L’es­croc et la ci­néaste

La ci­néaste et écri­vaine fran­çaise Ca­the­rine Breillat ra­conte, dans Abus de fai­blesse, comment elle a été rui­née par Ch­ris­tophe Ro­can­court, un es­croc fran­çais qui a éga­le­ment ar­na­qué des cé­lé­bri­tés amé­ri­caines.

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES -

Elle s’est fait avoir. Elle le sait, elle le confesse, elle le crie haut et fort dans son nou­veau livre, Abus de fai­blesse.

Elle, Ca­the­rine Breillat, fé­mi­niste, in­tel­lec­tuelle, réa­li­sa­trice, a été dé­pouillée par un homme qui s’est im­mis­cé per­ni­cieu­se­ment dans sa vie, avec son ac­cord. Ch­ris­tophe Ro­can­court l’a bou­le­ver­sée, comme elle dit. Dans son livre, elle le sur­nomme le Rauque, le plouc, face de rat. Elle ne l’épargne pas, le dé­crit comme un homme de qua­rante ans en­core ado­les­cent, in­culte, ra­din, rin­gard, flam­beur. Un voyou qui ar­rive tou­te­fois à la char­mer. Elle est à la fois cruelle, vio­lente et drôle en son en­droit. Elle éprou­vait pour lui une sorte d’at­ti­rance et de ré­pul­sion.

Elle le connais­sait de nom, comme tout le monde, et le sa­vait ex-es­croc. Un soir, en re­gar­dant la té­lé­vi­sion, elle le voit. Il est l’in­vi­té de Thier­ry Ar­dis­son et ra­conte son par­cours d’ar­na­queur et d’ex-tau­lard. « Ce plouc avait de la pres­tance; brus­que­ment, il a mou­ché le pré­sen­ta­teur. »

Ch­ris­tophe Ro­can­court plaît im­mé­dia­te­ment à Ca­the­rine Breillat. C’était dé­ci­dé, il se­rait le per­son­nage prin­ci­pal de son nou­veau film, Bad Love, aux cô­tés de Nao­mi Camp­bell. Ce film ne ver­ra fi­na­le­ment ja­mais le jour.

En 2005, Ca­the­rine Breillat fait une hé­mor­ra­gie cé­ré­brale qui la laisse pa­ra­ly­sée du cô­té gauche. Elle fait des crises d’épi­lep­sie, prend des mé­di­ca­ments et, avec sa pa­ra­ly­sie, elle tombe sou­vent, se casse les poi­gnets et a be­soin d’aide pour ses

VIC­TIME AVEUGLE

tâches quo­ti­diennes.

C’est à cette pé­riode que la ci­néaste ren­contre Ch­ris­tophe Ro­can­court. Sans être amant, ce couple dé­pa­reillé de­vient ami, par­tage une cer­taine in­ti­mi­té, s’ap­pelle, se voit sou­vent, mange en­semble. Breillat passe même quelque temps en Nor­man­die avec lui et sa com­pagne, So­nia Rol­land (ex-Miss France avec qui elle se lie d’ami­tié) et leur fille.

Pen­dant ce temps, la réa­li­sa­trice ac­cepte de lui si­gner des chèques pour ses nom­breux pro­jets de néo-bu­si­ness­man, en pen­sant qu’il va la rem­bour­ser. En tout, Ca­the­rine Breillat a si­gné pour près de 900 000 eu­ros à l’ordre de Ch­ris­tophe Ro­can­court. « Il m’a ten­du mon ché­quier vite fait. Lui créan­cier, moi dé­bi­teur. J’ai si­gné. Avec ordre de n’en par­ler à per­sonne, sur­tout pas à So­nia. De toute fa­çon, je n’en par­le­rais à per­sonne (…). Les vic­times d’abus de fai­blesse sont muettes parce qu’elles sont ri­sibles. »

Dans Abus de fai­blesse, Ca­the­rine Breillat ne s’api­toie pas sur son sort. Elle est cons­ciente d’avoir été une vic­time aveugle. Ch­ris­tophe Ro­can­court est ar­ri­vé au bon mo­ment. Le bon mo­ment pour l’es­croc a été le mau­vais mo­ment pour la femme fra­gi­li­sée par l’hé­mi­plé­gie.

« Que pou­vais-je re­dou­ter de Ch­ris­tophe Ro­can­court? J’avais l’illu­sion ou l’ivresse de le te­nir. D’être la plus forte. Quand je lui di­sais de se taire, il s’écra­sait. (…) Plus nous nous voyions, mieux je le dé­cryp­tais. Lui aus­si, mais à quoi bon? Je ne me voyais pas l’ob­jet de sa stra­té­gie, moi et mes re­le­vés de banque traî­nant sur la table basse. Je le do­mi­nais si fa­ci­le­ment que la lutte ne pou­vait pas avoir lieu. »

Elle s’est fi­na­le­ment trom­pée.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.