« Je­suis un écri­vain po­pu­laire »

Che­veux courts, yeux trop bleus, chan­dail noué sur les épaules, Guillaume Mus­so est le genre de mec que belle-ma­man vou­drait pour gendre. Ou à qui les gars de la ruelle vou­draient cas­ser la gueule : trop par­fait, trop smatte. Ses ro­mans se vendent comme d

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Be­noît Au­bin

La cri­tique lit­té­raire fran­çaise peut être mé­chante. Dans un pays où être un in­tel­lec­tuel est (un peu comme hu­mo­riste au Qué­bec) une pro­fes­sion bien vue, elle cache mal son aga­ce­ment de­vant un pro­fes­seur sans pré­ten­tion qui pond un ro­man par an­née et qui en a ven­du cinq mil­lions d’exem­plaires en cinq ans.

Elle ne va pas lui cra­cher au vi­sage, comme on l’a fait pour Si­me­non à une autre époque, parce que, quand même, dans un monde où le ti­rage des jour­naux et des ma­ga­zines est en chute libre, vendre des livres par mil­lions, ce n’est pas peu. Alors, res­pect.

Mais la cri­tique fran­çaise trouve cette po­pu­la­ri­té quand même un peu sus­pecte et soup­çonne Mus­so à de­mi-mots d’ex­ploi­ter une for­mule.

Dans Le Point, Ju­lie Ma­laure a cette phrase : « La fa­meuse "re­cette du suc­cès" de Mus­so ne se­rait donc pas une im­pres­sion de dé­jà-vu sys­té­ma­tique dans ses livres, ni des per­son­nages ca­ri­ca­tu­raux dans une trame cou­sue de fil blanc, mais "la proxi­mi­té". C’est ce qu’il dé­fend, en tout cas... »

C’ est vrai que, par­fois, en li­sant Mus­so, on a l’im­pres­sion d’être dans Paris Match, avec cette fa­çon de dé­crire les lieux, les gens et la vie avec juste le bon mé­lange d’in­trigue et de sen­ti­ments, de réa­lisme et d’en­vo­lées ly­riques. Et ses des­crip­tions de la Ca­li­for­nie sont tel­le­ment... fran­çaises!

J’avais Mus­so au bout du fil, alors je lui ai de­man­dé c’était quoi son truc. « Il n’y en a pas! dit-il de Paris. J’écris avec mes tripes des his­toires que j’ai­me­rais lire moi-même, c’est tout. Ma re­la­tion avec les lec­teurs est comme une re­la­tion amou­reuse. Inu­tile de ten­ter d’ex­pli­quer, l’amour est un phé­no­mène ir­ra­tion­nel. »

Quand même : si tant de gens achètent ses livres, c’est qu’ils ré­pondent à un be­soin. Le­quel? « Je ne pro­cède pas ain­si. Je ne me mets pas au tra­vail en di­sant que je vais écrire des pages qui in­té­res­se­ront des mil­lions de gens. »

Alors? « Je suis un écri­vain po­pu­laire, au sens noble du terme. D’abord, di­ver­tir, tout en éle­vant. »

IN­TRIGUES SE­CON­DAIRES

Les in­trigues (amou­reuses ou po­li­cières) qui portent les ré­cits de Mus­so sont se­con­daires, à son avis. Elles ne sont que le vé­hi­cule qui « porte des thèmes plus pro­fonds : le deuil, l’ab­sence d’amour, la pas­sion qui dé­truit, la vie après la mort, des thèmes sé­rieux, mais que j’aborde de ma­nière di­ver­tis­sante. »

En deux mots comme en mille : des livres qui in­té­ressent d’abord les filles et leurs mères. Des ro­mans qui ex­plorent l’uni­vers té­né­breux des sen­ti­ments, des re­la­tions, des écueils qui les guettent. Et qui n’hé­sitent pas, dans leur quête d’ex­pli­ca­tions à la vie, à al­ler faire des tours du cô­té de l’éso­té­risme ou de la my­tho­lo­gie.

« Aux séances de dé­di­caces, 90 % des gens qui se pré­sentent sont des femmes, dit Mus­so. Sou­vent, les hommes qui me lisent disent te­nir le livre de leur pe­tite amie. »

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.