Lu­chi­ni, un homme de pa­role

La pa­ru­tion en DVD cette se­maine de La fille de Mo­na­co, d’Anne Fontaine, donne l’oc­ca­sion de re­ve­nir sur la vie et l’oeuvre d’un des ac­teurs fran­çais les plus ai­més des Qué­bé­cois : Fabrice Lu­chi­ni.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Me­dia­film.ca

Ce fils de com­mer­çants a exer­cé sa voix et sa dic­tion dès son plus jeune âge, alors qu’il ven­dait à la criée des fruits et des lé­gumes dans le quar­tier de la Goutte d’or.

Dé­jà à l’époque, il se pas­sionne pour les chefs-d’oeuvre de la lit­té­ra­ture fran­çaise. Bien que des­ti­né à de­ve­nir coif­feur par sa mère, il est re­mar­qué à 18 ans par le réa­li­sa­teur Philippe La­bro qui lui confie alors un rôle dans Tout peut ar­ri­ver (1969).

Si sa car­rière ci­né­ma­to­gra­phique s’an­nonce pro­met­teuse, le jeune en pas­sant par ne lune), dé­couvre le grand amour de sa vie en s’ins­cri­vant au cours de Jean-Laurent Co­chet : le théâtre.

Sans pour au­tant aban­don­ner le ci­né­ma, qu’il soit d’au­teur ou po­pu­laire, l’ac­teur à la dic­tion par­faite brûle les planches où il dé­clame les plus beaux textes de La Fontaine et de Cé­line : « Je ne veux pas dire que le ci­né­ma est un art mi­neur, mais ce qui me dé­plaît par­fois, dit ce­lui homme, qui de­vien­dra une fi­gure in­con­tour­nable du ci­né­ma d’Éric Roh­mer (du Ge­nou de Claire à L’arbre, le maire et la mé­dia­thèque,

Les nuits de la plei-

FRA­GI­LI­TÉ

qui a été Beau­mar­chais, l’in­so­lent chez Mo­li­na­ro, c’est qu’il offre des images que le pu­blic ne peut in­ter­pré­ter, tan­dis que le texte mène le spec­ta­teur ou le lec­teur à ré­flé­chir de ma­nière au­to­nome. La culture de l’image ne peut pas tout, mais celle du texte peut pro­vo­quer chez le spec­ta­teur beau­coup de choses. »

Avec un tel amour des mots, il n’est pas surprenant qu’Anne Fontaine lui ait of­fert le rôle d’un flam­boyant avo­cat au verbe agile, qui per­dra ce­pen­dant quelque peu sa su­perbe au contact d’une en­jô­leuse mé­téo­ro­logue mo­né­gasque, in­ter­pré­tée par Louise Bour­goin, dans La fille de Mo­na­co.

« Je n’avais d’yeux que pour la pe­tite, re­con­naît Lu­chi­ni à pro­pos de sa par­te­naire, qui a été Miss Météo à Ca­nal+. J’adore tra­vailler avec des ac­teurs non pro­fes­sion­nels. Comme le di­sait Gui­try, ce qui est ex­tra­or­di­naire dans ce mé­tier, c’est que tous les êtres hu­mains sont d’ex­cel­lents ac­teurs... à part les trois quarts des co­mé­diens. »

Outre ses qua­li­tés orales, Anne Fontaine dé­si­rait ex­plo­rer la fra­gi­li­té de Fabrice Lu­chi­ni, un as­pect peu ex­plo­ré de sa per­son­na­li­té.

« C’est payant de jouer ce­la, puisque les gens pré­tendent en­suite qu’ils voient en vous l’être hu­main, confesse ce­lui qui a in­car­né un avo­cat vé­reux dans Con­seil de fa­mille, de Cos­ta-Ga­vras. D’ailleurs, je l’avais fait dans Con­fi­dences trop in­times, de Pa­trice Le­conte, et Paris, de Cé­dric Kla­pisch. Alors, Anne, pour qui j’ai ac­cep­té le rôle par ami­tié, n’est pas la pre­mière à avoir ex­ploi­té cette fa­cette de moi. »

Beau­mar­chais, l’in­so­lent

Con­fi­dences trop in­times

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.