Re­tour à la SAQ

C’était la pre­mière fois que ça m’ar­ri­vait, et Dieu sait si j’en ai rap­por­té dans ma vie, des bou­teilles bou­chon­nées ou oxy­dées à la SAQ.

Le Journal de Quebec - Weekend - - SAVEURS -

Toutes pro­por­tions gar­dées, sans doute pas plus que les autres (on es­ti­mait en­core ré­cem­ment à en­vi­ron 7 % le nombre de bou­teilles bou­chon­nées sur le mar­ché), mais, compte te­nu des be­soins de cette chro­nique, di­sons que j’achète beau­coup de vin dans une an­née.

Bref, voi­là-ti pas que le com­mis à cette suc­cur­sale de la SAQ me de­mande ma fac­ture.

Ma fac­ture? Quelle fac­ture? C’est la pre­mière fois de ma vie qu’on me de­mande ma fac­ture pour un re­tour de bou­teille, et puis, de toute fa­çon, la SAQ est un mo­no­pole et je ne vois pas où j’au­rais pu ache­ter cette bou­teille ailleurs qu’à la SAQ.

La po­li­tique a chan­gé, m’ex­plique le com­mis, et ça prend dé­sor­mais la fac­ture. Ja­mais en­ten­du par­ler. J’in­siste, et le com­mis fi­nit par me dire O.K., mais la pro­chaine fois, ça va prendre votre fac­ture. Fin du pre­mier cha­pitre.

Deuxième cha­pitre : quelques se­maines plus tard, à une autre suc­cur­sale, un com­mis re­fuse de rem­bour­ser un jeune homme qui rap­por­tait une bou­teille qui n’était même pas ou­verte. C’est le rè­gle­ment, m’ex­plique après coup le com­mis, à qui j’avais po­sé la ques­tion après le dé­part du client qui, bien sûr, n’avait pas son re­çu.

On ne de­mande pas de fac­ture pour les vins bou­chon­nés, m’ex­plique-t-il, mais on la de­mande pour des bou­teilles non ou­vertes, et ce, pour évi­ter, entre autres choses, que des (grands) ados (de 18 ans s’en­tend), par exemple, fouillent dans la cave de pa­pa et viennent cher­cher la va­leur de la bou­teille en ar­gent son­nant à la SAQ.

LA VRAIE PO­LI­TIQUE DE LA SAQ

Bref, pour en avoir le coeur net, j’ai de­man­dé à la SAQ quelle était sa po­li­tique of­fi­cielle en ma­tière de re­tour de bou­teilles. La voi­ci, et peut-être que cer­tains com­mis de suc­cur­sales au­raient avan­tage à l’ap­prendre:

D’abord, il n’est nul be­soin de pré­sen­ter une fac­ture pour se faire rem­bour­ser ou pour échan­ger une bou­teille dé­fec­tueuse.

Tou­te­fois, la bou­teille doit être aux trois quarts pleine. Ce­pen­dant, vous ne pou­vez pas rap­por­ter une bou­teille dont vous n’ai­mez tout sim­ple­ment pas le goût. La SAQ ga­ran­tit la qua­li­té de la bou­teille, pas que le goût du vin cor­res­ponde à vos at­tentes.

La SAQ se ré­serve par ailleurs le droit de ne pas vous vendre le même pro­duit si le dé­faut pré­su­mé que le client dit avoir trou­vé dans la bou­teille fait en quelque sorte par­tie de la per­son­na­li­té du vin.

Exemple : vous avez trou­vé un dé­pôt dans un bor­deaux de quelques an­nées. Vous n’ai­mez pas? La SAQ vous de­man­de­ra de ne plus ache­ter ce type de vin, car un dé­pôt dans une bou­teille qui a un peu d’âge, c’est non seule­ment nor­mal, mais c’est même un signe de qua­li­té.

Vous trou­vez que votre bour­gogne blanc montre des signes d’oxy­da­tion? Jus­qu’à un cer­tain point, les bour­gognes blancs éle­vés en bar­rique ont sou­vent un lé­ger ca­rac­tère oxy­da­tif. Vous n’ai­mez pas? N’en ache­tez plus!

