Le­ju­ge­ment­deMon­tréal

L’af­faire a dé­jà fait les man­chettes, il y a quelques se­maines, et on le com­prend. Ima­gi­nez! Un char­don­nay on­ta­rien qui coiffe au fil d’ar­ri­vée treize autres char­don­nays (et des meilleurs), prin­ci­pa­le­ment de Bour­gogne et de Ca­li­for­nie.

Le Journal de Quebec - Weekend - - SAVEURS - Claude Langlois

Qui plus est, le char­don­nay en ques­tion, le Clos Jor­danne Clays­tone Ter­race 2005 (le 2006 est pré­sen­te­ment en vente à 39,25$ à la SAQ) est éla­bo­ré par un Qué­bé­cois, Tho­mas Ba­chel­der, un ex-jour­na­liste de­ve­nu wi­ne­ma­ker. D’ailleurs, ce der­nier, ra­vi bien sûr du ré­sul­tat, sem­blait fi­na­le­ment plus ou moins éton­né que son char­don­nay ait été choi­si par un groupe d’une di­zaine de dé­gus­ta­teurs qué­bé­cois cen­sés, ce jour-là, re­faire à leur fa­çon ce fa­meux ju­ge­ment de Paris qui, en 1976, avait vu pour la pre­mière fois des vins ca­li­for­niens sup­plan­ter quelques-uns des meilleurs vins de France.

Son ap­proche est en fait, ex­pli­quait-il, très bour­gui­gnonne et, connais­sant le pen­chant des ama­teurs qué­bé­cois pour les bour­gognes blancs, il com­pre­nait très bien la lo­gique de leur choix.

Les membres de la table ronde de­vaient dis­tin­guer les­quels par­mi les qua­torze char­don­nays goû­tés étaient fran­çais ou ca­li­for­niens, tout le monde igno­rant bien sûr qu’il y avait dans le lot un pi­rate canadien, de même qu’un aus­tra­lien et un néo-zé­lan­dais.

En re­li­sant mes notes après coup, je me suis ren­du compte que je n’étais pas si loin de la vé­ri­té à pro­pos du Clos Jor­danne (cette fois­là, en tout cas, car gé­né­ra­le­ment, on se plante joyeu­se­ment dans ce genre d’exer­cice): «Un char­don­nay (fran­çais) qui pour­rait aus­si être ca­li­for­nien », avais-je écrit.

Bref, vous trou­ve­rez les ré­sul­tats de cette pas­sion­nante dé­gus­ta­tion dans le nu­mé­ro d’été du ma­ga­zine Cel­lier.

À lire en par­ti­cu­lier le texte de Marc Cha­pleau sur ce que fut réel­le­ment cette fa­meuse dé­gus­ta­tion de 1976 ap­pe­lée aus­si «le ju­ge­ment de Paris».

Bien sûr, un rouge et un blanc ca­li­for­nien avaient alors coif­fé un bor­deaux et un bour­gogne au fil d’ar­ri­vée. Mais glo- ba­le­ment, et ça, on l’a moins crié sur les toits, les vins fran­çais avaient fait dans l’en­semble un meilleur score que les ca­li­for­niens.

Tout ce­la pour dire que le ju­ge­ment de Mon­tréal a confir­mé la do­mi­na­tion des bor­deaux rouges sur les «cabs» ca­li­for­niens, tan­dis qu’en char­don­nay, si les bour­gognes rem­portent quatre des six pre­mières places, la pre­mière va donc à un vin canadien, et la troi­sième place, à un aus­tra­lien ( Ro­se­mount Es­tate Rox­burgh 1999).

Mais chan­geons de re­gistre. Je com­plète cette se­maine mes choix par­mi l’offre de ro­sés que nous fait la SAQ cette an­née. Quelques autres sont en­core à ve­nir. Tous ces ro­sés sont des pro­duits de spé­cia­li­tés.

RO­SÉS DE SOIF ET DE PIS­CINE

Croix Saint-Mar­tin 2007, Bor­deaux (12,55 $) : dis­crète note de ca­ber­net au nez, de la mi­né­ra­li­té, agréable. Mal­bec/Ca­ber­net-sauvignon As­ti­ca 2008, ré­gion de Cuyo (8,35 $) : sur les pe­tits fruits rouges, rond et moel­leux, ça coule bien ; on n’a rien à re­dire à ce prix. Champs de Flo­rence 2008, Do­maine du Ridge, Qué­bec (12,75$): un jo­li pe­tit ro­sé de chez nous qui évoque va­gue­ment le chèvre­feuille au nez et qui en vaut bien d’autres. Le Ro­sé Ga­brielle 2008, Vi­gnoble Ri­vière du Chêne, Qué­bec (14,90$): un autre ro­sé d’ici qui, sans vou­loir faire de mau­vais de jeu de mots, n’a pas à «rou­gir» de la concur­rence; mi­né­ral, un peu guille­ret, fran­che­ment bon.

RO­SÉ D’APÉ­RO

Tri­bal 2008, Wes­tern Cape, Afri­canTer­roir (11,35 $) : jo­li nez flo­ral, comme « mus­ca­té »; bouche élé­gante et élan­cée. Éton­nam­ment bon pour le prix. Carpineto 2008, Tos­ca­na IGT, Ca­sa Vi­ni­co­la Carpineto (15,85 $) : belles notes épi­cées au nez, comme de gi­rofle; bouche fine et dé­li­cate. Très élé­gant.

RO­SÉS DE TABLE

Muga 2008, Rio­ja, Bo­de­gas Muga jo­li nez, de la ma­tière, du corps. Vin gris de Ci­gare 2008, Ca­li­for­nie, Bon­ny Doon Vi­neyard (20 $) : de la ma­tière, vi­neux, élé­gant, un ro­sé de ca­rac­tère. Châ­teau d’Aque­ria 2008, Ta­vel (19,90$): du fruit, du corps, de l’équi­libre et, ô sur­prise, un ta­vel qui ne goûte pas l’al­cool. Très bon. Gui­gal 2007, Côtes-du-Rhône (21,95 $) : nez de pe­tits fruits bien mûrs que l’on re­trouve aus­si en bouche; il se dé­marque des autres par son frui­té et par sa struc­ture. Sa­vou­reux. Le Ro­sé de Ma­lar­tic 2008, Pes­sac-Léo­gnan, Châ­teau Ma­lar­tic-La­gra­vière (18,90 $) : ça prend un ga­gnant, le voi­ci. À mon sens, c’est le meilleur ro­sé de l’été; en tout cas sû­re­ment l’un des trois meilleurs. De la chair, de la mâche même, élé­gant, un ro­sé à prendre vrai­ment au sé­rieux.

ROUGES

Ca­ber­net-Sauvignon Ar­ro­wood 2004, So­no­ma Coun­ty, Ca­li­for­nie (70,50 $) : un « cab » sé­rieux, cor­sé et ex­trait avec élé­gance, rond et en­ve­lop­pant; une classe in­dé­niable.

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