Tranche de­vie

Per­son­nage dont la po­pu­la­ri­té n’a ces­sé de gran­dir de­puis ses dé­buts, le Paul de Mi­chel Ra­ba­glia­ti fe­ra main­te­nant un tour à Qué­bec.

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND - Agence QMI

En­fin, à Saint-Ni­co­las plus exac­te­ment. C’est là que, comme d’ha­bi­tude chez Ra­ba­glia­ti, une simple vi­site, une tranche de vie, ré­vèle tout à coup un pan in­ex­plo­ré de la mé­moire af­fec­tive de ses per­son­nages.

Dans ce tome, Paul rend vi­site aux pa­rents de sa femme, Lu­cie, à l’oc­ca­sion de la Saint-Jean-Baptiste. Très vite, dans le cadre ba­nal d’un vil­lage de­ve­nu ban­lieue dor­toir, le per­son­nage du beau-père, Mon­sieur Beau­lieu, pren­dra une am­pleur dra­ma­tique sans pré­cé­dent.

« J’ai un ar­rière-plan de gros lec­teur de bandes des­si­nées, as­sure Mi­chel Ra­ba­glia­ti. À 10 ou 11 ans, sur la table du sa­lon, je co­piais les As­té­rix, Tin­tin, etc. Quand il y avait des tra­vaux de re­cherche à l’école, ça m’en­nuyait tel­le­ment que je fai­sais tou­jours ma re­cherche sous forme de bandes des­si­nées. Je co­piais Fran­quin, As­té­rix… Une ou deux fois par an­née, ça me po­gnait. J’es­sayais d’en faire une. Mais après la pre­mière page, je lais­sais tom­ber. Quand tu es jeune, tu n’as pas as­sez de ba­gage et d’ex­pé­rience pour ça. À part pla­gier tes ar­tistes pré­fé­rés ou faire des pseu­do-blagues de Gas­ton La­gaffe, qu’estce que tu peux faire? »

20 ANS PLUS TARD...

«Ça a été comme ça jus­qu’à 18 ans, pour­suit-il, pé­riode où je me suis orien­té vers le graphisme. Je n’ai plus tou­ché à la bande des­si­née jus­qu’à 38 ans. Ça m’a re­pris quand j’ai vu de nou­velles bandes des­si­nées in­té­res­santes ar­ri­ver dans les rayons des li­brai­ries. Il y a eu une nou­velle gang qui est ar­ri­vée dans le do­maine de la bande des­si­née. Des jeunes qui fai­saient de la bé­dé plus in­ti­miste, plus per­son­nelle. En noir et blanc. Des gens comme Ches­ter Brown. Moi, je n’invente rien. J’ai em­bar­qué dans le train quand il est pas­sé. J’ai créé un per­son­nage à par­tir de moi et j’ai fait mon pre­mier al­bum, Paul à la cam­pagne. »

Le reste a sui­vi na­tu­rel­le­ment son cours. Mi­chel Ra­ba­glia­ti a ren­con­tré Mar­tin Brault et Fré­dé­ric Gau­thier, des Édi­tions La Pastèque, au lan­ce­ment de leur re­vue Spout­nik. Il leur a pro­po­sé de ve­nir à son ate­lier pour voir ce qu’il fai­sait. Ils ont ado­ré. C’est ain­si que Paul est né, il y a bien­tôt 10 ans.

« J’ai eu de bons ré­sul­tats, dit-il. Je ne suis pas quel­qu’un qui bûche pen­dant 25 ans sur quelque chose, même si le monde me dit que c’est pour­ri. J’ai eu des com­pli­ments, des tapes dans le dos, des prix… Je suis content de faire un tra­vail qui se re­trouve main­te­nant dans les rayons des bi­blio­thèques mu­ni­ci­pales, par exemple. »

À POR­TÉE DE MAIN

Dans Paul à Qué­bec, Mi­chel Ra­ba­glia­ti aborde un su­jet en­core plus dé­li­cat, ce­lui de la mort de son beau-père. Comme d’ha­bi­tude, il puise au­tour de lui la ma­tière de ses his­toires.

« L’his­toire de Paul à Qué­bec est plus sombre. Donc, ça porte moins bien à faire des blagues. Ça parle de la mort de quel­qu’un, alors il faut que ça reste as­sez sobre. Le cô­té poé­tique m’im­porte plus que le cô­té spec­ta­cu­laire. Ame­ner l’émo­tion tran­quille­ment. Dans Paul à Qué­bec, il y a beau­coup de cases si­len­cieuses qui servent l’émo­tion. On at­tend qu’il se passe quelque chose. J’aime bien lais­ser le temps s’écou­ler. C’est dif­fi­cile, dans la bande des­si­née, de ra­len­tir le rythme. Le seul moyen, c’est de ré­pé­ter les cases si­len­cieuses. Ça m’aide à im­po­ser ce temps de ré­flexion.» Mi­chel Ra­ba­glia­ti, Paul à Qué­bec, La Pastèque, 187 pages.

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