La com­plexi­té faite ro­man

Au­tant le dire tout de suite, Bayon, on aime ou on n’aime pas. Dans son cin­quième ro­man au­to­bio­gra­phique, Mez­za­nine, l’au­teur fait preuve de grandes prouesses lit­té­raires, ali­gnant, comme à son ha­bi­tude, les ré­fé­rences an­glo-saxonnes et les longues phrase

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE -

Jour­na­liste à Li­bé­ra­tion de­puis les an­nées 80, Bayon n’est pas un mau­vais au­teur, loin de là. Il s’est fait re­mar­quer avec plu­sieurs de ses ro­mans ( Les ani­mals, Le ly­céen) et son nou­veau ro­man Mez­za­nine était sur la liste des livres les plus at­ten­dus de la ren­trée 2009.

IN­DI­GES­TION

Bayon fait juste par­tie de ces gens qui ont des fans et des dé­trac­teurs. Cer­tains ad­mirent son style, et d’autres n’y pigent rien. Cer­tains ar­rivent à em­bar­quer dans sa prose ryth­mée et « rentre-de­dans » alors que d’autres aban­donnent après seule­ment quelques lignes. Ceux qui ont du mal à lire ses ar­ticles dans Li­bé­ra­tion frô­le­ront cer­tai­ne­ment l’in­di­ges­tion dès les pre­mières pages de ce ro­man.

Mez­za­nine s’adresse donc à un lec­to­rat dou­ble­ment aver­ti. D’ailleurs, l’éditeur (Gras­set) pré­vient le lec­teur en qua­trième de cou­ver­ture sur le conte­nu du livre. « En rai­son de cer­taines scènes pos­si­ble­ment cho­quantes, l’éditeur et l’au­teur dé­con­seillent Mez­za­nine aux mi­neurs de moins de 15 ans et aux lec­teurs très pu­diques. »

AMOUR ET SEXE

En ef­fet, Mez­za­nine n’a rien d’un ro­man d’amour à l’eau de rose. Il parle d’amour, certes, mais sur­tout de sexe, de trans­gres­sion, de fan­tasmes et de com­pul­sion.

Le hé­ros, un jeune homme qui pour­rait être Bayon, louait il y a 25 ans, dans le quar­tier Pi­galle, à Paris, un pe­tit stu­dio do­mi­né par une mez­za­nine. L’his­toire tourne donc au­tour de cette « pièce » où trône en maître des lieux un lit.

Un en­droit où l’homme ra­conte sans ta­bou ses aven­tures avec la gent fé­mi­nine. Les mots sont sou­vent crus et ima­gés. Comme cette scène avec une cer­taine Quit­te­rie qui ne vou­lait pas cou­cher (plus ima­gée que crue, j’en conviens, mais un choix plus as­tu­cieux pour un sa­me­di ma­tin!).

« Il m’ar­ri­va de flat­ter, outre les hanches et le plat ad­mi­ra­ble­ment ménagé du ventre si exer­cé puis des seins, eux aus­si confor­més à ra­vir, on l’a vu, de flat­ter l’ex­trême li­mite du sillon ar­rière, tel que ten­du à ma guise, à condi­tion que le ra­vis­se­ment en res­tât là, consub­stan­tiel en quelque sorte; pas d’union, nulle in­tru­sion. »

Mez­za­nine, et par ex­ten­sion l’oeuvre de Bayon, peut donc re­bu­ter plu­sieurs lec­teurs. Quand on doit re­lire cer­taines phrases une se­conde fois pour en sai­sir le sens et ou­vrir plu­sieurs fois notre dic­tion­naire, la lec­ture peut vite de­ve­nir pre­nante. Mez­za­nine, un ro­man es­souf­flant, en somme.

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