La vie au QUO­TI­DIEN

Le drame Le jour avant­le­len­de­mai­nest­le­troi­sième d’une sé­rie de films à pro­pos de la vie tra­di­tion­nelle et de­la­my­tho­lo­gie­des­ter­res­ca­na­dien­nesde l’Arc­tique.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Bruce Kirk­land Sun Me­dia

Le­jou­ra­vant­le­len­de­main

Conçus par la co­opé­ra­tive Isu­ma si­tuée à Igloo­lik, au Nu­na­vut, de concert avec des col­lègues du Qué­bec, ces films ont été tour­nés en in­uk­ti­tut. Ils ra­content des his­toires qui sont des ré­in­ter­pré­ta­tions de vieilles, voire an­ciennes sa­gas qui ont été trans­mises de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion grâce à la tra­di­tion orale inuit. L’ex­pres­sion d’une culture, ce sont des films non cen­su­rés.

Un clas­sique canadien, le pre­mier de cette tri­lo­gie était Ata­nar­juat: l’homme ra­pide, un film de Za­cha­rias Ku­nuk. On y trai­tait d’une his­toire de re­vanche com­plexe qui se dé­rou­lait avant l’ar­ri­vée des Eu­ro­péens dans le Grand Nord canadien.

Le deuxième de cette sé­rie, Le jour­nal de Knud Ras­mus­sen si­gné Ku­nuk, por­tait sur des in­cur­sions eu­ro­péennes. Il s’agis­sait d’un film hon­nête, mais mal­adroit et peu sa­tis­fai­sant.

Et le troi­sième, connu sous le nom de Le jour avant le len­de­main, est un film de qua­li­té, ce qui au­gure bien pour Exile,

Film de Ma­de­line Iva­lu et Marie-Hé­lène Cou­si­neau : met­tant en ve­dette Ma­de­line Iva­lu, Paul Dy­lan-Iva­lu, Ma­ry Qu­li­ta­lik

et Pe­ter-Hen­ry Ar­nat­siaq. Main­te­nant à l’af­fiche.

un film ac­tuel­le­ment en pro­duc­tion.

Tout comme les autres, Le jour avant le len­de­main montre comment le stu­dio de pro­duc­tion Isu­ma ar­rive à créer de l’art avec sub­stance et style. Ce nou­veau film a été réa­li­sé par MM. Ku­nuk et Nor­man Cohn, deux des co­fon­da­teurs d’Isu­ma. M. Cohn était pro­duc­teur des deux films de Ku­nuk. Il a aus­si col­la­bo­ré à la pho­to­gra­phie et au mon­tage du long mé­trage Le jour avant le len­de­main.

Le troi­sième film a été co­réa­li­sé par Ma­de­line Iva­lu, du Nu­na­vut, et la Qué­bé­coise Marie-Hé­lène Cou­si­neau. À trois avec Su­san Avin­gaq, elles ont ré­di­gé le scé­na­rio ins­pi­ré du ro­man de Jorn Riel. Mme Avin­gaq est éga­le­ment la pro­duc­trice de la concep­tion. Pour sa part, Mme Iva­lu in­ter­prète le rôle de l’un des prin­ci­paux per­son­nages. On di­rait que ça prend tout un vil­lage pour éle­ver un en­fant et faire un film, sur­tout dans le Grand Nord.

HIS­TOIRE SIMPLE

L’his­toire est faus­se­ment simple. Un beau jour d’été, le chas­seur Apak (Pe­ter-Hen­ry Ar­nat­siaq) amène trois per­sonnes avec lui sur une île loin­taine où ils en­tre­po­se­ront des den­rées d’hi­ver pour leur vil­lage. La grand-mère (Ma­de­line Iva­lu) y est avec son pe­tit-fils (Paul Dy­lan-Iva­lu) et une femme frêle plus âgée (Ma­ry Qu­li­ta­lik) qui ne sur­vi­vra peut-être pas. Les trois vaquent à leurs oc­cu­pa­tions quo­ti­diennes en at­ten­dant le re­tour d’Apak. Lorsque le ba­teau de ce­lui-ci ne re­vient pas, il faut faire quelque chose pour trou­ver ce qui s’est pas­sé au vil­lage.

Le jour avant le len­de­main fait le ré­cit des tâches quo­ti­diennes des Inuits qui sont aus­si an­ciennes que le peuple inuit lui-même. Les Inuit se sont dé­pla­cés de l’Alas­ka au Grand Nord canadien il y a plus de 12000 ans. Le film ex­pose les liens des gens à la terre qui les nour­rit, mais qui pour­rait aus­si les tuer. On ob­serve les in­ter­ac­tions entre les gens pour sur­vivre et se nour­rir d’amour fa­mi­lial.

Cette exis­tence dure et fon­da­men­tale fa­çonne les in­di­vi­dus et leur com­mu­nau­té. Le film s’y prend avec élé­gance pour illus­trer les dures réa­li­tés sans tom­ber dans le sen­ti­men­tal.

Le film est beau à voir. La toun­dra de l’Arc­tique est un spec­tacle mer­veilleux, par­ti­cu­liè­re­ment en plein été. Les ac­teurs jouent bien leurs rôles. Un na­tu­ra­lisme qui se rap­proche du do­cu­men­taire s’en dé­gage.

Cer­tains trou­ve­ront qu’il y a des lon­gueurs et que ce film est même en­nuyant, bien qu’il ne dure que 93 mi­nutes. C’est peut-être une af­faire de culture. Le rythme du Jour avant le len­de­main est lent, mais c’est le re­flet du quo­ti­dien lors­qu’on vit de la terre dans le Grand Nord.

Sur­tout, ne vous at­ten­dez-pas au rythme d’un film d’ac­tion de Hol­ly­wood. Ce se­rait une vio­la­tion ab­surde du style de vie inuit.

PHOTO COUR­TOI­SIE

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