Les an­nées 60... comme il y était

L’âge in­grat au coeur de la Ré­vo­lu­tion tran­quille et de la der­nière époque des sé­mi­na­ristes, comme si on y était. Homme de théâtre et sé­mi­na­riste, l’au­teur Claude Bi­net s’est amu­sé à jouer avec ses sou­ve­nirs, la réa­li­té et la fic­tion pour écrire son pre­mi

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - De­nise Mar­tel

Pour­quoi les pé­li­cans? Tout sim­ple­ment parce que les ado­les­cents qu’ils étaient, un peu laids, un peu mé­chants, un peu mal­adroits, lui font pen­ser à ces oi­seaux de mer qui sont « mu­nis d’un long bec ex­près pour faire mal à dis­tance ».

« Pour ceux qui l’ont vé­cu d’abord, mais aus­si pour tous ceux et celles qui n’ont pas connu les sé­mi­naires ou l’époque, j’avais en­vie de tra­duire, de re­flé­ter l’at­mo­sphère d’un sé­mi­naire dans les an­nées 1960, parce que c’est une pé­riode im­por­tante sur le plan de l’in­di­vi­du que de la so­cié­té.

« C’est une époque char­nière où le Qué­bec a ef­fec­tué plu­sieurs vi­rages, mais c’est sur­tout l’oc­ca­sion de rap­pe­ler d’ex­cel­lents sou­ve­nirs », ra­conte gros­so mo­do Claude Bi­net, ren­con­tré quelques jours avant la sor­tie of­fi­cielle de La danse des pé­li­cans qui, in­ci­dem­ment, est le pre­mier d’une sé­rie de quatre vo­lumes, tous ins­pi­rés de son vé­cu et des grands évé­ne­ments des an­nées 1960, dont l’as­sas­si­nat de John F. Ken­ne­dy ou Ex­po 67.

« Je suis en­tré au sé­mi­naire de SaintGeorges de Beauce en 1962 et j’en suis res­sor­ti en 1969, avec les der­niers sé­mi­na­ristes. Il faut nous ima­gi­ner : nous étions tous de la cam­pagne et nous ar­ri­vons dans un grand bâ­ti­ment de cinq étages en gra­nit, sur une col­line, avec des plan­chers en ter­raz­zo. C’était as­sez im­pres­sion­nant pour les pe­tits gar­çons que nous étions », dit l’homme na­tif de Saint-Pros­per de Dor­ches­ter.

« En plus, les sé­mi­naires étaient des ins­ti­tu­tions très au­to­nomes. On y fai­sait la bou­che­rie, la cui­sine, la les­sive... C’était pra­ti­que­ment une usine et nous n’avions pas be­soin de sor­tir à l’ex­té­rieur. Moi, j’étais le neu­vième d’une fa­mille de 12 en­fants et je peux vous dire que quand tu te re­trou­vais avec 200 gars de ton âge, dans un mi­lieu si dif­fé­rent de ton mi­lieu na­tu­rel, t’étais per­du », ajoute l’au­teur, sou­rire en coin.

LE SEXE, PAS TOUCHE...

« C’était la re­cherche d’iden­ti­té, la course aux sur­noms. Des 88 fi­nis­sants que nous étions, j’ai conser­vé une soixan­taine de sur­noms et mon hé­ros, Louis-Ni­co­las, en porte plu­sieurs qui ont chan­gé avec le temps. Avec La danse des pé­li­cans, j’ai aus­si vou­lu té­moi­gner de l’ex­cel­lente édu­ca­tion que nous avons eue, sauf du point de vue sexuel.

« On avait tel­le­ment peu d’in­for­ma­tion qu’il fal­lait qu’on s’en trouve. Évi­dem­ment, je parle pour les gens de ma gé­né­ra­tion, j’ai 60 ans. Nous re­ce­vions les en­sei­gne­ments de cu­rés mi­so­gynes et nous étions igno­rants. Je me sou­viens en­core quand « Per­vers » s’est fait prendre à lire La­dy Chat­ter­ley... Quand on y re­garde de plus près, il n’y a pas grand­chose de dom­ma­geable dans le ro­man, mais à l’époque, ça avait fait scan­dale », ajoute Claude Bi­net, si­gna­lant qu’il n’a ce­pen­dant ja­mais eu connais­sance de pé­dé­ras­tie au pen­sion­nat.

« Je me sou­viens de deux pe­tits gars qui avaient bien du fun en­semble, mais ça, c’est autre chose », ajoute ce­lui que plu­sieurs ont connu comme met­teur en scène et ac­teur, entre autres au Théâtre de la Bor­dée, qu’il a co­fon­dé avec Pier­rette Ro­bi­taille, Jean-Jac­qui Bou­tet et cie. Très ins­pi­ré par l’écri­ture et éditeur, Claude Bi­net pré­voit pu­blier deux autres ro­mans dans la même sé­rie dans quelques mois.

De plus, deux autres ré­cits sont éga­le­ment écrits, dont le pre­mier tome de La marche des géants, l’his­toire ro­man­cée d’Édouard La­croix, construc­teur d’une voie fer­rée dans le Maine.

PHOTO STE­VENS LE­BLANC

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