La vo­ca­tion d’une vie

Fils d’un res­tau­ra­teur ré­pu­té de Qué­bec, Mathieu et Blaise For­tier au­raient pu choi­sir le confort ou la fa­ci­li­té. Ils ont plu­tôt dé­ci­dé de ve­nir en aide aux jeunes et de tra­vailler à pré­ser­ver les mu­siques du monde en créant Jeunes Mu­si­ciens du monde, san

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE -

« On a com­men­cé à don­ner des cours de mu­sique aux en­fants, spon­ta­né­ment, dans un lo­cal si­tué dans une mai­son de re­traite, à Kal­ke­ri, en Inde... C’était à l’au­tomne 2001. On s’est ra­pi­de­ment dé­cou­vert une vo­ca­tion et, de­puis, c’est de­ve­nu un mode de vie. Six mois plus tard, on fon­dait of­fi­ciel­le­ment les Jeunes Mu­si­ciens du monde (JMM) », ra­conte Mathieu For­tier, an­thro­po­logue de for­ma­tion qui avait dé­jà ef­fec­tué, de­puis 1991, plu­sieurs sé­jours prolongés en Inde pour étu­dier la mu­sique et l’hin­di.

Som­me­lier dans le res­to de son père, Blaise était aus­si al­lé plu­sieurs fois en Inde pour vi­si­ter son frère et sa femme de même que pour se fa­mi­lia­ri­ser, lui aus­si, avec la mu­sique in­dienne. « En août 2001, Mathieu m’a ap­pe­lé pour me par­ler du pro­jet d’école... En no­vembre, j’y suis re­tour­né.

« Je n’ou­blie­rai ja­mais la scène qui m’at­ten­dait. Mathieu don­nait des cours de chant à des jeunes qui l’en­tou­raient, dans le fond de la pièce. Un ami in­dien don­nait des cours de ci­thare au mi­lieu, et à cô­té de l’en­trée, un autre don­nait des le­çons de per­cus­sions. J’étais ému aux larmes, c’était tel­le­ment beau », ra­conte Blaise avec des sou­ve­nirs plein les yeux.

« Je pen­sais don­ner un coup de main et re­ve­nir ici pour or­ga­ni­ser des le­vées de fonds, mais, as­sez ra­pi­de­ment, je me suis im­pli­qué pra­ti­que­ment à temps plein; les jeunes étaient tel­le­ment in­té­res­sés, as­si­dus et ta­len­tueux qu’il fal­lait al­ler de l’avant », ra­conte-til, pré­ci­sant que les quatre pre­mières an­nées, ils ne se don­naient au­cun sa­laire et dé­frayaient eux-mêmes leurs billets d’avion. « Même au­jourd’hui, c’est mi­nime, ce qu’on se paie... »

En plus de l’école Kal­ke­ri San­geet Vi­dya­laya, en Inde, of­fi­ciel­le­ment ou­verte en no­vembre 2002 avec la col­la­bo­ra­tion d’un ami in­dien, Jeunes Mu­si­ciens du monde compte ac­tuel­le­ment trois écoles au Qué­bec. Créée en 2003, l’une d’entre elles a vu le jour dans le quar­tier Saint-Sau­veur, à Qué­bec, au Pa­tro La­val, où loge à prix mo­dique le quar­tier gé­né­ral de JMM. Puis, en 2005, c’est la créa­tion d’une école dans le quar­tier Ho­che­la­ga-Mai­son­neuve, à Mon­tréal, et une pe­tite der­nière, à Kit­ci­sa­kik, en Abi­ti­bi, en sep­tembre 2008.

BÉ­NÉ­VOLES

« L’école en Inde a ac­cueilli jus­qu’à main­te­nant plus de 150 bé­né­voles ve­nus de par­tout dans le monde. Du Qué­bec, de la France, de l’Aus­tra­lie, des États-Unis, du Mexique, du Bré­sil, de l’Al­le­magne, de la Suède, du Ja­pon... En moyenne, c’est une tren­taine de bé­né­voles par an­née pour des sé­jours de quatre mois, ce qui per­met de créer des liens et nouer des ami­tiés », ra­content gros­so mo­do les deux frères, qui tra­vaillent aus­si en par­te­na­riat avec plu­sieurs or­ga­nismes qui en­gagent des co­opé­rants.

Jeunes Mu­si­ciens du monde fonc­tionne avec un bud­get an­nuel tour­nant au­tour de 450 000 $, pro­ve­nant prin­ci­pa­le­ment des spectacles-bé­né­fice aux­quels par­ti­cipent gra­cieu­se­ment de nom­breux ar­tistes, de le­vées de fonds, de dons, de quelques sub­ven­tions... « À l’heure ac­tuelle, mon ob­jec­tif est d’es­sayer de conso­li­der les sources de fi­nan­ce­ment ré­cur­rentes et mieux pla­ni­fier les soi­rées-bé­né­fice pour amé­lio­rer la ges­tion », ajoute Blaise en ter­mi­nant.

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