Le merlebleu de l’Est

Quel bon­heur! Le congrès an­nuel dans ma sphère d’ac­ti­vi­té se tient dans la ville de Phi­la­del­phie, cette im­por­tante ville amé­ri­caine qui a été la ca­pi­tale des ÉtatsU­nis avant que Wa­shing­ton ne le de­vienne.

Le Journal de Quebec - Weekend - - TOURISME - Jean Lé­veillé Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Cette ville près de la­quelle l’un des plus cé­lèbres si­non le plus connu des or­ni­tho­logues du Nou­veau Monde, Jean-Jacques Au­du­bon, a ha­bi­té. Né en Haïti, ce grand peintre des oi­seaux a connu un des­tin si par­ti­cu­lier que je me fe­rai un plai­sir d’y re­ve­nir.

DI­REC­TEUR AT­TEN­TION­NÉ

Mais à Phi­la­del­phie, ce qui m’at­tire le plus, c’est ce vaste do­maine des Au­du­bon que la so­cié­té du même nom a trans­for­mé en ré­serve na­tu­relle. Nous sommes au dé­but de juin, cette dé­li­cieuse pé­riode fleurie qui pré­cède le grand congé de l’été. En réa­li­té, De­nise et moi se­rons les seuls vi­si­teurs en cette heure ma­ti­nale. Nous fran­chis­sons avec émo­tion le seuil de la mai­son his­to­rique de Mill Grove de­ve­nue un mu­sée. Après de brèves for­ma­li­tés, le di­rec­teur en per­sonne nous in­vite à contem­pler les oeuvres du grand maître. Avec pré­cau­tions et cé­ré­mo­nie, il en­file ses gants blancs avant de tour­ner une à une ces pages où dé­filent les ex­cep­tion­nelles aqua­relles des « oi­seaux d’Amé­rique ».

À la sor­tie, nous nous at­tar­dons dans les jar­dins où de nom­breux ni­choirs ac­cueillent une faune ai­lée va­riée.

Je suis par­ti­cu­liè­re­ment at­ti­ré par un pe­tit re­fuge tri­an­gu­laire ju­ché sur un po­teau où s’ac­tive un couple de merlebleu de l’Est. Leurs al­lées et ve­nues sont in­ces­santes, car des ar­ri­vages ré­cents de che­nilles, d’in­sectes et de pe­tits fruits suc­cu­lents aident les pa­rents à cal­mer tem­po­rai­re­ment les cinq à six pe­tits af­fa­més. Dans le nid d’à cô­té, des hi­ron­delles, car ce sont les seuls voi­sins que le merlebleu de l’Est to­lère, pa­raissent aus­si dé­bor­dées.

Sous les chauds rayons du so­leil, le beau bleu des par­ties su­pé­rieures, les teintes noisette de la gorge, des cô­tés du cou, de la poi­trine et des flancs tranchent avec l’ab­do­men blanc du mâle. Sa com­pagne, un peu moins exu­bé­rante, af­fiche un peu plus de gris. Mais ce n’est pas tout, car ce grand ama­teur de che­nilles et d’in­sectes en bouffe tel­le­ment qu’il per­met de ré­duire consi­dé­ra­ble­ment l’uti­li­sa­tion de pes­ti­cides.

LES RE­MAR­QUABLES SAU­VE­TEURS DU MERLEBLEU

Les pes­ti­cides ont bien failli le faire dis­pa­raître à ja­mais sous les as­sauts des es­pèces d’oi­seaux in­tro­duites en Amé­rique et des in­sec­ti­cides. Le bel oi­seau bleu, comme on l’ap­pe­lait il y a une cin­quan­taine d’an­nées au Qué­bec, y était très abon­dant.

Il doit sa sur­vie à ces ad­mi­ra­teurs pour qui la na­ture doit consti­tuer un pré­cieux hé­ri­tage à pré­ser­ver pour les gé­né­ra­tions fu­tures. Dans les an­nées 70, des clubs amé­ri­cains, puis au dé­but des an­nées 80 au Qué­bec, des in­di­vi­dus et des groupes ont ins­tal­lé des ni­choirs qui ont fa­vo­ri­sé sa re­pro­duc­tion. Le merlebleu de l’Est à nou­veau est de re­tour. Plu­sieurs ont des sites Web ma­gni­fiques et il faut rendre hom­mage à ces pas­sion­nés pour cette in­es­ti­mable réus­site.

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