AMA­ZONES Les deJames Ca­me­ron

SAN DIE­GO, Ca­li­for­nie | La plu­part des réa­li­sa­teurs de film d’ac­tion ont l’air d’ai­mer mieux fil­mer une boule de feu qu’une femme. (Y a-t-il lieu de re­par­ler de la que­relle de cette an­née entre Me­gan Fox et le gé­né­ral de Trans­for­mers, Mi­chael Bay?)

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Agence QMI

Mais pas James Ca­me­ron. Ce scé­na­ris­te­réa­li­sa­teur éprouve peut-être un amour ex­ces­sif en­vers la tech­no­lo­gie et les jouets, mais son tra­vail cé­lèbre en même temps – et de fa­çon in­con­grue, se­lon cer­tains – l’au­to­no­mie et l’in­dé­pen­dance chez la femme.

Son­gez au per­son­nage de Lin­da Ha­mil­ton, une ser­veuse trans­for­mée en guer­rière dans Ter­mi­na­tor, à ce­lui de Si­gour­ney Wea­ver, la ma­ter­nelle Ripley ar­mée d’une mi­trailleuse dans Alien, ou à ce­lui de Ma­ry Eli­za­beth Mas­tran­to­nio, une brave concep­trice de plate-forme pé­tro­lière dans Abyss. Plus ré­cem­ment, on a eu l’es­prit libre de Kate Winslet dans Ti­ta­nic. Avant, on avait aus­si vu Ja­mie Lee Cur­tis in­ter­pré­ter le rôle d’une épouse ef­fa­cée et d’une mère res­sus­ci­tée en su­per­es­pionne dans Vrai men­songe.

PER­SON­NAGES FOU­GUEUX

Il n’est donc pas éton­nant que, bien que la ve­dette du pre­mier film de Ca­me­ron en 12 ans – l’épo­pée de science-fic­tion Ava­tar – soit l’Aus­tra­lien Sam Wor­thing­ton (Ter­mi­na­tor ré­demp­tion), l’his­toire soit aus­si rem­plie de per­son­nages fé­mi­nins fou­gueux et pas­sion­nés jouant des rôles d’Homo sapiens ou de «Na’vis», les ex­tra­ter­restres hu­ma­noïdes bleus dont le monde fan­tas­tique est vi­si­té par des hu­mains qui veulent y ex­ploi­ter un mi­ne­rai ra­ris­sime.

«Il res­pecte les femmes. Il sait que nous sommes as­tu­cieuses et fortes, et nous sommes conscientes de ce­la. Il nous prend telles que nous sommes», af­firme Si­gour­ney Wea- ver, qui in­ter­prète une scien­ti­fique dont la tech­no­lo­gie re­lie l’es­prit de l’an­cien ma­rine im­mo­bi­li­sé dans un fau­teuil rou­lant Jake Scul­ly à un hu­ma­noïde hy­bride ex­tra­ter­restre qua­li­fié d’«ava­tar».

«Il croit que les femmes sont comme ce­la. C’est ce qu’il per­çoit du monde réel», ajou­tet-elle. Si­gour­ney Wea­ver et James Ca­me­ron ont, bien sûr, tra­vaillé en­semble par le pas­sé: il l’a di­ri­gée dans Alien en 1986, la suite qui lui a va­lu une no­mi­na­tion aux os­cars et les a éle­vés tous les deux au rang de déi­tés au­près de leurs fans.

À cette époque, Ca­me­ron était un exi­geant nou­veau ve­nu à Hol­ly­wood qui, même s’il avait réa­li­sé Ter­mi­na­tor, avait en­core beau­coup à prou­ver.

ÉPA­NOUIS­SE­MENT

Au cours des deux der­nières dé­cen­nies, il s’est adou­ci, d’après Mme Wea­ver. «Il a chan­gé, il est de­ve­nu quel­qu’un de très épa­noui. Mais il est en­core aus­si per­fec­tion­niste. Il exige beau­coup de tout le monde, mais pas da­van­tage que de lui-même. Il a di­ri­gé presque toutes les scènes, il a in­ven­té les ca­mé­ras, la flore et les créa­tures. En plus, c’est une per­sonne humble.»

Re­tra­vailler avec Ca­me­ron dans le film Ava­tar lui a pa­ru tout na­tu­rel. «Ce­la a été vrai­ment fa­cile pour nous, comme mettre une paire de vieilles pan­toufles. En li­sant le scé­na­rio, j’étais éton­née de voir à quel point il était am­bi­tieux, à quel point il es­sayait de nous en don­ner en termes d’aven­ture, de

re­la­tions amou­reuses, et ce­la avait un vé­ri­table sens.»

