Le fruit est dans ses fleurs

Vous y croyez, vous, à ces jours feuilles, jours fruits, jours ra­cines et jours fleurs? À ces mo­ments pré­cis du ca­len­drier lu­naire de la vi­ti­cul­ture en bio­dy­na­mie qui in­fluencent, se­lon ce qu’on sou­haite, la fa­çon de me­ner les tra­vaux dans le vi­gnoble?

Le Journal de Quebec - Weekend - - SAVEURS -

Ces jours, par ex­ten­sion, ont aus­si une in­ci­dence sur le com­por­te­ment des vins au mo­ment de leur dé­gus­ta­tion.

« Ce doit être un jour feuille » nous avait dit ce jour-là Ran­dall Grahm, le cé­lèbre pro­prié­taire de Bon­ny Doon Vi­neyard, alors que ses vins que nous goû­tions ici même à Mon­tréal en sa com­pa­gnie n’af­fi­chaient pas, se­lon lui, leur éclat ha­bi­tuel.

Il a ap­pe­lé sur-le-champ à ses bu­reaux de San­ta Cruz, en Ca­li­for­nie, pour se faire confir­mer qu’ef­fec­ti­ve­ment, ce n’était pas un jour fruit, ni un jour feuille non plus d’ailleurs, mais plu­tôt un jour ra­cine.

En­fin, peu im­porte, je ne sais pas si le 23 avril der­nier était un jour ra­cine, mais il est clair que les quatre mil­lé­simes du Saint-Émi­lion Châ­teau Si­mard, que la presse spé­cia­li­sée avait en dé­gus­ta­tion cet avant-mi­di-là, man­quaient de vi­va­ci­té et de dé­fi­ni­tion.

C’est en les goû­tant de nou­veau deux se­maines plus tard que nous nous en sommes ren­du compte: ce n’étaient plus les mêmes vins.

Il est vrai que le 23avril, ces vins, ven­dus pour la pre­mière fois au Qué­bec après avoir été of­ferts en ex­clu­si­vi­té sur le mar­ché amé­ri­cain pen­dant de nom­breuses an­nées, ve­naient à peine d’ar­ri­ver au Qué­bec et ils étaient sans doute en­core sous le choc du voyage.

PRES­SION AT­MO­SPHÉ­RIQUE

« Mais la dif­fé­rence de pres­sion at­mo­sphé­rique in­flue éga­le­ment sur le com­por­te­ment des vins en dé­gus­ta­tion », a alors dit M. Alain Vau­thier, co­pro­prié­taire du Châ­teau Au­sone, qui s’oc­cupe dé­sor­mais des des­ti­nées du Châ­teau Si­mard, de pas­sage à Mon­tréal pour son ar­ri­vée sur notre mar­ché. À tout prendre, et sans re­mettre en doute les prin­cipes de la bio­dy­na­mie aux­quels, en pas­sant, croient quelques-uns des plus brillants vi­ni­fi­ca­teurs de notre pla­nète vin, il est clair que la pres­sion at­mo­sphé­rique a un rôle im­por­tant à jouer en phy­sique et en chi­mie et, sans doute aus­si, sur le com­por­te­ment des vins.

D’ailleurs, dans les la­bo­ra­toires, il n’y a pas une ex­pé­rience qui se fasse sans que soit jus­te­ment pré­ci­sée la pres­sion at­mo­sphé­rique à la­quelle elle a été réa­li­sée.

Et dire qu’il y en a qui pensent que la dé­gus­ta­tion est une par­tie de plai­sir...

Je blague. N’em­pêche, tout ce­la vient confir­mer ce que beau­coup d’ama­teurs savent de­puis long­temps : la dé­gus­ta­tion, ce n’est qu’une photo, un ins­tan­ta­né de ce qu’est un vin à un mo­ment pré­cis de sa vie en bou­teille.

