Une ré­vo­lu­tion loin d’être tran­quille

Ceux qui sont nés avant 1960 savent à quel point la Ré­vo­lu­tion tran­quille a chan­gé le Qué­bec. Plus rien n’est pa­reil de­puis le temps où Du­ples­sis et l’Union nationale fai­saient la pluie et le beau temps au Qué­bec. Pour­tant, cette ré­vo­lu­tion n’est rien en

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION -

Je ne cesse pas de ré­pé­ter à mon en­tou­rage à quel point l’ère nu­mé­rique bou­le­ver­se­ra notre en­vi­ron­ne­ment, mais on a du mal à l’ima­gi­ner.

Comment croire, par exemple, qu’on construi­ra d’autres bi­blio­thèques comme celle qui fait notre fier­té à l’angle Ber­ri et de Mai­son­neuve? Comment ima­gi­ner que les jeunes qui n’achètent ja­mais de jour­naux se met­tront à le faire quand ils au­ront l’âge de leurs pa­rents?

Les jour­naux (ceux qui sur­vivent) ne sont dé­jà plus les mêmes, et quels livres ré­sis­te­ront à l’édi­tion élec­tro­nique?

Ce ne sont, pour­tant, que deux exemples ano­dins...

Même les couch po­ta­toes qui s’écrasent dans leur fau­teuil et re­gardent la té­lé toute la soi­rée en man­geant des chips et du pop­corn de­vront bien­tôt ré­agir.

D’ici peu, on re­lie­ra leur té­lé­vi­seur à In­ter­net, sans fil s’il vous plaît. C’est vrai qu’on peut syn­chro­ni­ser iTunes et vi­sion­ner des cen­taines de sé­ries à suc­cès avec Apple TV, mais la li­mite, c’est qu’iTunes ne dis­pose que de sé­ries.

Les té­lé­vi­seurs dont je parle ne sont pas pour demain, ils existent dé­jà. Chez nos voi­sins du Sud, à la fin du mois de dé­cembre, on en au­ra ven­du 400 000, et d’ici à la fin de 2013, on pré­voit que les Amé­ri­cains pos­sé­de­ront 14 mil­lions de té­lé­vi­seurs ca­pables de re­pro­duire sans fil tout ce qu’on trouve sur In­ter­net, dont les chaînes de té­lé­vi­sion du monde en­tier.

Si je tiens compte du fait que nous sommes moins nom­breux qu’aux États-Unis, nous de­vrions avoir 1,5 mil­lion de té­lé­vi­seurs du genre en 2013, sur­tout dans les villes où les bandes pas­santes sont plus puis­santes.

ÉCRAN MUL­TI­TÂCHE

Les ma­niaques d’or­di­na­teurs qui ne jurent que par leur sou­ris de­vront se fa­mi­lia­ri­ser avec une zap­pette mu­nie d’un cla­vier que même la per­sonne la plus mal­ha­bile pour­ra maî­tri­ser sans peine. Comme l’écran de la plu­part des or­di­na­teurs ac­tuels, l’écran du té­lé­vi­seur se­ra mul­ti­tâche. En re­gar­dant l’émis­sion choi­sie, on pour­ra je­ter un coup d’oeil sur le temps qu’il fe­ra, le cours des mar­chés, les nou­velles du monde, la pro­gres­sion de son match de sport fa­vo­ri, les condi­tions de la cir­cu­la- tion, faire un sudoku, ac­cé­der à Twit­ter ou à Fa­ce­book, tout ça sans perdre une se­conde de 24 h chro­no ou de Ya­mas­ka.

De pas­sif qu’il était, le té­lé­spec­ta­teur se­ra en constante in­ter­ac­tion avec son té­lé­vi­seur.

Voi­là qui n’est pas une mau­vaise nou­velle pour les en­tre­prises qui offrent un ser­vice In­ter­net, mais ce n’est pas aus­si ré­jouis­sant pour les chaînes de té­lé­vi­sion, sur­tout si les gé­né­ra­listes conti­nuent de ne pas tou­cher de re­de­vances. Sur ce der­nier point, je ne suis pas in­quiet mal­gré la cam­pagne achar­née que cer­tains ont me­née contre ce qu’ils ap­pe­laient la « taxe de té­lé­vi­sion ».

Ceux qui boudent ou ignorent la ré­vo­lu­tion nu­mé­rique se­ront bien­tôt très dé­pour­vus. Ce sont les anal­pha­bètes de demain et, au train où on ré­siste au chan­ge­ment, ils risquent d’être nom­breux.

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