li­sé dans le sens qu’on lui don­nait tra­di­tion­nel­le­ment en France pour dé­si­gner dif­fé­rents cé­pages.

Ça tombe bien, le Pi­neau des Cha­rentes est jus­te­ment fait avec dif­fé­rents cé­pages, gé­né­ra­le­ment du sauvignon et du sé­millon s’il est blanc, ou du ca­ber­net et du merlot s’il est ru­bis.

Mais le Pi­neau des Cha­rentes est ob­te­nu en mu­tant le moût du rai­sin au­tour de 17 à 18 de­grés avec du co­gnac.

Et c’est là son ori­gi­na­li­té, le vin goûte le co­gnac. J’en connais qui adorent le co­gnac, son odeur, ses sa­veurs si ori­gi­nales et si pé­né­trantes, mais qui n’en boivent plus ja­mais ou presque plus parce que (et je suis le pre­mier à le re­con­naître), après un re­pas bien ar­ro­sé, c’est sou­vent la goutte qui met le feu aux poudres du mal de tête ca­ra­bi­né du len­de­main de veille, si vous voyez ce que je veux dire.

Bref, ceux qui adorent le co­gnac (ah! un bon co­gnac au­près d’un feu cré­pi­tant, après une bonne jour­née de ski) se dé­lec­te­ront des par­fums et des sa­veurs du Pi­neau des Cha­rentes, sans ris­quer la to­tale des durs len­de­mains.

Je vous en pro­pose deux ici : Le Rey­nac Pi­neau des Cha­rentes (16,95 $) qui est mo­dé­ré­ment su­cré, avec des sa­veurs de sucre brû­lé, dans un en­semble qui a beau­coup de fraî­cheur (il titre 17 de­grés). Dans un autre style, l’Ex­tra Vieux Pi­neau des Cha­rentes, Brillet (38,50 $) avec ses notes de noix, de ca­ra­mel et de fruits secs qui n’est pas sans rap­pe­ler un peu le por­to taw­ny (il a fait douze ans de bar­rique), mais avec aus­si de sub­tiles notes de poire.

LI­QUEURS

D’abord, Ex­tase XO, Le­jay-La­goute (92 $), une li­queur d’orange à 40 de­grés faite avec du co­gnac XO qui, quant à moi, laisse loin der­rière les autres li­queurs d’orange sur le mar­ché. À boire et à mé­di­ter len­te­ment au coin du feu, en­core ici. En­suite, La Belle de Brillet (45 $), une li­queur de poire éla­bo­rée aus­si avec du co­gnac qui titre 30 de­grés et qui, elle aus­si, se dé­marque net­te­ment de ce qui se fait dans le genre. Pour tout vous dire, il nous ar­rive par­fois, mon voi­sin et moi, de nous ser­vir un pe­tit

Je ne parle ja­mais de li­queurs dans cette chro­nique (dé­jà qu’avec le vin, on rame fort pour tout cou­vrir), mais une fois n’est pas cou­tume, n’est-ce pas?

Il y en a deux dont je me dé­lecte à l’oc­ca­sion et que je vou­lais ab­so­lu­ment vous pré­sen­ter.

Si vous êtes ama­teur et que vous ne les connaissez pas, vous ado­re­rez. verre de l’un et de l’autre et on n’ar­rive ja­mais à dé­ter­mi­ner la­quelle des deux li­queurs est la plus an­gé­lique.

On fi­nit tou­jours par se dire qu’il fau­dra re­mettre ça pour tran­cher une fois pour toutes la ques­tion, la­quelle, vous l’au­rez de­vi­né, reste en­tière, car ça fait plu­sieurs fois qu’on re­met ça.

G­TE­RIES

Mais re­ve­nons au cidre de glace et au vin de glace.

Évi­dem­ment, ce sont des bois­sons su­crées, très su­crées en fait. C’est la rai­son pour la­quelle jus­te­ment, en ma­tière de vin en tout cas, cer­tains leur pré­fé­re­ront les vins de ven­danges tar­dives, moins riches en sucre, et sur­tout plus aé­riens.

Bref, ce qu’il faut re­gar­der dans ces pro­duits, c’est bien sûr l’équi­libre sucre-aci­di­té, mais aus­si la sub­ti­li­té des sa­veurs, leur com­plexi­té, et sur­tout l’élé­gance de l’en­semble.

Ain­si, ré­cem­ment, j’ai goû­té plu­sieurs cidres de glace et vins de glace, et le seul com­men­taire que j’avais en­vie de faire trop sou­vent c’était : pour être su­cré, c’est su­cré. Un peu court, vous avoue­rez, mais sans doute aus­si un peu à l’image de cer­tains pro­duits.

Quoi qu’il en soit, en voi­ci deux que j’ai par­ti­cu­liè­re­ment ai­més. Fine Pomme de glace Clos Saint-Denis, Cidre de glace (34 $ – 375 ml) qui jus­te­ment af­fiche ce pe­tit cô­té aé­rien qui fait dé­faut à la plu­part. Vin de glace l’Or­pailleur 2007, Vi­gnoble de l’Or­pailleur (32 $ – 200 ml), miel­lé, tex­ture si­ru­peuse, riche et équi­li­bré. Le temps passe et je ter­mine avec deux por­tos taw­ny. Of­fley Taw­ny 10 ans, Por­to (28,60 $) : ample, large, ve­lou­té, avec un al­cool par­fai­te­ment in­té­gré. Ca­bral Taw­ny 20 ans, Por­to (49,25 $) : rond, ai­mable et fon­du. Le 20 ans le moins cher sur le mar­ché et loin d’être le moins bon, bien au contraire.

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