Mais re­ve­nons au Châ­teau Si­mard, dont M. Vau­thier a en­tre­pris de mo­der­ni­ser les ins­tal­la­tions. Avec l’idée de le his­ser dans la hié­rar­chie des saint-émi­lions, car « le ter­roir de Châ­teau Si­mard a un po­ten­tiel de clas­se­ment », ajou­tait-il.

Mal­heu­reu­se­ment, il ne reste à peu près plus de Châ­teau Si­mard 1990 dans le ré­seau (54,75 $) qui était, quant à moi, ce­lui qui res­sor­tait le plus brillam­ment de la dé­gus­ta­tion.

Ren­du à sa par­faite ma­tu­ri­té, avec en­core le to­nus pour se main­te­nir sur ce pla­teau de qua­li­té du­rant une ou deux an­nées en­core, c’est tout sim­ple­ment un grand vin (90 points sur 100).

Mais il reste en­core d’as­sez bonnes quan­ti­tés des trois autres mil­lé­simes, dont le 1998, mon deuxième pré­fé­ré, qui de­meure une vraie au­baine à 36,75 $ (89 points).

En­fin, les mil­lé­simes 2000 (45,75$ — 88,5 points) et 2005 (48,75 $ — 88 points) sont de grands mil­lé­simes à Bor­deaux et il ne fait pas de doute dans mon es­prit qu’ils de­vraient à peu près re­joindre éven­tuel­le­ment en qua­li­té ce que sont de­ve­nus le 1990 et le 1998.

BLANCS

Voi­ci main­te­nant quelques vins qui se dé­marquent à mes yeux dans la sec­tion Nou­vel ar­ri­vage du ma­ga­zine Cel­lier d’été.

Ries­ling Ter­ras­sen Fe­der­spiel 2007, Do- maine Wa­chau, Au­triche (19,95 $) : su­perbe mi­né­ra­li­té, par­fai­te­ment sec, droit, fen­dant, in­con­tour­nable pour tout ama­teur de ries­ling qui se res­pecte. Une au­baine à ce prix. Ries­ling 2007, Kirch­berg de Barr, Al­sace Grand Cru, Willm (24,70 $) : tout aus­si mi­né­ral que le pré­cé­dent, mais plus dé­taillé, élan­cé, sub­tiles sa­veurs flo­rales, le vin est par­fai­te­ment sec ici aus­si; un dé­lice.

ROUGE

The Or­phan 2007, Pa­so Robles, Ca­li­for­nie, Jus­tin Wi­ne­ry (25,85$): un fruit gé­né­reux mais sans dé­bor­de­ment, un boi­sé qui lui ap­porte de sub­tiles notes de camphre, en­semble élé­gant et frais, avec une te­neur en al­cool (13,5%) qui n’est pas cou­rante à Pa­so Robles. Pi­not noir Fon­ty’s Pool Pem­ber­ton 2006, Wes­tern Aus­tra­lia (17,65 $) : alors que tout le monde semble pei­ner bien fort (sauf de rares ex­cep­tions) pour nous sor­tir un pi­not noir digne de ce nom à bon prix, voi­là que la mai­son aus­tra­lienne Fon­ty’s Pool Farm nous pro­pose ce pe­tit bi­jou (rien à voir ici avec le Nou­vel ar­ri­vage de Cel­lier) : net et franc, pu­re­té d’ex­pres­sion exem­plaire, on ou­blie fa­ci­le­ment à ce prix son pe­tit cô­té cha­leu­reux. J’en pren­drais bien une caisse. Bra­vo!

VENTE AUX EN­CHÈRES

Amou­reux de vieilles bou­teilles, à vos por­te­mon­naie! À comp­ter de mar­di jus­qu’au 8 juin, au­ra lieu en ligne une vente aux en­chères des vins de l’im­po­sante cave du res­tau­rant Les Che­nêts, vé­ri­table ins­ti­tu­tion de la res­tau­ra­tion mont­réa­laise qui a fer­mé ses portes en dé­cembre.

Pour les dé­tails, al­ler à l’adresse sui­vante : www.ie­gor.net/saq

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