UN CHIEN!

Ra­chid Ba­dou­ri est un amou­reux de ci­né­ma. Pas surprenant qu’il soit en train d’écrire son pre­mier scé­na­rio de film, Ra­phaël le roi dé­chu. Aus­si, quand on lui a de­man­dé de prê­ter sa voix au chien Dug pour le film Up, de Dis­ney, il s’est em­pres­sé de dire ou

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND - Mi­chelle Cou­dé-Lord Le Jour­nal

Q. Par­lez-nous­de­vo­treex­pé­rien­ce­dans­le­film Up ? Q. Vousn’étiez­pasàCan­nes­pourl’ou­ver­ture

du fes­ti­va­la­ve­cle­film Up etC­har­lesAz­na­vour…

R. Je suis un spé­cia­liste des ani­maux. J’ai fait la voix d’un re­nard dans le film Le royaume des désen­chan­tés, un pin­gouin dans un autre film sur le surf et Dug dans Up. Le dou­blage de Up a du­ré quelques heures. Pour réus­sir un dou­blage, il faut res­ter soi-même afin que les gens puissent aus­si re­con­naître ta voix. J’aime sa­voir que c’est Joël Le­gendre qui fait Leo­nar­do DiCa­prio au Qué­bec. Donc, j’étais seul dans un stu­dio, le grand écran est de­vant toi et hop, je plonge, je de­viens un chien. Tout se fait à chaud sans avoir vu les textes au­pa­ra­vant. C’est la meilleure fa­çon de plon­ger. R. Non, car je ne suis pas as­sez connu en France pour le Dug fran­çais. Ma voix ne se­ra en­ten­due qu’au Qué­bec. M. Az­na­vour m’avait in­vi­té pour que je sois de la par­tie, car il vou­lait me pré­sen­ter son gendre, qui s’ap­pelle aus­si Ra­chid. Vous m’ima­gi­nez, moi, sur la Croi­sette et sur le ta­pis rouge en France? Il au­rait fal­lu me faire prendre des pi­lules tel­le­ment j’au­rais ca­po­té. Le rêve, quoi!

Q. Les gens ignorent à quel point le ci­né­ma

et vous ne faites qu’un?

R. Le ci­né­ma a tou­jours fait par­tie de ma vie. Et, oui, je me vois à Hol­ly­wood! J’en rêve. Le ci­né­ma m’a fait gran­dir, m’a don­né des ré­pliques drôles, m’a don­né les phrases ma­giques pour «crui­ser» les filles. Ça m’a for­mé dans mon mé­tier d’hu­mo­riste. Le ci­né­ma est une ma­la­die pour moi. Quand j’étais jeune, j’étais tou­jours en re­tard pour ra­me­ner mon film au ma­ga­sin de lo­ca­tion de vi­déos. On au­rait pu me faire ar­rê­ter par la po­lice tel­le­ment j’étais dé­lin­quant. Un simple pe­tit ca­méo dans un film me fait ca­po­ter. Ce n’est pas pour rien que j’ai ap­pe­lé mon spec­tacle so­lo Ar­rête ton ci­né­ma.

Q. Ce se­rait quoi, votre scé­na­rio de rêve ?

R. Je pen­sais jouer un gars qu’on aime dé­tes­ter. J’ai­me­rais sur­prendre les gens avec un rôle de gang­ster ou faire re­vivre d’an­ciennes co­mé­dies à la Ed­dy Mur­phy. Je suis en train d’écrire un scé­na­rio de film, Ra­phaël le roi dé­chu, sur la vie d’un gang­ster un peu per­du. Au dé­part, c’était un pro­jet pour la té­lé­vi­sion et là, je suis en train de l’adap­ter pour le ci­né­ma. Ce se­rait mon pre­mier scé­na­rio.

Q. Vous ve­nez de quel mi­lieu, Ra­chid?

R. Je viens d’une fa­mille de La­val. Mes pa­rents sont d’ori­gine ma­ro­caine. Je suis le plus jeune de la fa­mille. J’ai une soeur qui est mé­de­cin dans le sud de la France et une autre qui est di­rec­trice des comptes dans une en­tre­prise. Elle s’ap­pelle Loui­sa et elle est plus drôle que moi. Quand j’ai aban­don­né le cé­gep pour de­ve­nir agent de bord chez Air Tran­sat, mon père m’a trai­té de sa­lo­pard (!), mais cinq ans plus tard, quand je lui ai dit que je lâ­chais Air Tran­sat pour de­ve­nir hu­mo­riste, il a sou­ri, car il sa­vait que si je fai­sais un mé­tier que j’ai­mais pro­fon­dé­ment, je n’al­lais plus tra­vailler de ma vie. Donc, je ne tra­vaille plus. Je suis bien, car ce mé­tier, c’est moi. Ma mère est une de mes fans. Entre elle et moi, le cordon om­bi­li­cal

n’est pas cou­pé.

Q. Comment voyez-vous cette car­rière?

J’ai ar­rê­té de rêver. Je tra­vaille su­per fort pour concré­ti­ser main­te­nant tous ces rêves, dont ce­lui de réus­sir une car­rière à l’échelle in­ter­na­tio­nale. Je com­men­ce­rai par la France en jan­vier pro­chain, car je vais m’y ins­tal­ler pen­dant deux ou trois mois pour tes­ter mon spec­tacle. J’ai eu un pre­mier contact avec le pu­blic fran­çais à Nantes, il y a quelques se­maines, et l’ac­cueil a été ex­cellent. Donc, ça vaut le coup d’es­sayer. Je m’ins­talle au Théâtre Tre­vi, une salle de 300 places.

Q. Et à Nantes, qu’est-ce que le pu­blic a ai­mé de votre

humour?

R. Des Ma­ro­cains, ils en ont vu beau­coup, mais un Ma­ro­cain né à Mon­tréal qui dé­barque en France, ils n’ont ja­mais vu ça. L’as­pect phy­sique de mon spec­tacle, la danse, l’éner­gie sur scène, j’ai sen­ti que le cou­rant pas­sait. Un Ma­ro­cain avec un ac­cent qué­bé­cois, ça les a fait rire. Je n’ai pas be­soin de chan­ger d’ac­cent.

Q. C’est quoi la re­cette de la réus­site?

R. Le tra­vail, juste le tra­vail. Et la pas­sion. Le suc­cès, je l’ai ob­te­nu très vite, comme une Fer­ra­ri qui roule à 280 km/h; il faut que tes proches veillent à ce que tu ne prennes pas le champ et qu’ils te ra­mènent à toi-même. Dans 10 ans, j’es­père avoir cette car­rière in­ter­na­tio­nale dont je rêve tant et un os­car dans mon sa­lon. La route est en­core longue, mais elle est tel­le­ment ex­ci­tante. Je me vois re­mer­cier Dieu, mon père et ma mère… Je re­mon­te­rai tout l’arbre gé­néa­lo­gique de la fa­mille!

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« Le meilleur con­seil qu’on m’ait don­né, c’est de me sou­ve­nir que du ta­lent, il y en a par­tout et beau­coup; c’est la dis­ci­pline dans le tra­vail qui fait la dif­fé­rence. Donc, je m’ap­plique », si­gnale Ra­chid Ba­dou­ri.

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