Main­te­nant, pour ce qui est des bou­teilles qui n’ont pas été ou­vertes, ça prend ef­fec­ti­ve­ment le re­çu de caisse, et vous avez 30 jours pour vous faire rem­bour­ser.

Pas­sé ce dé­lai, fac­ture ou pas, vous ne pour­rez re­tour­ner la­dite bou­teille à la SAQ.

RE­COM­MAN­DA­TIONS

Voi­ci, pour se mettre en mode se­maine, deux pe­tits vins pour son « tous les jours ».

En blanc, le Char­don­nay KWV 2008, Wes­tern Cape, Afrique du Sud (38 $, for­mat bag-ina-box de trois litres) : si je compte bien, ça re­vient à 9,50 $ la bou­teille de 750 ml, ce qui est un ex­cellent rap­port qua­li­té-prix pour ce jo­li blanc que, à l’aveugle, j’ai pris pour un blanc de Nou­vel­leZé­lande qui conte­nait un peu de sauvignon en rai­son d’un pe­tit quelque chose qui rap­pelle l’as­perge, mais qui, en fait, n’en contient pas et qui, sans doute aus­si, a fait de la douelle, comme on dit, car il est un rien boi­sé et beur­ré (on fait lit­té­ra­le­ment ma­cé­rer des douelles dans la cuve – les planches avec les­quelles sont faites les bar­riques, si vous pré­fé­rez – pour don­ner au vin, en (très) rac­cour­ci et ac­cé­lé­ré bien sûr, ce que don­ne­rait un pas­sage en bar­rique).

En rouge, le Merlot Grand Sud 2007, Vin de Pays d’Oc, Grands Chais de France (10,10 $, for­mat de un litre) : en­core ici, ça re­vient à 7,60 $ la bou­teille de 750 ml. À ce prix, c’est toute une au­baine, si on consi­dère qu’il s’agit ici d’un pe­tit rouge plus que conve­nable, bien ty­pé merlot en plus, souple, tendre et fort agréable à boire. Do­maine du Vieux La­za­ret 2007, Côtes du Ven­toux, Vi­gnobles Jé­rôme Quiot (15,45 $) : par­ti­cu­liè­re­ment réus­si dans ce mil­lé­sime que ce rouge rond et gé­né­reux, épi­cé, un brin poi­vré, aux jo­lies sa­veurs de ré­glisse (le vin est fait de gre­nache et de sy­rah). Pour res­ter dans le Rhône, le Gi­gon­das 2006, Louis Bernard (24,05 $) : un vrai bon gi­gon­das rond et souple, mais avec du grain et une belle tex­ture ve­lou­tée (55 % gre­nache, 30 % sy­rah; mour­vèdre et ca­ri­gnan pour le reste). Le moins cher des gi­gon­das, mais loin d’être le moins réus­si. He­re­de­ros del Mar­qués de Ris­cal 2004, Rio­ja (14,15 $) : pour les ama­teurs de vins es­pa­gnols qui aiment ces notes boi­sées et épi­cées ap­por­tées par la bar­rique, dans un en­semble fon­du, vi­gou­reux et frais en dé­pit de ses 14 de­grés. Un der­nier rouge, mais il faut y mettre le prix, Bar­rua 2004, Iso­la Dei Nu­ra­ghi IGT, Agri­co­la Pu­ni­ca (57 $) : un so­lide gaillard de Sar­daigne vo­lu­mi­neux et sé­rieux, en­core dans sa prime jeu­nesse, donc un peu car­ré et mar­qué par son éle­vage, une ma­tière dense, tex­tu­rée et en­ve­lop­pante. In­dé­nia­ble­ment de la graine de grand vin. À gar­der en cave au moins cinq autres an­nées. Si­non, on le passe en ca­rafe au moins deux heures avant de le boire. En­fin, je ter­mine avec un blanc aus­tra­lien, le Char­don­nay Scotch­mans Hill 2006, Swan Bay, Vic­to­ria (19,75 $) : lé­gè­re­ment beur­ré et boi­sé, avec aus­si quelques notes de noisette, le vin est droit, vi­neux, mais il reste bien frais; bien sûr, il faut ai­mer les vins boi­sés, mais le bois, ici, n’est pas trop ap­puyé. Très réus­si dans le style.

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