Un do­cu­men­taire ma­gique

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA -

Là où plu­sieurs n’éprou­ve­raient que ran­coeur et soif de ven­geance, un homme, tout fin seul, a choi­si de trom­per sa peine en ayant re­cours à de simples fou­lards et des trucs bon en­fant pour de­ve­nir Le ma­gi­cien de Ka­boul, que l’on dé­couvre avec ad­mi­ra­tion dans un do­cu­men­taire pro­fon­dé­ment tou­chant et ins­pi­rant pour l’hu­ma­ni­té.

Vé­ri­table Don Qui­chotte des temps mo­dernes, Ha­ru­hi­ro Shi­ra­to­ri, un res­tau­ra­teur ja­po­nais qui a per­du son fils unique dans les at­ten­tats du World Trade Cen­ter, le 11 sep­tembre 2001, a choi­si de ten­ter de faire la paix plu­tôt que s’api­toyer sur son sort et s’en­fer­mer dans la dou­leur. Pour pa­ver la voie de la mis­sion co­los­sale qu’il s’est don­née pour ho­no­rer la mé­moire de son fils, il dé­cide d’ap­prendre quelques tours de ma­gie afin de lier les coeurs et fran­chir le mur des langues.

Une ini­tia­tive ori­gi­nale et ef­fi­cace si on en juge par les ré­ac­tions des en­fants aus­si bien en Af­gha­nis­tan, où il se rend pour la pre­mière fois en 2003, qu’au Ja­pon ou à New York, où son fils, un riche cour­tier, vi­vait de­puis plu­sieurs an­nées. Après avoir été lui-même éprou­vé pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale qui l’a lais­sé or­phe­lin de père à quatre ans et de mère à huit ans, ce pre­mier voyage en terre af­ghane lui ins­pire un grand rêve.

En plus de vou­loir construire un centre com­mé­mo­ra­tif à la mé­moire de son fils, un en­droit où les Af­ghans pour­raient ve­nir pui­ser l’eau gra­tui­te­ment, Ha­ru­hi­ro Shi­ra­to­ri es­père faire dis­pa­raître le ter­ro­risme et la guerre! Avec le temps et l’aide d’un ré­pu­té ar­chi­tecte ja­po­nais le pro­jet fi­nit par prendre des pro­por­tions co­los­sales.

Mul­ti­pliant les col­lectes de fonds et les voyages entre le Ja­pon, l’Af­gha­nis­tan et les États-Unis, le père phi­lan­thrope sent que son pro­jet est en train de dé­ra­per et risque de ne ja­mais voir le jour dans le contexte dif­fi­cile af­ghan, mais il ne perd néan­moins pas espoir de par­ve­nir à le réa­li­ser du moins en par­tie pour créer un pre­mier geste de paix et de fra­ter­ni­té entre les peuples.

IMAGESÉLOQUENTES

Écrit et réa­li­sé par le ci­néaste canadien Philippe Bay­laucq, Mon­tréa­lais d’adop­tion, Le ma­gi­cien de Ka­boul fait ha­bi­le­ment dé­cou­vrir un homme dont la no­blesse et la gran­deur d’âme semblent sor­tir tout droit d’une autre époque. Les images sont très élo­quentes et le pro­pos, bien ser­vi par une nar­ra­tion syn­co­pée.

À tra­vers Le ma­gi­cien de Ka­boul, le réa­li­sa­teur réus­sit à nous faire dé­cou­vrir ce pro­jet un peu fou, aus­si bien qu’à nous faire par­ta­ger la peine, l’émo­tion vive et le rêve che­va­le­resque de ce père du­re­ment éprou­vé par la vie, et ce, tout en par­lant de son pas­sé et de sa re­la­tion dif­fi­cile avec son fils, sans faux-fuyants.

Cap­ti­vant de la pre­mière à la der­nière mi­nute, Le ma­gi­cien de Ka­boul fait du bien à l’âme et rap­pelle qu’il vaut peut-être la peine de mettre ses idéaux à l’avant-plan, même s’ils peuvent sem­bler uto­piques. Le ma­gi­cien de Ka­boul, du ci­néaste canadien Philippe Bay­laucq.

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