Un pe­tit test bien ré­vé­la­teur

Cette se­maine, je vous pro­pose un pe­tit test, mais je vous pré­viens tout de suite, si vous le faites conscien­cieu­se­ment et en toute fran­chise, il est bien pos­sible que vous ne soyez pas de bonne hu­meur et que vous ré­agis­siez as­sez mal. Si ce n’est contre

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION -

Ayant pas­sé le der­nier week-end à la cam­pagne, j’y ai fait mon test là-bas, mais je l’au­rais fait à Mon­tréal que ça n’au­rait rien chan­gé. Je me suis as­sis de­vant mon té­lé­vi­seur, je l’ai ou­vert et j’ai comp­té le nombre de chaînes que je pou­vais re­ce­voir: exac­te­ment 99, dont 75 ana­lo­giques ou, si vous pré­fé­rez, 24 en haute dé­fi­ni­tion. Je n’ai pas comp­ta­bi­li­sé les chaînes In­di­go pour les­quelles je paie à la carte si je sou­haite les voir.

PAS À MON AVAN­TAGE

Main­te­nant, voi­ci le dé­compte! De­puis le 1er jan­vier, des 75 chaînes ana­lo­giques que j’ai au bout de ma zap­pette, j’en ai re­gar­dé quatre de fa­çon ré­gu­lière et 13 de temps à autre, c’est-à-dire moins d’une fois par se­maine. Et, sur les 24 chaînes HD, j’en ai re­gar­dé quatre ré­gu­liè­re­ment et huit de temps à autre. Si j’avais eu des ap­pa­reils HD par­tout dans la mai­son (et ce n’est qu’une ques­tion de temps avant que j’y ar­rive) de toutes les chaînes ana­lo­giques, je n’au­rais re­gar­dé que TV5 de fa­çon oc­ca­sion­nelle.

C’est donc dire que, chaque mois, je paie un abon­ne­ment pour 69 chaînes de té­lé­vi­sion que je n’ai pas re­gar­dées une seule fois de­puis le dé­but de l’an­née.

Le plus cho­quant, ce n’est pas ça. J’ai re­gar­dé plus sou­vent Ra­dio-Ca­na­da et TVA que toutes les autres chaînes que je syn­to­nise oc­ca­sion­nel­le­ment prises en­semble. Iro­nie du sort, ni TVA ni Ra­dio-Ca­na­da ne me coûtent un sou noir! Mon dis­tri­bu­teur me les four­nit gra­tos! Belle lo­gique, n’estce pas?

MAU­DITS BOU­QUETS!

Les dis­tri­bu­teurs de té­lé­vi­sion sont sou­mis à une rè­gle­men­ta­tion très stricte. Ils sont obli­gés, par exemple, de dis­tri­buer cer­taines chaînes qui font par­tie de ce que le CRTC ap­pelle le «ser­vice de base», obli­gés aus­si d’of­frir une ma­jo­ri­té de chaînes ca­na­diennes, d’en pré­sen­ter dans les deux langues of­fi­cielles, etc. Pour s’as­su­rer qu’ils sont ré­glos avec le CRTC, pour sim­pli­fier leur comp­ta­bi­li­té et, soyons franc, pour coin­cer un peu le consom­ma­teur et lui vendre un maxi­mum de chaînes, la plu­part des dis­tri­bu­teurs offrent des bou­quets.

Il ar­rive donc très sou­vent que vous ache­tiez le «bou­quet X» même si une seule des chaînes qui le com­posent vous in­té­resse. Jus­qu’ici, ce mar­ke­ting fait la for­tune des chaînes spé­cia­li­sées et il as­sure la sur­vie de plu­sieurs chaînes mar­gi­nales.

Si vous sui­vez les au­diences du CRTC ou les réunions du co­mi­té par­le­men­taire du mi­nis­tère du Pa­tri­moine canadien, vous avez sû­re­ment re­mar­qué que tous les pa­trons de nos chaînes gé­né­ra­listes de­mandent de tou­cher des re­de­vances. Pour une fois, ils font preuve d’une belle una­ni­mi­té. Le CRTC qui s’est fait ti­rer l’oreille jus­qu’à main­te­nant risque bien de cé­der en­fin à leur de­mande. Mais la lo­gique vou­drait que le CRTC aille en­core plus loin et qu’on puisse payer uni­que­ment pour les chaînes que l’on re­garde. En d’autres termes, qu’on puisse agir comme au res­tau­rant: quand on n’est pas in­té­res­sé par le me­nu du jour, on com­mande à la carte.

Si je peux me per­mettre une pré­dic­tion: ce n’est pas demain la veille que le CRTC ira jusque-là. Au­tre­ment dit, nous al­lons tous conti­nuer de payer en par­tie pour rien... comme vous pour­rez le consta­ter si vous faites mon test.

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