Un dé­tour plu­tôt inu­tile

∫ New in Town ∂ Tout comme Far­go, mais fait avec moins d’in­tel­li­gence et d’humour, New in Town (Casque et ta­lons hauts) est une co­mé­die ro­man­tique bâ­tarde et cli­ché qui tente de ti­rer pro­fit d’un genre cultu­rel sté­réo­ty­pé et as­sez ré­cent de la vie des pet

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Jim Slotek Sun Me­dia

Une co­mé­die sen­ti­men­tale de Jo­nas El­mer:

Le per­son­nage prin­ci­pal de New in Town, l’hé­roïne qui voue un culte fé­roce au Ch­rist, in­ter­pré­tée par Siob­han Fal­lon, se nomme Blanche Gun­der­son, tout comme Marge Gun­der­son, la po­li­cière dans le film Far­go.

C’est un hom­mage ou alors une ten­ta­tive qui crève les yeux de sur­fer sur le suc­cès d’un meilleur film.

Il s’agit d’une his­toire d’amour dont les dé­buts sont étranges et où au moins un per­son­nage n’est pas dans son élé­ment. (À l’ori­gine, cette his­toire a été ré­di­gée avec Halle Ber­ry en tête pour faire un contraste avec « la ville la plus blanche de l’Amé­rique »).

New in Town met en ve­dette Re­née Zell­we­ger dans le rôle de Lu­cy, une femme d’af­faires de Mia­mi am­bi­tieuse et dé­ci­dée à gra­vir ra­pi­de­ment les éche­lons de l’en­tre­prise. Elle doit prou­ver qu’elle a l’étoffe dure d’un grand cadre en fai­sant l’ac­qui­si­tion d’une usine de trai­te­ment des ali­ments dans la pe­tite ville de New Ulm, au Min­ne­so­ta (qui existe vrai­ment, d’ailleurs) puis en la ca­de­nas­sant.

Évi­dem­ment, Lu­cy y met le cap vê­tue de ta­lons ai­guilles et d’un jo­li ves­ton de de­si­gner alors qu’il fait -30 °C de­hors. À l’ins­tar d’An­ge­li­na Jo­lie qui ar­ri­ve­rait par sur­prise à la fête d’an­ni­ver­saire de Jennifer Anis­ton, elle a le tour de char­mer les ré­si­dants lo­caux.

Les évé­ne­ments ré­cents aux États-Unis ont re­jailli sur New in Town, dégageant une im­pres­sion plus né­ga­tive du film qu’il ne l’est vrai­ment. Cette his­toire vé­hi­cule une le­çon de mo­rale à pro­pos du be­soin de gar­der des em­plois dans les bons vieux U. S. of Ame­ri­ca… bien que ce film ait été tour­né à Win­ni­peg.

L’heu­reuse fin im­pro­bable de cette his­toire laisse- ra peut-être un ar­rière-goût désa­gréable dans cette par­tie cen­trale de l’Amé­rique qui goûte à la ré­ces­sion et qui a tout fait, sauf af­fi­cher un grand pan­neau avec la men­tion : En faillite.

RETOURAUFILM

Lu­cy a de la dif­fi­cul­té à se concen­trer sur sa mis­sion fa­tale face aux ef­forts de Blanche qui s’en­tête à lui faire dé­cou­vrir le quo­ti­dien des gens en lui fai­sant ré­ci­ter le Notre Père et goû­ter à du ta­pio­ca.

Ce film met en re­lief les croyances chré­tiennes de Blanche et la ré­ac­tion exas­pé­rée ini­tiale de Lu­cy. Il faut se rap­pe­ler que le scé­na­riste Ken Rance est un ch­ré­tien convain­cu. Il a créé une scène où la ville en en­tier chante tous les vers d’Adeste Fi­deles par temps très froid de­vant un arbre de Noël au beau mi­lieu d’un car­ré po­pu­laire.

Puis­qu’il s’agit d’une co­mé­die ro­man­tique hol­ly­woo­dienne, Lu­cy ren­contre et dé­teste sur le coup ce­lui qu’elle fi­ni­ra par ai­mer, le re­pré­sen­tant syn­di­cal, Ted Mit­chell (Har­ry Con­nick Jr.)

Toutes sortes de mésa­ven­tures s’en­suivent, y com­pris un ac­ci­dent de tir lors d’une ex­pé­di­tion de chasse (clin d’oeil à l’in­ci­dent Dick Che­ney!), une ex­pé­rience qua­si fa­tale dans un bliz­zard où Lu­cy se soûle en at­ten­dant d’être se­cou­rue. Son jeu est dé­ce­vant dans une « co­mé­die d’ivrognes ».

En­fin, la vé­ri­té est ré­vé­lée, la mé­chante en­tre­prise passe à l’ac­tion, les gens se sentent tra­his, puis il y a ré­demp­tion. Le bon­heur triomphe.

On voit ve­nir chaque mi­nute du film New in Town comme on voit ve­nir un train à l’ho­ri­zon dans les Prai­ries. Et tout comme le voyage en voi­ture entre Win­ni­peg et Regina, le tra­jet pa­raît plus long qu’il ne l’est vrai­ment.

PHOTO COUR­TOI­SIE

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