Hap­pé par le ma­nus­crit, en­chan­té par le film

(CB) Spé­cia­liste de la lit­té­ra­ture scan­di­nave, l’éditeur et tra­duc­teur fran­çais Marc de Gou­ve­nain n’est pas a prio­ri un ama­teur de thril­ler. Mais quand il a mis la main sur le ma­nus­crit de 2 000 pages de Millé­nium, il a été in­ca­pable de s’ar­rê­ter avant d’

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA -

« Je l’ai dé­vo­ré. Comme beau­coup de lec­teurs, j’ai été scot­ché. Je ne pou­vais plus dor­mir ni man­ger », dit M. de Gou­ve­nain, qui a ac­cor­dé un en­tre­tien au Jour­nal, la se­maine der­nière, quelques jours avant la sor­tie sur nos écrans de l’adap­ta­tion ci­né­ma­to­gra­phique du suc­cès de li­brai­rie de Stieg Lars­son.

Aus­si cap­ti­vé fût-il par cette his­toire, le tra­duc­teur ne se dou­tait ja­mais que Millé­nium s’écou­le­rait à des mil­lions d’exem­plaires. Après tout, Lars­son ne ré­vo­lu­tion­nait pas le genre du po­lar.

« Si on l’étu­die bien, ce n’est pas la pre­mière fois qu’il y a un jour­na­liste in­ves­ti­ga­teur dans un po­lar. Ce n’est pas la pre­mière fois qu’il y a une jeune femme un peu dé­jan­tée et ce n’est pas la pre­mière fois que l’au­teur écrit cinq ou six pages, puis change de per­son­nage, et vous main­tient en ha­leine. Mais là, ça fonc­tionne de ma­nière ab­so­lu­ment re­mar­quable.

« C’est ça qui m’a éton­né, pour­suit-il. Je me suis dit que si à 58 ans, avec un bou­lot d’éditeur qui me dicte de ré­fré­ner mes pas­sions, je re­tombe comme si j’avais 20 ans et que je suis bouf­fé par un texte, je ne se­rai cer­tai­ne­ment pas le seul. »

À LA TIN­TIN

Mais comment Lars­son ar­rive-t-il à « dro­guer » ses lec­teurs à ce point? M. de Gou­ve­nain parle de la mé­thode « Tin­tin ».

« Il a le fonc­tion­ne­ment des sé­ries amé­ri­caines. Il y a beau­coup de per­son­nages. On passe un mo­ment avec un, puis on vous laisse en at­tente, trois points de sus­pen­sion et on passe à un autre. Mais ça, c’est Tin­tin. Il fonc­tionne comme ça. À la fin de chaque page, il nous lais­sait en plan et on se de­man­dait ce qui al­lait ar­ri­ver.

« En outre, ajoute Marc de Gou­ve­nain, tout ce dont il parle est très contem­po­rain. Millé­nium, c’est une fresque du dé­but du XXIe siècle. Dans cent ans, on pour­ra avoir une des­crip­tion de l’Eu­rope oc­ci­den­tale en li­sant Millé­nium. Il est com­plè­te­ment an­cré dans la réa­li­té. Lars­son nous dit que si les trois pi­liers que sont la jus­tice, la po­lice et les mé­dias fonc­tionnent, la dé­mo­cra­tie fonc­tionne à peu près. Il y a un cô­té op­ti­miste chez lui. »

ÊTRE LIS­BETH

S’il a été hap­pé par le ma­nus­crit, M. de Gou­ve­nain a éga­le­ment été en­chan­té par le film de Niels Ar­den Oplev.

« Ce n’est pas fa­cile d’adap­ter 700 pages. Je trouve que ça a été bien ré­su­mé à l’es­sen­tiel. Et il y a une distribution for­mi­dable. On di­rait que Noo­mi Ra­pace a tou­jours vé­cu dans la peau de Lis­beth Sa­lan­der », dit ce­lui qui ap­pré­hen­dait plus que tout la trans­po­si­tion à l’écran de ce per­son­nage-clé.

« Il y avait une at­tente énorme de ma part. Je me de­man­dais si elle se­rait cré­dible ou pas. Mais elle est Lis­beth Sa­lan­der. »

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