Uné­téà­ro­sés

Loin de moi l’idée de dis­cu­ter du sexe des anges, mais les ro­sés ont beau être fa­ciles, ra­fraî­chis­sants et plai­sants (du moins c’est comme ça qu’on se les sou­haite), je ne peux m’em­pê­cher de les dis­tin­guer en trois grandes ca­té­go­ries.

Le Journal de Quebec - Weekend - - SAVEURS -

Des ca­té­go­ries qui sont, bien sûr, toutes per­son­nelles,mais­qui­me­sem­blent­quand­même cor­res­pondre à trois dif­fé­rents types de be­soins.

Il y a d’abord ce que j’ap­pel­le­rais les ro­sés de soif, les ro­sés de pis­cines, ceux que l’on s’en­file der­rière la cra­vate par temps de grande cha­leur sans autre forme de pro­cès; on sou­haite sur­tout qu’ils coulent de source, qu’ils se laissent boire sans qu’on se pose de ques­tions et qu’ils étanchent avec un brin de cou­leur et d’ori­gi­na­li­té, tout de même, notre soif de l’été.

Ces ro­sés-là, on les boit vo­lon­tiers éga­le­ment les soirs de par­tys, quand il y a long­temps que le vo­let dé­gus­ta­tion a fait place au vo­let sé­duc­tion.

Puis il y a les ro­sés d’apé­ro: eux aus­si, bien sûr, on les sou­haite frais et gou­leyants, mais on en exige aus­si da­van­tage; un peu plus de dis­tinc­tion, peut-être, un peu plus de te­nue et de style aus­si, des qua­li­tés que l’on au­ra jus­te­ment le temps d’ap­pré­cier sur la ter­rasse, en les dé­gus­tant et en les bu­vant à pe­tites gor­gées, en re­laxant.

Puis il y a les ro­sés que l’on sou­haite faire pas­ser à table; on s’at­tend à ce qu’ils aient plus de ma­tière, plus de coffre, plus de struc­ture, tout en res­tant, en­core une fois, di­gestes.

Je vous en pro­pose une bonne dou­zaine cette se­maine, mais j’y re­vien­drai.

Cette an­née, si on tient compte des pro­duits de spé­cia­li­tés et ceux qui se­ront pro­po­sés bien­tôt dans la sec­tion « nou­vel ar­ri­vage » du ma­ga­zine Cel­lier, mais aus­si des ro­sés dits cou­rants, c’est-à-dire ceux que l’on trouve en tout temps à la SAQ, il y a une offre de 65 ro­sés. Il faut sa­voir que les Qué­bé­cois en boivent de plus en plus. Les ventes ont aug­men­té de 65 %, en va­leur de 2005, jus­qu’à main­te­nant, pas­sant de 41 à 65 mil­lions$. Rien que l’an der­nier, il s’en est ven­du 472000 caisses, soit une hausse de 11,3 % en va­leurs, et de 9,5 % en vo­lume, par rap­port à l’an­née pré­cé­dente.

C’est de la caisse, ça, mon­sieur. Voi­ci donc de ce lot une pre­mière sé­lec­tion de douze ro­sés, tous des pro­duits cou­rants.

RO­SÉS DE SOIF ET DE PIS­CINE

Lis­tel-Gris Grain de Gris, Vin de Pays des Sables du Golfe du Lion (10,80 $) : non mil­lé­si­mé, c’est en quelque sorte le pro­to­type du pe­tit ro­sé pas com­pli­qué, fa­cile à boire, mais qui a quand même une cer­taine per­son­na­li­té. Frui­té Ca­ta­lan Ro­sé, Côtes du Rous­sillon (13,75 $): non mil­lé­si­mé lui non plus, on l’aime comme il est, simple mais franc. La­mu­ra 2008, Si­ci­lia IGT, Ca­sa Gi­rel­li (12,25 $) : agréables notes de pe­tits fruits rouges, il a de la ron­deur mais aus­si du to­nus. Pro­prie­tor’s Selection 2008, Jack­sonT­riggs, On­ta­rio (9,95 $) : on est dans le dé­but de gamme, certes, et peut-être qu’on lui sou­hai­te­rait un peu plus de vi­gueur; mais à ce prix, compte te­nu de son frui­té et du plai­sir simple mais vé­ri­table qu’on a à le boire, il mé­rite d’être es­sayé.

RO­SÉS D’APÉ­RO

La Tour Grand Mou­lin 2008, Cor­bières (13,85 $) : sub­tiles notes flo­rales, presque mus­ca­tées et, di­rait-on, no­tions de fleur d’oran­ger; fran­che­ment bon et ori­gi­nal. Un de mes pré­fé­rés. Do­maine de Gour­nier 2008, Vin de Pays des Cé­vennes (11,60 $) : de belles notes de pe­tits fruits rouges au nez et en bouche; souple, dé­li­cieux, de la per­son­na­li­té, peut-être le meilleur rap­port qua­li­té-prix du lot. Col de l’Orb 2008, Saint-Chi­nian Ro­sé (13,50$): gé­né­reux de sa per­sonne, une cer­taine am­pli­tude, un bon ro­sé de com­pa­gnie. Ma­jo­li­ca Ce­ra­suo­lo 2008, Mon­te­pul­cia­no d’Abruz­zo (14,55 $) : note de cuir au nez et dans les sa­veurs, per­son­na­li­té ori­gi­nale; ça sent et goûte l’Ita­lie. Bor­sao Ro­sa­do Se­lec­cion 2007, Cam­po de Bor­ja (11,70 $) : en ma­tière de ro­sé, il vaut tou­jours mieux les boire idéa­le­ment dans l’an­née de pro­duc­tion. Tou­te­fois, dans cer­tains cas, il ar­rive qu’ils gagnent à faire un peu de bou­teille. Comme ce­lui-ci, à qui une an­née de plus a per­mis de dé­ve­lop­per sa per­son­na­li­té; il a du corps et ses sa­veurs sont ori­gi­nales. Même qu’on pour­rait fa­ci­le­ment le faire pas­ser dans la ca­té­go­rie des ro­sés de table qui suit à l’ins­tant.

RO­SÉS DE TABLE

Pé­tale de Rose 2008, Côtes de Pro­vence (17,40 $) : dé­sor­mais un clas­sique que ce ro­sé très pâle, à la fois dé­li­cat et so­lide, per­sis­tant en fi­nal. Par­ti­cu­liè­re­ment réus­si en 2008, m’a-t-il sem­blé. Châ­teau Bel­le­vue La Fo­rêt 2007, Côtes du Fron­ton­nais (14,45 $) : un autre 2007 à qui un sé­jour en bou­teille a don­né de la pré­sence, du corps, de l’équi­libre. Dé­li­cieux. Do­maine du Vieil Aven 2008, Ta­vel (19,65 $) : un ro­sé consis­tant, qui a du vo­lume et du corps, vi­neux et sa­vou­reux.

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