Une his­toire de nom (suite et fin)

Vi­ve­ment, je vous re­mets dans le contexte. Vous sa­vez cette his­toire du Châ­teau de Val­combe, un vin qui, sans que l’on crie gare, a été sou­dai­ne­ment rem­pla­cé par La Ré­serve de Val­combe sur les ta­blettes de la SAQ?

Le Journal de Quebec - Weekend - - SAVEURS - Claude Langlois

Le Châ­teau de Val­combe, un au­then­tique châ­teau dans les Cos­tières de Nîmes, ven­dait du vin de­puis 25 ans à la SAQ par l’en­tre­mise d’un four­nis­seur. Ce four­nis­seur dé­cide su­bi­te­ment de chan­ger le nom du pro­duit en Ré­serve de Val­combe; du coup, il change aus­si le conte­nu puisque le vin ne pro­vient plus du Châ­teau de Val­combe, mais d’autres pro­duc­teurs en Cos­tières de Nîmes.

Voi­là donc un vin fort dif­fé­rent, un nou­veau pro­duit en somme; mais pas pour la SAQ, qui ne consi­dère pas qu’il y a eu là sub­sti­tu­tion de pro­duit.

Aus­si ac­cepte-t-elle que ce nou­veau pro­duit garde le même code que le pro­duit qu’il rem­place.

Comme jour­na­liste, je fré­quente la SAQ de­puis 23 ans. De­puis as­sez long­temps, en fait pour sa­voir jus­qu’à quel point c’est com­pli­qué de faire af­faire avec la SAQ, à plus forte rai­son pour ins­tal­ler un pro­duit sur notre mar­ché. Tout le monde dans l’in­dus­trie vous le di­ra.

Tel­le­ment que plu­sieurs pro­duc­teurs re­fusent car­ré­ment de trai­ter avec elle. J’en ai ren­con­tré en­core ré­cem­ment quelques-uns dans la val­lée du Rhône, et des meilleurs en plus.

Et voi­là que, tout à coup, tout de­vient d’une dé­con­cer­tante fa­ci­li­té pour un four­nis­seur qui dé­sire in­tro­duire un nou­veau pro­duit.

Car un chan­ge­ment de pro­duit est quelque chose de com­pli­qué. Il y a toute une pro­cé­dure à suivre et des règles à res­pec­ter.

Je vous épargne les dé­tails, l’es­pace nous man­que­rait. Dom­mage, car, d’une cer­taine fa­çon, ils vous per­met­traient de mieux sai­sir le cô­té tor­du de toute l’af­faire.

RÈ­GLE­MENTS

Mais, dans ce cas-ci, et j’en sais quelque chose, car ça fait plu­sieurs jours que j’échange par cour­riel avec la SAQ, cette der­nière dé­ploie tout un at­ti­rail d’ar­gu­ments ré­gle­men­taires pour jus­ti­fier une dé­ci­sion qui est, c’est le moins que l’on puisse dire, contes­table.

On a pour­tant af­faire ici à une his­toire simple: un pro­duit a été rem­pla­cé par un autre. Pour­quoi ne pas le re­con­naître?

Un des élé­ments de ré­ponse à cette ques­tion est le sui­vant: si la SAQ avait re­con­nu qu’il s’agis­sait là d’un nou­veau pro­duit, il est peu pro­ba- ble que ce pro­duit au­rait pu se trou­ver aus­si ra­pi­de­ment sur le mar­ché, en re­gard même des propres règles com­mer­ciales du mo­no­pole.

En ac­cep­tant que ce nou­veau pro­duit fasse ré­fé­rence au pro­duit qu’il rem­place en uti­li­sant le nom de Val­combe, en gar­dant de sur­croît le même nu­mé­ro de code, la SAQ nous donne l’im­pres­sion de cau­tion­ner le fait que le four­nis­seur pro­fite de la no­to­rié­té que s’est créée le Châ­teau de Val­combe pen­dant 25 ans pour vendre un vin qui n’a rien à avoir avec ce der­nier.

La SAQ a beau, pour ex­pli­quer sa dé­ci­sion, se dra­per dans le lé­ga­lisme et tordre les faits dans sa grille ré­gle­men­taire, la­quelle grille, en pas­sant, semble ca­pable de jus­ti­fier une chose et son contraire, il n’en de­meure pas moins que dans ce cas-ci, plu­tôt que de voir aux in­té­rêts des con­som­ma­teurs, on a l’im­pres­sion qu’elle a pré­fé­ré voir aux in­té­rêts d’un four­nis­seur.