Quant à Zoe Sal­da­na, qui in­ter­prète la prin­cesse Na’vi de qui Scul­ly tombe amou­reux, c’était sa pre­mière col­la­bo­ra­tion avec Ca­me­ron. «Cet homme est comme un ca­mion­neur, à la fois ca­lé en tech­no­lo­gie et fa­na­tique de science-fic­tion. Il parle avec des mots si com­pli­qués que vous avez be­soin d’un dic­tion­naire pour conver­ser avec lui au su­jet de la tem­pé­ra­ture, sou­tient-elle. Mais il n’a pas peur de ré­vé­ler son cô­té vul­né­rable. C’est un type très sen­sible. Il peut voir quelque chose et fondre en larmes, ou en­core avoir la chair de poule pen­dant qu’il s’éclate. Il adore ça.»

AU BOUT DE LUI-MÊME

Idéa­le­ment, Ava­tar de­vrait sus­ci­ter à la fois des ac­cla­ma­tions et des larmes lors­qu’il pren­dra l’af­fiche, après quatre ans de pro­duc­tion – et plus de 14 ans après que Ca­me­ron en eut conçu le scé­na­rio.

«Ce­la res­semble à ce qu’il a fait dans Ter­mi­na­tor, men­tionne Mme Sal­da­na. C’est un film sur le fu­tur, mais la trame de l’his­toire est très simple: qu’ar­rive-t-il lors­qu’un homme va au bout de lui-même, défie sa propre mort et crée quelque chose de si par­fait que ce­la fi­nit par re­ve­nir le han­ter? Cette his­toire parle de ce qui ar­rive quand nous dé­pré­cions ce que nous pos­sé­dons et que nous sommes obli­gés d’al­ler pui­ser nos res­sources ailleurs. C’est une his­toire tout à fait uni­ver­selle sur l’usage et l’abus que nous fai­sons des choses, ain­si que sur l’ap­pren­tis­sage de la co­exis­tence.»

Outre le débat au su­jet de l’in­trigue et de la phi­lo­so­phie qui la sous-tend, c’est la tech­no­lo­gie qui dé­ci­de­ra si Ava­tar est à la hau­teur des at­tentes. Ca­me­ron a long­temps qua­li­fié cette pro­duc­tion d’oeuvre dé­ter­mi­nante pour l’in­dus­trie. Celle-ci ef­fec­tue une fu­sion ré­vo­lu­tion­naire entre l’image réa­liste, ani­mée nu­mé­ri­que­ment, l’ac­tion sur le vif et le 3D (même si le film se­ra aus­si pré­sen­té sur des écrans 2D), une tech­no­lo­gie qui gal­va­ni­se­ra le pu­blic qui vien­dra le voir sur grand écran. Et Ava­tar au­ra bien be­soin de l’in­té­rêt qu’il sus­ci­te­ra si Ca­me­ron et ses fi­nan­ciers es­pèrent ren­trer dans leur ar­gent; d’après cer­tains, le bud­get du film pour­rait dé­pas­ser les 300 mil­lions de dol­lars.

UN MONDE IMA­GI­NAIRE

Si Zoe Sal­da­na n’était pas in­quiète du fait que le film soit un suc­cès ou non, elle a dû tou­te­fois faire de gros ef­forts pour s’ajus­ter à un pro­ces­sus ci­né­ma­to­gra­phique dans le­quel elle était ap­pe­lée à jouer sur un pla­teau dé­sert face à des per­son­nages et des créa­tures qui de­vaient être créés par un lo­gi­ciel.

«Au dé­but, je ne sa­vais pas vrai­ment comment fonc­tion­nait cette tech­no­lo­gie. J’étais an­gois­sée par rap­port à ce­la. Mais nous avons tra­vaillé là-des­sus pen­dant deux ans. Nous nous sommes exer­cés, nous avons fait de longues ré­pé­ti­tions avec Jim. Ce­la prend un peu de temps avant de s’y ha­bi­tuer, mais une fois que vous l’êtes, c’est in­croyable! Quand vous ôtez les dé­cors et le ma­quillage, il ne reste que les ac­teurs, qui tra­vaillent avec le réa­li­sa­teur.»

Se­lon Si­gour­ney Wea­ver: «C’était comme re­tour­ner en en­fance et se mettre une cou­ver­ture sur la tête en se di­sant: “Ce­ci est une cave ou ce­ci est un châ­teau.”» Elle est convain­cue que même les ci­né­philes scep­tiques se­ront conquis. «Ce qui est le plus im­por­tant pour moi dans le 3D, c’est à quel point les bonnes scènes or­di­naires semblent en 3D. Ce­la pa­raît si na­tu­rel, je ne m’at­ten­dais pas à ce­la. Je pen­sais que ce­la au­rait l’air étrange ou nou­veau. Quand on re­garde Ava­tar, on a en­vie d’être dans la même pièce que les per­son­nages.»

PHOTOS COUR­TOI­SIE

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