À fleur de peau

D’em­blée, la photo frappe : Ma­ra Trem­blay, nue, sur la po­chette de son nou­veau disque, Tu m’in­ti­mides. Si ce­la at­tire l’at­ten­tion sur son splen­dide qua­trième al­bum, c’est aus­si une forme de dé­li­vrance de la part d’une ar­tiste qui a tou­jours eu du mal à co

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Philippe Rez­zo­ni­co

« Dans ma tête, il était temps que j’ac­cepte, dit-elle, at­ta­blée dans un res­to du Pla­teau. Ça a été long. Toutes les pre­mières an­nées de ma car­rière so­lo, je jouais dos au monde. Là, j’étais prête à ça et j’avais le goût de mettre ma face sur un al­bum, mais pas avec une ba­nale photo. J’avais le goût d’un por­trait, et d’un por­trait de cette pho­to­graphe-là. »

La pho­to­graphe en ques­tion, Va­lé­rie Jo­doin-Kea­ton, a dé­jà fait un por­trait de Ma­ra pour un livre nom­mé Backs­tage, dans le­quel elle offre des pho­to­gra­phies d’ar­tistes à leur en­trée ou à leur sor­tie de scène.

« J’aime beau­coup les toiles de nu et toutes les pers­pec­tives du corps. C’est sûr que j’avais en­vie que ça (le disque) ne passe pas in­aper­çu, mais ce n’est pas une idée de la com­pa­gnie de disques. Il n’y a rien de com­man­dé là-de­dans. Je m’as­sume plus. Pour le reste, je suis tou­jours l’au­teure aux émo­tions vives à fleur de peau. »

Sur ce plan, Tu m’in­ti­mides re­pré­sente un sur­plus d’émo­tions pour celle que l’on a connue du temps des Frères à ch’val. Ce disque boucle des tas de cycles pro­fes­sion­nels et hu­mains.

DEUX DÉ­CEN­NIES

« Ça fait 20 ans que je fais car­rière en vi­vant de ma mu­sique, ça fait dix ans que je fais car­rière so­lo et je vais avoir 40 ans en 2009. Je suis née en 1969, le jour où l’homme a pour la pre­mière fois mis le pied sur la Lune. »

Ça, c’est ce qu’on pour­rait nom­mer les belles boucles, celles qui font que Ma­ra Trem­blay a su s’im­po­ser pour nous of­frir une oeuvre aus­si concrète que sen­sible, aus­si belle qu’hon­nête.

Les boucles plus dou­lou­reuses, di­rons­nous, ce ne sont pas les his­toires d’amour et les liai­sons qui co­lorent les chan­sons, mais la perte de sa mère aux mains du cancer au cours de la der­nière an­née, évo­quée au sens propre et au fi­gu­ré dans trois chan­sons, dont la tou­chante D’un cô­té ou de l’autre.

« J’avais un be­soin im­mense de dire le mot vivre. De trans­cen­der la mort par la vie, l’hé­ri­tage, un re­mer­cie­ment, ce qu’elle me lègue… Je sen­tais qu’il fal­lait que ce mot sorte, même si je sa­vais pas consciem­ment que j’écri­vais pour elle au dé­but. »

LES TRA­GÉ­DIES

Ce fut par contre le cas pour deux autres titres, Sous les pro­jec­tiles et Plexus so­laire.

« Ça, ce sont les der­niers mo­ments de sa vie. Sa ba­taille contre la ma­la­die. À la fin, c’était la grosse guerre… Elle se bat­tait. C’est ve­nu me cher­cher là… »

Le plus tra­gique dans cette his­toire, c’est que ce n’est pas le seul deuil que Ma­ra Trem­blay a eu à vivre. Le plus beau, c’est que ces tra­gé­dies ont ca­na­li­sé ses éner­gies sur l’al­bum, qui os­cille entre pop étof­fée, pro­duc­tion rugueuse et émo­tions fortes.

« Écoute, j’ai per­du ma grand-mère un mois après ma mère. Les deux femmes qui res­taient dans ma vie sont par­ties. C’est sûr que – in­cons­ciem­ment – la femme qui est en moi est née. Ce disque a été réa­li­sé d’un bout à l’autre avec cette éner­gie-là.

« La créa­tion a fait de moi une per­sonne plus se­reine. Oui, c’est tra­gique et c’est hor­rible, cette ma­la­die, mais c’est clair qu’il n’y a rien pour rien. C’est ce qu’elle vou­drait, que je trans­cende ça en mu­sique, en bon­heur et en af­fir­ma­tion. »

C’est fait. Ma­ra Trem­blay lance Tu m’in­ti­mides, mar­di pro­chain, un splen­dide disque co­réa­li­sé par Oli­vier Lan­ge­vin et Pierre Fortin.

PHOTO LE JOUR­NAL – YVAN TREM­BLAY

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