L’en­fance, l’in­no­cence et le­ci­né­ma

On ne compte plus les longs mé­trages dans les­quels les en­fants posent un re­gard sou­vent cu­rieux, par­fois hor­ri­fié, sur le monde des adultes. Lesjeux in­ter­dits,La­guer­reà­sep­tans,Pa­paest en­voya­ged’af­faires,Léo­lo... pas fa­cile, dans ce contexte, de se dis­ting

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - me­dia­film.ca

Grave et es­piègle à la fois, cette oeuvre ins­pi­rée de deux ro­mans de Bru­no Hé­bert nous fait re­des­cendre à hau­teur d’en­fance, sans condes­cen­dance au­cune de la part du ci­néaste. Ce­lui-ci y ra­conte l’écla­te­ment d’une fa­mille de classe moyenne, dans le Qué­bec de la Ré­vo­lu­tion tran­quille, à tra­vers les yeux de Léon (Antoine L’Écuyer), un en­fant hy­per­sen­sible qui, bou­le­ver­sé par le dé­part bru­tal de sa mère pour la Grèce, ma­ni­pule son en­tou­rage et fait les 400 coups.

« Il est “l’an­ti-Au­rore” », a dé­cla­ré Philippe Fa­lar­deau au mo­ment de la sor­tie de son film, l’au­tomne der­nier. «À l’op­po­sé des en­fants mar­tyrs, Léon agit au lieu de su­bir, crée son propre mal­heur, se res­pon­sa­bi­lise.»

S’il est plus proche de Za­zie dans le mé­tro que des Bons Dé­bar­ras, C’est pas moi, je le jure! rap­pelle sur­tout Ma vie de chien, de Lasse Hall­ström, dans le­quel le sort de la chienne Laï­ka, en­voyée en co­baye dans l’es­pace, ser­vait de leit­mo­tiv dans l’his­toire d’un gar­çon de la ville en­voyé chez son oncle à la cam­pagne pen­dant que sa mère se meurt.

«La di­men­sion oni­rique de ce film m’a tou­ché», ra­conte ce­lui qui s’en est beau­coup ins­pi­ré au cours de la créa­tion de C’est pas moi, je le jure! «Dans mon film, c’est la Grèce, une Grèce ima­gi­née par Léon, qui tient lieu de fil conduc­teur», pré­cise-t-il.

Rap­pe­lons-nous l’hy­po­cri­sie dont était té­moin le pe­tit hé­ros de Fan­ny et Alexandre, d’Ing­mar Berg­man; ou la mi­sère et la mort que re­fu­sait de voir en face le fils d’of­fi­cier na­zi de The Boy in the Stri­ped Pa­ja­mas.

LE PAS­SAGE

Les en­fants sont très sou­vent au ci­né­ma l’in­car­na­tion de l’in­no­cence, que la dé­cou­verte du monde des adultes vient ir­ré­mé­dia­ble­ment bri­ser.

C’est jus­te­ment ce pas­sage, entre l’in­no­cence et la connais­sance, qui fas­cine tant les ci­néastes. Parce qu’elle est vi­suel­le­ment très ins­pi­rante et qu’elle rap­pelle un pas­sage dont tous les spec­ta­teurs se sou­viennent.

Iro­ni­que­ment, il faut, pour que la ma­gie opère, mettre l’en­fant-ac­teur dans le coup, lui faire jouer une can­deur qui est en­core en lui, mais qui se­ra for­cé­ment al­té­rée du­rant l’ap­pren­tis­sage du rôle. Par­lez-en à Philippe Fa­la­deau. «Les en­fants, dit-il, com­prennent ce que vivent les per­son­nages. On peut tout leur ex­pli­quer. C’est faux de dire qu’on ne peut pas par­ler psy­cho­lo­gie avec des en­fants.»

Le­grand­che­min

Ma­vie­de­chien

Léo­lo

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