LE DÉ­TEC­TIVE NOU­VEAU

LON­DON | La bonne hu­meur de Ro­bert Dow­ney Jr n’est un mys­tère pour per­sonne.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - KE­VIN WILLIAM­SON Agence QMI

« Il ar­rive par­fois qu’on se sente sim­ple­ment bien », ex­plique l’ac­teur de 44 ans aux jour­na­listes réunis pour sa confé­rence de presse.

C’est là une ob­ser­va­tion qui se trans­pose sim­ple­ment bien à sa vie pro­fes­sion­nelle et pri­vée. Après des an­nées d’abus de drogues, il est dé­sor­mais ma­rié à la pro­duc­trice Su­san Dow­ney et dé­fi­ni­ti­ve­ment sor­ti de l’in­fer­nal cycle dés­in­tox-pri­son-rechute qui a long­temps été son lot. Il est éga­le­ment de­ve­nu un ac­teur de­man­dé grâce à des films à suc­cès comme Iron Man et Tro­pic Thun­der, et on lui offre tout au­tant des co­mé­dies, des drames que des adap­ta­tions de bandes des­si­nées ( Iron Man 2 pren­dra l’af­fiche en mai).

Ce n’est tou­te­fois pas pour par­ler de sa vie per­son­nelle que nous sommes réunis dans le si­nis­tre­ment im­pres­sion­nant Free­ma­sons’ Hall de Londres, mais bien pour par­ler de son plus ré­cent film, Sher­lock Holmes, et plus spé­ci­fi­que­ment de sa mé­thode pour se glis­ser dans la peau du lé­gen­daire dé­tec­tive de l’ère vic­to­rienne.

Pour le gui­der dans cette tâche, Dow­ney a eu l’aide du réa­li­sa­teur Guy Rit­chie. Le style à la dure de Rit­chie est fla­grant dans cette ver­sion plus crue et mo­derne. Le nou­veau Holmes pra­tique la boxe à mains nues. Son as­sis­tant, le Dr Wat­son (in­ter­pré­té par Jude Law), est un vé­té­ran de guerre qui pos­sède ses vices propres. Le scé­na­rio est même char­gé d’une cer­taine éner­gie sexuelle grâce à Irene Ad­ler, une femme fa­tale in­ter­pré­tée par Ra­chel McA­dams.

« Je suis par­ve­nu à don­ner une iden­ti­té bri-

« De­puis ma tendre en­fance, j’ai une vi­sion pré­cise de Sher­lock Holmes et de l’as­so­cia­tion entre Holmes et Wat­son; la plu­part de mes idées pour le film me sont ve­nues di­rec­te­ment de Doyle. Au­cun livre ne men­tionne le deers­tal­ker et Holmes n’a ja­mais dit : ‘Élé­men­taire, mon cher Wat­son’. Nous connais­sons tous les sym­boles as­so­ciés à Sher­lock Holmes, mais les pro­duc­teurs et moi avons dé­ci­dé dès le dé­part que notre Sher­lock Holmes évi­te­rait les cli­chés qui lui sont ha­bi­tuel­le­ment as­so­ciés pour en créer une ver­sion la plus fi­dèle pos­sible à la ver­sion de Co­nan Doyle, et ça nous a per­mis d’avoir une ap­proche nou­velle de ce per­son­nage. »

Mais à quel coût? Est-ce que le nou­veau Sher­lock Holmes est un sa­cri­lège? Pas se­lon le pro­duc­teur Joel Sil­ver, qui ex­plique que ce ne sont pas les nou­velles ori­gi­nales qui étaient « guin­dées», mais bien les adap­ta­tions ci­né­ma­to­gra­phiques qui ont ser­vi à dé­fi­nir Holmes dans la culture po­pu­laire.

« Au­tre­fois, il y avait une phrase à Hol­ly­wood qui di­sait qu’il y a des films de ta­pis et des films de pous­sière. Ces pre­mières adap­ta­tions de Sher­lock Holmes étaient des films de ta­pis, ils se dé­rou­laient en in­té­rieurs et étaient très in­tel­lec­tuels, mais lors­qu’on s’y at­tarde, Sher­lock Holmes est un per­son­nage de pous­sière. Nous nous sommes donc in­ves­tis à tour­ner un film contem­po­rain avec une ap­proche fraîche et ori­gi­nale, mais qui res­pec­te­rait l’es­prit de Co­nan Doyle. » tan­nique au film, mais avec des muscles et un bud­get amé­ri­cains. C’est la tran­si­tion idéale pour moi », si­gnale Rit­chie.

NOU­VELLE AP­PROCHE

AS­PECTS TROUBLES

Néan­moins, ce nou­veau film fait abs­trac­tion de cer­tains des as­pects les plus trou­blants de la per­son­na­li­té de Holmes, no­tam- ment son ha­bi­tude de s’in­jec­ter une so­lu­tion aqueuse à sept pour cent de co­caïne. Le film sous-en­tend cette dé­pen­dance, mais ne la cla­ri­fie ja­mais. Dow­ney af­firme que ce­la n’a rien à voir avec le fait qu’il ten­tait de se dis­tan­cer de ses propres dé­mons.

« C’est un film qui est ré­ser­vé aux 13 ans et plus, et même s’il ne l’était pas, lorsque vous li­sez les nou­velles ori­gi­nales, Holmes n’est ja­mais dé­crit comme un dro­gué et n’ou­bliez pas qu’à l’époque vic­to­rienne, tout ce­la était lé­gal et ac­cep­table : vous pou­viez vous pro­cu­rer ça à la phar­ma­cie du coin. Nous nous sommes dits qu’il au­rait été ir­res­pon­sable de ne pas y faire ré­fé­rence. »

Pour les pu­ristes, l’exemple le plus fla­grant du ré­vi­sion­nisme de ce film ne vien­dra pas du fait que Holmes est un spé­cia­liste des arts mar­tiaux ayant le sens de l’humour, mais plu­tôt du fait que Wat­son soit beau­coup plus mince et in­tel­li­gent.

« Nous vou­lions un Wat­son qui pa­raisse bien parce que nous vou­lions que leur re­la­tion soit une re­la­tion d’égal à égal, comme Butch et Sun­dance. Pour moi, c’était plus dans l’es­prit de la lettre de Doyle. »

Et plus at­ti­rant pour les ac­teurs-ve­dettes po­ten­tiels.

Law ad­met vo­lon­tiers qu’il n’au­rait pas ac­cep­té le rôle s’il lui avait fal­lu pour ce­la prendre du poids et jouer le pen­dant un peu niais du dé­tec­tive de gé­nie de Dow­ney.

« Je sa­vais que l’ap­proche se­rait dif­fé­rente de toutes ces autres adap­ta­tions de Sher­lock Holmes », dit Law, tout en pré­ci­sant que son Wat­son est « un peu plus tranchant ».

Mais il ajoute du tac au tac : « Lorsque vous re­li­sez les livres, vous réa­li­sez qu’en fait, tout était là de­puis le dé­but. »

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