Le ter­roir de la Nou­velle-France

MON­TRÉAL | Le Fran­çais moyen en­tre­tient des no­tions sou­vent étonnantes sur ses « cou­sins du Ca­na­da », parce qu’il ne sait presque rien à notre su­jet et qu’il ignore tout de notre his­toire. « C’est scan­da­leux! » s’in­surge le ro­man­cier fran­çais Alain Du­bos.

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Be­noît Au­bin

« Votre his­toire est fas­ci­nante, mais elle est to­ta­le­ment in­con­nue des Fran­çais, dit Alain Du­bos. L’his­toire de l’Amé­rique fran­çaise de­vrait être en­sei­gnée au ly­cée, mais elle ne l’est pas », conti­nue le ro­man­cier qui se dé­crit comme « un pa­triote de la langue fran­çaise ».

Alain Du­bos, vo­lu­bile et al­lu­mé, la soixan­taine sou­riante, est un per­son­nage éton­nant. Écri­vain, il est aus­si mé­de­cin. Il est sur­tout connu pour avoir été vice-pré­sident de Mé­de­cins sans fron­tières. Il a été en­ga­gé dans cer­tains des conflits les plus vio­lents des der­nières dé­cen­nies, en Afrique et au Cam­bodge (sur les­quels il a dé­jà écrit des livres à suc­cès, dont

qui le­vait le voile sur les atro­ci­tés des Khmers rouges).

Mais son in­té­rêt lit­té­raire se porte de­puis plu­sieurs an­nées sur l’his­toire, mé­con­nue en France, des com­mu­nau­tés fran­co­phones d’Amé­rique. Son nou­veau ro­man,

a pour cadre la ré­volte des Pa­triotes au Bas-Ca­na­da, en 1837-1839.

Pour lui, c’est un peu la fin d’un cycle. Il a dé­jà écrit d’autres ré­cits ayant pour cadre l’Aca­die, la Louisiane, le Ma­ni­to­ba à l’époque de Louis Riel. Après ce grand dé­tour, il aborde fi­na­le­ment le Qué­bec. Nous sommes son nou­veau ter­roir.

LANGUE FRAN­ÇAISE

Alain Du­bos est éti­que­té en France comme un ro­man­cier du ter­roir. C’est un genre lit­té­raire mé­pri­sé par la cri­tique pa­ri­sienne, mais très po­pu­laire au­près des lec­teurs : un genre ro­man- tique, un peu nos­tal­gique, un peu pas­séiste, qui marche tou­jours très fort au Qué­bec aus­si, dans les livres comme à la té­lé­vi­sion.

« J’ai dé­ci­dé de sor­tir du ter­roir fran­çais pour écrire des ro­mans sur le ter­roir de la Nou­velle-France. »

Pour­quoi ? « Je dis aux Fran­çais de faire at­ten­tion, que les re­ven­di­ca­tions des Qué­bé­cois au­jourd’hui pour pré­ser­ver leur langue, pour pou­voir tra­vailler et vivre en fran­çais, pour­raient ra­pi­de­ment de­ve­nir celles des Fran­çais eux-mêmes dans une gé­né­ra­tion ou deux. La langue fran­çaise est en pé­ril. Les Aca­diens et les Qué­bé­cois se battent pour elle et nous de­vrons peut-être en ar­ri­ver là. »

Se­lon Alain Du­bos, on n’en­seigne pas aux jeunes Fran­çais ce qu’il est ad­ve­nu des fran­co­phones d’Amé­rique après 1760, « parce que ce n’est pas très glo­rieux. Pour nous, on a per­du le Ca­na­da et puis point. On a mis un voile là­des­sus. »

Même s’ils n’étaient plus tech­ni­que­ment des Fran­çais à l’époque, « les Pa­triotes étaient at­ta­chés aux va­leurs de la Ré­vo­lu­tion fran­çaise, dit-il. Ils étaient très at­ten­tifs à ce qui se pas­sait en Eu­rope à l’époque, en Ita­lie, en Po­logne... »

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