TOUT UN DÉ­FI!

Quand Ka­rine Va­nasse et Maxime Ré­millard lui ont of­fert de faire un film sur la tue­rie de l’École po­ly­tech­nique, la grande ques­tion pour Denis Ville­neuve n’était pas de sa­voir s’il de­vait ac­cep­ter, mais plu­tôt de sa­voir comment le faire. « Il fal­lait ar­ri

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE -

« Mon ob­jec­tif était de faire un film juste. Je m’in­ter­ro­geais pra­ti­que­ment à chaque cadre pour ana­ly­ser tous les as­pects pos­sibles, parce que je ne vou­lais pas po­li­ti­ser le débat. Il ne fal­lait sur­tout pas que le film tombe dans la va­lo­ri­sa­tion de la vio­lence. Il fal­lait conser­ver l’hor­reur, sans som­brer dans la com­plai­sance.

« Qu’on m’offre de tour­ner Po­ly­tech­nique m’a beau­coup tou­ché, d’au­tant plus que c’était un bon dé­fi. Je me suis sen­ti pri­vi­lé­gié », re­con­naît le réa­li­sa­teur, ren­con­tré à Mon­tréal im­mé­dia­te­ment après le vi­sion­ne­ment ré­ser­vé à la presse, en dé­but de se­maine. Rap­pe­lons que Po­ly­tech­nique ar­ri­ve­ra sur les écrans de ci­né­ma, le 6 fé­vrier.

Denis Ville­neuve pré­cise que dès le dé­part, il s’est dit qu’il ne pou­vait faire ce film-là tout seul, qu’il de­vait avoir une équipe et être bien en­tou­ré. « Il fal­lait être plus in­tel­li­gent qu’une seule per­sonne et j’ai gar­dé la même at­ti­tude sur le pla­teau de tour­nage. J’étais très ou­vert aux sug­ges­tions de tous les membres de l’équipe, que ce soit des ac­trices, des ac­teurs, des ca­me­ra­men ou autres.

« Et c’est aus­si pour ça que j’ai co­écrit le scé­na­rio avec Jacques Da­vidts et Eric Le­ca. On a ren­con­tré plu­sieurs sur­vi­vants qui nous ont don­né des té­moi­gnages très riches, très gé­né­reux, mais aus­si des po­li­ciers, des am­bu­lan­ciers, des profs... Quelques membres de fa­milles de vic­times, mais on ne vou­lait pas tom­ber dans le jau­nisme et on a ra­pi­de­ment réa­li­sé que ce n’était pas la bonne voie », af­firme Denis Ville­neuve.

UN CHE­VAL SAUVAGE

« J’ai chan­gé constam­ment des choses dans le scé­na­rio. Comme on dit, les images sont plus fortes que les mots. J’étais comme ani­mé par un IQ à la ja­po­naise, je vou­lais que le film soit le plus simple pos­sible. J’ai épu­ré en­core et en­core. Au dé­part, il y avait 15 per­son­nages, on a beau­coup cou­pé. Cer­tains dans le scé­na­rio, deux ou trois au mon­tage, dont un prin­ci­pal qui a vrai­ment dis­pa­ru.

« Cer­tains scé­na­rios sont très écrits, mais Po­ly­tech­nique, c’était quelque chose de très vi­vant. Comme une es­pèce de che­val sauvage qui ruait tout le temps. Un peu comme une pièce de jazz. J’ai chan­gé plein de choses sur le pla­teau. C’est dé­ce­vant pour ceux qui ne se ver­ront pas dans le film, mais c’est la vie », dit le ci­néaste pour qui le noir et blanc s’est im­po­sé très ra­pi­de­ment, pour don­ner au film une sorte de dis­tance so­len­nelle, par res­pect et par es­thé­tique.

CHAS­SER VAN SANT

Fervent ad­mi­ra­teur du ci­néaste amé­ri­cain Gus Van Sant, Denis Ville­neuve dit avoir vu Ele­phant, qui porte sur la tue­rie de Co­lum­bine, deux ans avant qu’on lui pro­pose Po­ly­tech­nique.

« J’ai dû le tas­ser de ma tête, si­non c’était un peu comme faire un film sur le Viet­nam après C’est l’apo­ca­lypse.

« Quand j’ai réus­si à chas­ser Gus Van Sant, c’est le plus beau ca­deau que je me suis fait. J’ai pu tra­vailler li­bre­ment », dit le ci­néaste, à peine ren­tré du Moyen-Orient où il était al­lé en pré­vi­sion de l’adap­ta­tion au grand écran d’In­cen­die, de Wa­j­di Moua­wad, dont il en­tre­pren­dra le tour­nage en mars.

« J’ai hâte de com­men­cer. La pièce de Wa­j­di, c’est un vé­ri­table pe­tit chef-d’oeuvre. » Le tour­nage doit se par­ta­ger entre Mon­tréal, la Jor­da­nie et pos­si­ble­ment un peu Beyrouth. La distribution se­ra com­plé­tée sous peu.

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