Iro­nie sur fond de conflit

David Fi­tous­si pu­blie au Qué­bec son pre­mier ro­man, écrit en Is­raël, pays où il vit de­puis trois ans et de­mi.

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Joint au té­lé­phone à sa mai­son de Gan Yavne, ville à 40 km de Tel-Aviv et à moins de 40 km de Ga­za, David Fi­tous­si sou­li­gnait à ce mo­ment que la jour­née, qui ti­rait à sa fin, avait été plu­tôt tran­quille. De­puis plu­sieurs se­maines, il en­tend clai­re­ment les ex­plo­sions qui re­ten­tissent plu­sieurs fois par jour.

« Ça va! an­nonce-t-il. Compte te­nu des cir­cons­tances, nous nous por­tons bien », ajoute-t-il, en par­lant de ses quatre en­fants, dont les deux ben­ja­mins ne quittent plus la mai­son, la gar­de­rie et l’école étant fer­mées.

VIVEMENTUNCESSEZ-LE-FEU!

« À chaque dé­clen­che­ment de la si­rène, nous avons 45 se­condes pour re­joindre la chambre forte où l’on se met à l’abri. Nous sommes tou­jours sur le qui-vive. Mais j’ai beau­coup d’espoir que ça se calme et que la force de la di­plo­ma­tie réus­sisse à ré­gler les pro­blèmes. Je ne suis pas po­li­ti­que­ment en­ga­gé. Je re­garde tout ça com­meun être hu­main. C’est très grave ce qui se passe ici, mais éton­nam­ment, ce n’est pas la psy­chose. J’es­père que ça s’ar­rê­te­ra ra­pi­de­ment et que nous ar­ri­ve­rons à nous en­tendre sur un ces­sez-le-feu. »

David Fi­tous­si a choi­si d’al­ler vivre en Is­raël, il y a trois ans et de­mi. À l’orée de la qua­ran­taine, il a eu en­vie de se don­ner un cadre de vie où il fe­rait bon écrire et évo­luer.

« J’ai eu en­vie de quelque chose de nou­veau, un contexte dif­fé­rent pour écrire. En Is­raël, le cli­mat est mé­di­ter­ra­néen, la vie est agréable lorsque le pays est en paix. »

Pour­tant, David Fi­tous­si a de la fa­mille et des amis à Mon­tréal, ville où il est ar­ri­vé après avoir quit­té la France lors­qu’il avait à peine dix ans. Il se dit concer­né par les re­la­tions Is­raëlPa­les­tine et, loin de s’en voir comme l’une des vic­times, il en me­sure l’im­pact sur la so­cié­té.

« Je suis d’une na­ture op­ti­miste, dit-il. J’ai foi en la di­plo­ma­tie et espoir que les choses s’ar­ran­ge­ront le plus tôt pos­sible. »

Que les bombes éclatent près de chez lui n’em­pêche pas David Fi­tous­si de me­ner ses pro­jets d’écri­ture. La bar-mits­va de Sa­muel, son pre­mier ro­man, est pa­ru le 22 jan­vier en li­brai­rie au Qué­bec. « C’est une autofiction qui ra­conte mon en­fan­ceàMon­tréal,mon im­mi­gra­tion et le choc cultu­rel que j’ai vé­cu. Du­rant les an­nées 1980, le Qué­bec était en pleine crise d’iden­ti­té. Mon père était re­par­ti vers la France au mo­ment où je fai­sais mon ap­pren­tis­sage de la sexua­li­té. Je sui­vais aus­si l’en­sei­gne­ment re­li­gieux. C’est mon par­cours que je ra­conte sur un ton sa­ti­rique, hu­mo­ris­tique et plu­tôt acide, dé­cri­vant mo­nen­vi­ron­ne­ment­na­tu­reld’im­mi­grés juifs et fran­çais. »

LE­RE­CUL

David Fi­tous­si a gran­di et étu­dié dans le sys­tème pu­blic du Qué­bec avant d’y tra­vailler. Son dé­mé­na­ge­ment en Is­raël lui a per­mis de prendre le re­cul né­ces­saire pour mettre le doigt sur l’es­sen­tiel.

« Par­tir m’a per­mis de je­ter un re­gard sans com­plai­sance sur tout ça, dit-il. Je met­sens­cè­neun­per­son­na­ge­quime res­semble et qui se re­trouve en pleine crise et en quête iden­ti­taire. Le ton est un mé­lange d’in­gré­dients fran­çais, qué­bé­cois et juifs. L’humour est très acide. »

À la fin de la tren­taine, David Fi­tous­si arom­pua­vec­se­sha­bi­tu­des­de­vie mont­réa­laises pour réa­li­ser ce pro­jet. Mal­gré la si­tua­tion po­li­tique, il ré­pète qu’Is­raël est un beau pays où il fait bon vivre quand tout est au calme. C’est dans ce contexte qu’il écrit quo­ti­dien­ne­ment, ca­res­sant ain­si un vieux rêve.

« Je me sou­haite d’écrire deux ou trois ro­mans. Tou­te­fois, je ne me fais pas­de­châ­teauxenEs­pagne. Je­sou­haite aus­si et, il en est ques­tion, qu’on me pu­blieen France etailleurs en Eu­rope. » La bar-mits­va de Sa­muel, David Fi­tous­si, éd. Mar­chand de feuilles.

PHOTO D’ARCHIVES

David Fi­tous­si, Mon­tréa­lais exi­lé en Is­raël, fait pa­raître un pre­mière fic­tion à sa­veur for­te­ment au­to­bio­gra­phique.

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