La SAQ n’est pas une en­tre­prise or­di­naire, faut-il le rap­pe­ler. C’est un mo­no­pole d’État, un mo­no­pole dont le moins que l’on puisse es­pé­rer comme consom­ma­teur, c’est qu’il ne se porte pas ga­rant d’une ma­noeuvre com­mer­ciale qui tente de nous faire pas­ser un pro­duit pour un autre.

La SAQ, quant à moi, est loin de sor­tir gran­die de cette his­toire. Sa dé­fense sur le plan de la lé­ga­li­té est sans doute in­at­ta­quable.

Mais, pour le consom­ma­teur que je suis, il n’y a pas ap­pa­rence de jus­tice dans cette af­faire, ni pour ce Châ­teau qu’on a ex­pul­sé du mar­ché mal­gré des ventes qui at­tei­gnaient leur quo­ta et dont on a pris la place en uti­li­sant le nom en plus, ce qui pou­vait lais­ser croire faus­se­ment qu’il y avait un quel­conque lien entre les deux, ni pour le consom­ma­teur que je suis qui a la désa­gréable im­pres­sion qu’on a es­sayé de lui en pas­ser une vite.

Per­son­nel­le­ment, je trouve ce­la hon­teux. On est certes en droit de s’at­tendre à plus de hau­teur de la part d’un mo­no­pole d’État cen­sé veiller (aus­si) à nos in­té­rêts.

Mince conso­la­tion pour le Châ­teau de Val­combe : quand ce der­nier a été su­bi­te­ment re­ti­ré du mar­ché, il at­tei­gnait lar­ge­ment plus que son quo­ta de vente, comme je le di­sais (3 225 caisses par an­née alors que le quo­ta était de 2 828 caisses).

La Ré­serve de Val­combe qui l’a rem­pla­cé risque quant à elle d’être re­ti­rée du mar­ché si les ventes ne s’amé­liorent pas (339 caisses au cours des quatre der­niers mois).

Beau gâ­chis? C’est vous qui le dites.

RE­COM­MAN­DA­TIONS

Co­lom­belle 2008, Vin de pays des Côtes de Gascogne, Pro­duc­teurs Plai­mont (13,05 $) : il est fait de co­lom­bard, d’ugni blanc et de lis­tan (le nom fran­çais du pa­lo­mi­no), mais ce sont des arômes d’agrumes, plus près du sauvignon, qui nous viennent au nez. Un bon pe­tit blanc pas com­pli­qué, frais et lé­ger. The Stump Jump 2006, Gre­nache, Shi­raz, Mour­vèdre, McLarne Vale, D’Aren­berg (14,70 $) : gé­né­reux à l’aus­tra­lienne, un brin ca­pi­teux aus­si, mais le vin a de la vi­va­ci­té, il est sa­vou­reux et fa­cile à boire. Mon­deuse « La Sauvage » 2007, Vin de Sa­voie, Do­maine Pas­cal et Annick Qué­nard (23 $) : j’ai eu un vé­ri­table coup de coeur pour ce vin de Sa­voie fait avec un cé­page, la mon­deuse, que l’on connaît peu ici. Odeurs pé­né­trantes de pe­tits fruits comme la fraise que l’on fait cuire (je n’ai pas dit « fraise confi­tu­rée »), bouche nette et des­si­née avec pré­ci­sion, le vin oc­cupe un bon vo­lume et ses sa­veurs ne sont pas sans rap­pe­ler celles du ga­may, mais au­quel on au­rait ajou­té un peu de poivre. Par­fai­te­ment ori­gi­nal et dé­li­cieux; j’ai com­men­cé par lui don­ner deux étoiles et de­mie, mais, conquis, je lui en ai don­né trois au fi­nal. Clos Saint-Mi­chel 2006, Châ­teau­neuf­du-Pape (31,50 $) : rond et plein, gour­mand et frais mal­gré ses 14,5 de­grés. On se ré­gale, vrai­ment. On n’est pas loin du quatre étoiles. Uni­que­ment aux bou­tiques Si­gna­ture, les­quelles, je le rap­pelle, font la li­vrai­son par­tout au Qué­bec, même pour une seule bou­teille.

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