À la croi­sée des CHE­MINS

CANNES | À 62 ans, le fes­ti­val de Cannes se trouve dans une si­tua­tion cri­tique, à la croi­sée des che­mins.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Bruce Kirk­land Sun Me­dia

Cher­chant à de­meu­rer per­ti­nent et à pré­ser­ver sa ré­pu­ta­tion de fes­ti­val de films le plus pres­ti­gieux et le plus in­fluent du monde, Cannes es­saie d’être tout à la fois d’avant-garde et conven­tion­nel.

La pro­gram­ma­tion of­fi­cielle est donc mal équi­li­brée, cette an­née, entre des met­teurs en scène très re­nom­més. Ils pré­sentent des films très fa­meux qui re­cèlent un vedettariat po­ten­tiel étant à même d’étour­dir les mé­dias du monde en­tier, Amé­rique du Nord in­cluse. Les af­faires sont dures ici, sur la Côte d’Azur. Les té­nors des co­mi­tés de sé­lec­tion es­saient de re­te­nir as­sez de met­teurs en scène émer­gents et de nou­veaux ta­lents que Cannes ne consi­dè­re­ra pas trop conven­tion­nels, tra­di­tion­nels et en­nuyeux pour le jeune pu­blic. Cer­tains de ces ar­tistes se trouvent tou­te­fois dans la sé­lec­tion Un Cer­tain Re­gard, en pa­ral­lèle de la com­pé­ti­tion of­fi­cielle.

Et il y en a même plus dans la Quin­zaine des Réa­li­sa­teurs, ce fes­ti­val dans le fes­ti­val qui donne à Cannes une voix in­dé­pen­dante de­puis 1969. La Quin­zaine des Réa­li­sa­teurs a été mise en place pour apai­ser les pro­tes­ta­taires qui ont en­traî­né la fer­me­ture du fes­ti­val de Cannes en 1968, au coeur des sou­lè­ve­ments étu­diants à tra­vers le monde. La pi­lule a été dure à ava­ler pour les of­fi­ciels de Cannes, sa­chant qu’ils ont d’abord pré­sen­té le fes­ti­val fran­çais, à son lan­ce­ment, comme une ré­ac­tion à la ma­nière qu’avaient les fas­cistes ita­liens de contrô­ler le fes­ti­val du film de Ve­nise, avant la Se­conde guerre mon­diale.

POIDS LOURDS

La plu­part des poids lourds de 2009 ri­va­lisent pour la Palme d’Or du meilleur film en com­pé­ti­tion of­fi­cielle. Par­mi les met­teurs en scène ré­pu­tés qui re­viennent à Cannes avec leur der­nier film, fi­gurent Pe­dro Al­mo­do­var ( Les Etreintes bri­sées, Los Abro­zos ro­tos), Jacques Au­diard ( Un Pro­phète), Mar­co Bel­loc­chio ( Vin­cere), Jane Cam­pion ( Bright Star), Isa­bel Coixet ( Map of the Sounds of To­kyo), Mi­chael Ha­neke ( Le Ru­ban blanc, Das weisse band), Ang Lee ( Ta­king Wood­stock), Ken Loach ( Loo­king for Eric), Gas­par Noé ( Sou­dain le Vide), Park Chan-Wook ( Thirst, Bak-jwi), Alain Res­nais ( Les Herbes folles), Elia Su­lei­man ( The Time that Re­mains), Quen­tin Ta­ran­ti­no ( In­glou­rious Bas­terds) et Lars Von Trier ( An­ti- ch­rist).

Cer­tains d’entre eux ont dé­jà rem­por­té la Palme d’Or, comme Jane Cam­pion pour La Le­çon de pia­no en 1993, Quen­tin Ta­ran­ti­no pour Pulp Fic­tion en 1994, Lars Von Trier pour Dan­cer in the Dark en 2000 et Ken Loach pour Le Vent se Lève en 2006.

Alain Res­nais, le plus vé­né­ré des 20 réa­li­sa­teurs en com­pé­ti­tion cette an­née, n’a ja­mais ga­gné. Il y a exac­te­ment 50 ans, son chef-d’oeuvre Hi­ro­shi­ma mon amour était en com­pé­ti­tion et il a per­du. En 1980, Mon oncle d’Amé­rique, de Res­nais, a ga­gné le Grand Prix du Ju­ry à l’una­ni­mi­té. Mais tou­jours pas de Palme d’Or. Alain Res­nais au­ra 87 ans en juin.

LA QUIN­ZAINE

La pro­gram­ma­tion de la Quin­zaine des Réa­li­sa­teurs pour­rait être le théâtre des bou­le­ver­se­ments les plus in­té­res­sants cette an­née. En course, I Love You Phil­lip Mor­ris, une co­mé­die sen­ti­men­tale de Glenn Fi­car­ra et John Re­qua. Jim Car­rey y joue un gay ex­tra­va­gant qui est amou­reux fou de son co­dé­te­nu in­ter­pré­té par Ewan McG­re­gor. Pour res­ter avec ce­lui-ci, il ne re­cu­le­ra de­vant rien , éva­sion et fraude com­prises. A ce qu’il pa­raît, les scènes osées entre gays ont fait fuir les grands dis­tri­bu­teurs amé­ri­cains qui ont vu I Love You Phil­lip Mor­ris au fes­ti­val du film de Sun­dance. Le film se­ra donc pro­je­té à Cannes avec une éti­quette « À Vendre ».

Presque aus­si in­té­res­sante est la des­ti­née de Te­tro, de Fran­cis Ford Cop­po­la, une co­pro­duc­tion ris­quée de l’Ar­gen­tine, l’Es­pagne et l’Ita­lie. Avec Vincent Gal­lo en ve­dette dans la grande tente, ce se­ra le film d’ou­ver­ture of­fi­cielle de la Quin­zaine des Réa­li­sa­teurs.

Par contraste, un film d’ani­ma­tion pro­duit par Dis­ney-Pixar se­ra pro­je­té en grande ou­ver­ture du fes­ti­val. Là-Haut, de Pete Doc­ter, est l’his­toire sau­gre­nue d’un vieil Amé­ri­cain qui at­tache des bal­lons à sa chaise, fai­sant en sorte de s’éle­ver de son jar­din et de s’en al­ler en pleine na­ture, en Amé­rique du Sud. Hors com­pé­ti­tion, ce qui est ty­pique du film d’ou­ver­ture.

Le film de clô­ture est Co­co Cha­nel et Igor Stra­vins­ky de Jan Kou­nen. En haut de l’af­fiche de cette his­toire d’amour, l’ac­trice fran­çaise An­na Mou­glais tient le rôle de la jeune Co­co et la ve­dette da­noise (et an­cien mé­chant face à James Bond), Mads Mik­kel­sen, ce­lui du com­po­si­teur russe. Ce film n’est pas non plus en com­pé­ti­tion et se­ra dé­bo­bi­né après la re­mise des prix, dans la nuit du 24 mai.

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