Le mys­tère des cotes d’écoute

La té­lé­vi­sion fait par­tie de ma vie et de ma car­rière de­puis plus d’un de­mi-siècle, mais les cotes d’écoute res­tent pour moi un mys­tère aus­si in­son­dable que la Sainte Tri­ni­té. Leur com­pi­la­tion en tout cas et les conclu­sions qu’on en tire. BBM et Niel­sen s

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION -

UN PA­CE­MA­KER

Ar­thur Niel­sen fut le pre­mier à consta­ter qu’il y avait une « piasse » à faire à me­su­rer des au­di­toires de té­lé. En 1936, quand il a eu cette idée, l’af­faire était as­sez simple puis­qu’il y avait à peine 200 té­lé­vi­seurs en fonction à tra­vers le monde. En 1950, il a ins­tau­ré ses ins­tru­ments de me­sure dans tous les États-Unis et, au­jourd’hui, sa so­cié­té est le mesureur of­fi­ciel de la té­lé dans près de la moi­tié des pays du monde.

Pen­dant des an­nées (on le fait en­core), on a éva­lué les au­di­toires en re­met­tant des ca­hiers d’écoute dans des fa­milles cen­sées être re­pré­sen­ta­tives de la po­pu­la­tion. De­puis quelques an­nées, on y a ajou­té des au­di­mè- tres por­tables. Cet au­di­mètre est tout à fait im­par­tial, et à en croire les mai­sons de son­dage, il est à toute épreuve, puis­qu’il ac­com­pagne le por­teur par­tout. Qua­si­ment un pa­ce­ma­ker!

Seules quelques per­sonnes sont mu­nies d’un au­di­mètre por­table, mais ces heu­reux élus re­pré­sentent, semble-t-il, si bien la po­pu­la­tion en gé­né­ral qu’on peut ex­tra­po­ler des don­nées qu’on mul­ti­plie se­lon la po­pu­la­tion du ter­ri­toire qu’on me­sure.

Si on ajoute les ca­hiers d’écoute, la me­sure des au­di­toires, qu’elle soit faite par BBM ou Niel­sen, se­rait donc aus­si in­faillible que la pa­role du pape.

Le hic, c’est qu’en plus de 52 ans de té­lé­vi­sion, je n’ai ja­mais connu une seule fa­mille qui avait pour mis­sion de rem­plir un ca­hier d’écoute et, de­puis qu’existent les au­di­mètres por­tables, je n’ai ren­con­tré per­sonne qui en soit mu­nie.

Pour bien m’as­su­rer que je n’étais pas une ex­cep­tion, j’ai fait le tour de mon en­tou­rage pour ap­prendre qu’au­cun de mes proches ne connais­sait quel­qu’un avec un au­di­mètre ou une fa­mille ap­pe­lée à rem­plir un ca­hier d’écoute.

Pour­tant, chaque jour, on fait grand état des cotes d’écoute de la té­lé­vi­sion et, le 6 jan­vier 2010, BBM dé­voi­le­ra le ré­sul­tat de son grand son­dage d’au­tomne. Nous connaî­trons alors les pre­miers de classe comme les cancres. Même chose pour la ra­dio, à des dates dif­fé­rentes évi­dem­ment.

ADO­LES­CENTS

Ce qui m’amuse le plus, c’est qu’à la suite des son­dages ra­dio, tous les postes se pètent les bre­telles sur leurs ondes et se paient de grandes pages de pub dans les jour­naux pour se van­ter d’être les pre­miers. Chaque poste se re­trouve en tête dans une ca­té­go­rie quel­conque. C’est tou­jours né­bu­leux et com­pli­qué, mais on ne va pas se mettre à chi­po­ter sur des dé­tails. Quand je pense qu’on a fait un pro­cès à Éric Caire pour avoir fait preuve d’une cer­taine pré­ten­tion dans son cur­ri­cu­lum!

Si je consulte les chiffres four­nis par Sta­tis­tique Ca­na­da, les ado­les­cents pas­se­raient en­vi­ron 15 heures par se­maine à re­gar­der la té­lé­vi­sion, soit deux heures par jour. Ces sta­tis­tiques me sont aus­si mys­té­rieuses que les cotes d’écoute elles-mêmes, puisque je ne vois ja­mais les ados que je connais de­vant un ap­pa­reil de té­lé, mais tou­jours de­vant un écran d’or­di­na­teur.

Ou bien les sta­tis­tiques sont trom­peuses, ou bien je ne fré­quente pas d’ados ty­piques.

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